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CONTRACEPTION

Colloque du Planning familial : La notion de libre choix au cœur de la réflexion

Cahiers du féminisme, n° 23, février - mars 1983 · p. 17-21 · 4 616 mots

La notion de libre choix au coeur de la réflexion

L ’ article qui suit n ’est nullement un compte rendu exhaustif et objectif des deux journées de colloque sur la contraception organisées par le Planning familial. Ce compte rendu doit être réalisé par les organisatrices elles-mêmes. Il s’agit d’un point de vue militant et partial sur cette initiative. Un point de vue sélectif aussi , compte tenu de l’espace dont nous disposons.

Les 18 et 19 décembre derniers , six cents à sept cents personnes, en majorité des femmes, s’étaient réunies au Palais des congrès à Paris pour participer au Colloque international sur la contraception organisé par le Mouvement français pour le planning familial, au moment même, faut-il le rappeler, où le Parlement acceptait de voter, enfin, le principe du remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale. Pour une fois, l’optique de ce colloque devait privilégier le point de vue des femmes. C’est ce qui fut réaffirmé en tout cas lors de la présentation générale. A cette fin, une enquête auprès de 5000 femmes avait été réalisée par les militantes du Planning dans les mois précédents. Dans cet esprit, les « résistances et les réticences » du corps médical face à la contraception devaient être passées au crible. Les médecins sont là pour mettre leurs connaissances au service des femmes et non pour décider à leur place quelle méthode leur convient, fut-il répété à plusieurs reprises. De ce point de vue, la confrontation entre féministes québécoises, italiennes „ anglaises, françaises et suisses s’annonçait passionnante. Par ailleurs, les communications de Joëlle Brunerie, gynécologue membre de l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de la contraception, et du Pr. E. Baulieu, inventeur de la « pilule pour après », le RU 486, sur les nouvelles méthodes de contraception, devaient répondre à une demande pressante des femmes de mettre à leur disposition des méthodes tout aussi efficaces que la pilule mais moins contraignantes. . .

Malheureusement, contrairement aux (bonnes) intentions annoncées, ce colloque ne permit pas aux femmes de s’exprimer. Pour des raisons matérielles d’abord; comment croire qu ’il peut y avoir débat sur la contraception lorsque tout se déroule en assemblée générale du matin au soir ! Par ailleurs, le temps de parole calculé au plus juste ne fut pas respecté. Mais au lieu de « sacrifier » quelques interventions de « spécialistes », les organisatrices ont accepté de supprimer purement et simplement les plages de débat prévues initialement. D’où une tension et un sentiment de frustration grandissant au fur et à mesure qu’avançait le colloque.

Mais y avait-il seulement un défaut d’organisation matérielle ? Je ne le crois pas. Malgré les déclarations, les organisatrices avaient aussi un autre objectif partiellement contradictoire avec le premier : celui de se faire reconnaître comme une organisation compétente, sérieuse et responsable auprès des organismes gouvernementaux; d’où la multiplicité des interventions de spécialistes connus, de France et d’autres pays; d’où une bonne partie de l’après-midi de dimanche consacrée aux interventions de représentants officiels et, pourrait-on ajouter, de bureaucrates d’organisations comme la FCPE (Fédération des parents d’élèves), de la FEN ou d’organismes comme le Conseil supérieur de l’éducation sexuelle. On comprend bien, dans ce contexte, l’exaspération d’un certain nombre de militant(e)s du Planning face à l’intervention autosatisfaite d’Y. Roudy, une heure avant la fin du colloque. Le comble fut atteint lorsqu’après avoir écarté toutes les questions, elle répondit à un militant qui lui demandait ce qu’elle comptait faire par rapport à la pratique de « l’induction de règles », aujourd’hui illégale : « La loi ne peut rentrer dans les détails... » Un détail en effet, qui vaut à un médecin qui l’a pratiquée dans son cabinet trois mois de suspension...

A ce moment, on attendait que les organisatrices expriment, à l’adresse d’Y. Roudy et de son gouvernement, toutes les revendications en suspens sur les questions de la contraception mais surtout de l’avortement. Il n’en fut rien. Elles se contentèrent de souligner, au contraire, que seul le ministère des Droits de la femme avait répondu à l’invitation du Planning et apporté une contribution financière significative à l’initiative...

Une occasion manquée. Et c’est dommage !

Claire Bataille

CONTRACEPTION

S’il était intéressant de fournir les grandes conclusions de l’enquête et quelques statistiques significatives pour éclairer les débats du colloque, était-il vraiment nécessaire de consacrer presque toute la matinée de samedi à décortiquer dans ses moindres détails un travail qui avait mobilisé les énergies de plusieurs personnes pendant plus de six mois ? On peut en douter. Pour notre part, nous avons retenu les constatations suivantes : parmi les femmes qui utilisent une contraception, la majorité (42%) prend la pilule et 20% le stérilet. Par contre le diaphragme est peu utilisé. Par ailleurs si la pilule est le plus souvent le premier moyen contraceptif utilisé par les jeunes (16-25 ans), celle-ci est par la suite progressivement remplacée par le stérilet et d’autant plus fréquemment que les femmes ont eu un ou plusieurs enfants. Il est intéressant de comparer ces données aux informations communiquées sur d’autres pays européens comme la Grande-Bretagne et l’Italie. En Grande-Bretagne par exemple, la pratique de la stérilisation se développe à une vitesse étonnante tandis qu’en Italie on semble maintenant privilégier le diaphragme. Pourquoi une méthode plutôt qu’une autre, c’est ce que nous avons compris dans la suite du colloque...

Il est à noter que parmi les moyens d’information dont ont disposé les femmes, l’école n’intervient que dans le groupe des moins de 20 ans, pour 42% d’entre elles, et le groupe des 20-29 ans, pour 22% d’entre elles. Le rôle des médias ne dépasse jamais 23%. C’est dire que la campagne du ministère en décembre 1981 n’était pas un luxe. Pourtant seulement 44% des femmes interrogées l’avaient vue et parmi elles, très peu de jeunes. Nous n’avons pas été surprises d’apprendre que si la majorité des femmes a été « informée » de la contraception lors des premières relations sexuelles, la majorité souhaiterait qu’elle soit réalisée à l’adolescence et même pendant l’enfance. Nous retiendrons enfin, ce qui n’est pas non plus étonnant, que pour les femmes, l’avantage principal de la contraception, c’est de permettre « une vie sexuelle plus épanouie », donc une certaine libération, même si des contraintes découlent des différents moyens utilisés.

Contraception « dure » ou « douce », est-ce la vraie question ?

C’est précisément à la critique radicale des méthodes de contraception dites « dures » que se livrèrent ensuite M. de Konninck et L. Vandelac, sociologues et féministes (Québécoises.'. Après avoir rappelé qu’ aujourd’hui, au Québec, un tiers des femmes en âge de procréer sont stérilisées (ligature des trompes, ablation des ovaires et de l’utérus), L. Vandelac dressa un réquisitoire violent contre la contraception « dure », c’est-à-dire « la pilule, lesté-

Appareil génital féminin

rilet, la ligature, l’ablation de l’appareil génital ». En effet, d’après elle, si les femmes doivent sacrifier leur santé et payer si cher la contraception, c’est parce qu’on veut subordonner leur sexualité à la sexualité masculine qui privilégie la pénétration et l’éjaculation. C’est par ailleurs parce que cette contraception est dépendante des trusts pharmaceutiques qui ont intérêt à vendre le maximum de pilules et stérilets pour rentabiliser leurs investissements. C’est ainsi qu’est niée la « fertilité » des femmes et ce qui fait leur différence avec les hommes. C’est ainsi qu’on veut les soumettre au « mimétisme de la sexualité masculine ».

M. de Konninck, elle, après avoir souligné que la pilule avait été présentée comme une « solution miracle » dans les années soixante, a insisté sur les effets secondaires dangereux de celle-ci et du stérilet : conséquences cardio-vasculaires pour la pilule, expulsions et infections nombreuses pour les stérilets. « Ne sommes-nous pas les cobayes des laboratoires médicaux », s’indigna-t-elle. En conclusion elle affirma qu’il fallait se dégager d’un modèle sexuel où « la productivité orgastique » était recherchée, et abandonner « les techniques qui nous font oublier notre corps » au profit de « méthodes douces » (capes cervicales et diaphragmes, mais pas seulement) « autogérées ».

Ces deux dernières interventions furent accueillies par des applaudissements < frénétiques. Sans partager l’enthousiasme général, nous aurions aimé, comme toute la salle, qu’un débat s’engage immédiatement.

Nous rejetons les normes d’où qu’elles viennent

« Faute de temps », il n’y eut pas de discussion, malheureusement. Prenons donc la responsabilité de l’ouvrir.

D’abord, il est confusionniste et dangereux de mettre dans le même sac la stérilisation définitive, irréversible, et les autres méthodes de contraception (pilule, stérilet)

qui peuvent toutes être abandonnées dès lors que la femme, pour une raison ou une autre (santé, confort), ne les supporte pas. Et s’il est vrai que certaines conséquences secondaires des pilules par exemple ont été largement sous-estimées, sans doute en raison de la volonté des trusts pharmaceutiques d’écouler sans problème leurs marchandises (mais pas seulement), c’est une stupidité de dire que si la pilule a été diffusée si massivement, c’est principalement pour satisfaire la volonté de profit de ces laboratoires ou parce que les femmes ont accepté de se soumettre au « modèle sexuel masculin ». C’est tout simplement parce que la pilule, et le stérilet ensuite, ont fait la preuve de leur efficacité et ont ainsi permis aux femmes de vivre une sexualité moins angoissée sinon plus « libre ». Est-ce dire pour autant que ces moyens contraceptifs sont la solution miracle et que d’autres méthodes (méthodes mécaniques par exemple) sont à proscrire ? Certainement pas, mais il faut admettre que pour utiliser la cape et le diaphragme, cela suppose une connaissanc de son corps et une liberté de relation avec son partenaire que toutes les femmes, et surtout les jeunes, n’ont pas d’emblée. Par ailleurs, la nécessité jusqu’à maintenant de renouveler l’application de crème spermicide à chaque rapport est aussi une contrainte qu’il ne faut pas nier...

A opposer de manière simpliste les méthodes dures (pilule, stérilet, ligature, ablation), tout étant mis sur le même plan, aux méthodes douces (souvent des méthodes traditionnelles), on enferme à nouveau les femmes dans un modèle normatif, mutilant, culpabilisant. On en vient à valoriser l’homosexualité de préférence à l’hétérosexualité. Ou à valoriser les fonctions naturelles de la femme « cycle menstruel, fertilité » ce qui conduit tout droit, si l’on n’y prend garde, à redorer le blason du modèle traditionnel de la droite conservatrice, pour qui la femme est avant tout vouée à la reproduction.

Au diable les normes, quand bien même elles nous viennent de féministes sincères qui cherchent à échapper aux modèles dominants. Les femmes ne sont-elles pas assez mûres pour décider seules de ce qui leur convient ? A condition bien sûr qu’elles soient informées de toutes les méthodes qui existent et des avantages et inconvénients de chacune d’elles. Ce n’est évidemment pas le cas.

Les stérilets victimes de préjugés

Toutes les méthodes de contraception sont victimes à un moment ou à un autre de préjugés favorables ou défavorables chez les médecins d’abord, parmi les femmes clientes par la suite. Comment faire la part du vrai et du faux ? Cela est quasiment impossible pour une femme isolée. De ce

CONTRACEPTION point de vue, les résultats des enquêtes menées, d’une part en Hollande, d’autre part en France par le Planning familial, sur les conséquences du stérilet notamment chez les nullipares (femmes n’ayant pas eu d’enfants) sont très intéressants. Ils vont à l’encontre de l’idée bien enracinée, en premier lieu chez les médecins, qu’il ne faut pas placer de stérilet sur les femmes qui n’ont pas eu d’enfants parce qu’elles prennent le risque d’une stérilité. Pour le docteur Van Os (gynécologue, obstétricien), des Pays-Bas, jusqu’à maintenant toutes les études portant sur les stérilets étaient très controversées et très contestables, mais, à son avis, les résultats de la dernière enquête réalisée aux Pays-Bas montrent qu’en dehors des cas de contre-indications (absolues, temporaires...), en ce qui concerne les infections, il n’y a pas de différence significative avec la pilule et qu’il n’y a pas plus d’infections pour les nullipares que pour les multipares.

Les résultats d’une enquête du Planning menée dans les centres de contraception sur douze mois consécutifs semblent confirmer ce point de vue. Une différence existe pourtant entre nullipares et multipares en ce qui concerne « l’expulsion » du stérilet après la pose. Pour les nullipares, le taux est de 6,78%. Pour les multipares, le taux est de 2,83%. Ainsi, commente un médecin du Planning, le « contrôle » pour vérifier que le stérilet est bien toléré est très important.

La garantie que les infections ne débouchent pas sur une stérilité, c’est que les femmes soient bien informées sur les symptômes d’une infection, qu’elles apprennent à faire un « auto-contrôle », une « auto-surveillance ». C’est possible dans les centres de contraception animés par les militant(e)s du Planning familial.

En Italie, les femmes font connaître le diaphragme

Reste que chaque médecin, chaque pays a « sa » méthode de contraception privilégiée et l’impose aux femmes, à moins que celles-ci, regroupées dans des centres, fassent connaître d’autres moyens. C’est ce qui s’est passé en Italie, comme l’a rapporté C. Fio-rentini, psychologue à l’ AIED (Association H’ptuHes sur la démoeranhieî. Cette association a été créée alors que la contraception était encore interdite. Cette dénomination était un moyen de contourner la loi. Aujourd’hui, cette association anime trente centres dans toute l’Italie et se propose de faire connaître aux femmes diaphragmes et capes cervicales méprisés par les médecins qui, semble-t-il, ont préféré, dans leur majorité, prescrire la pilule dans presque tous les cas parce que cela leur pose moins de problèmes que d’apprendre a une femme à placer un diaphragme, ce qui suppose qu’on prenne le temps de lui expliquer, de discuter, etc. Curieusement, fait remarquer C. Fiorentini, le préservatif masculin est accepté culturellement, pas le diaphragme. Et pourtant, en consacrant un peu de temps et d’écoute, les femmes peuvent apprendre facilement à l’utiliser et il peut être d’une grande efficacité sans risque pour la santé.

En Angleterre, une « révolution silencieuse »

Avec une démarche sensiblement différente de celle des Québecquoises, Brenda Spencer, psychologue anglaise, fit le point sur la pratique de la stérilisation en Grande-Bretagne. Il faut d’abord constater, dit-elle, que c’est la méthode la plus répandue dans le monde. On peut parler, d’après B. Spencer, de véritable « révolution silencieuse » en Angleterre où cette méthode, en principe gratuite, fut d’abord « suggérée », conseillée (et peut-être imposée) par des médecins à certaines femmes. En effet, aujourd’hui, ce sont les femmes elles-mêmes qui la demandent. Pas toutes les femmes, bien sûr, mais des femmes qui ont déjà plusieurs enfants (deux ou trois), qui ont souvent déjà essayé une autre contraception sans en être satisfaites (échecs, problème de santé, etc.) Mais l’élément nouveau aussi,

Pose du diaphragme c’est le développement de la demande masculine vis-à-vis de cette méthode de contraception, très simple, très efficace et sans effet secondaire au plan médical. Le seul inconvénient, si l’on peut dire, c’est son caractère irréversible...

C’est pourquoi, insista B. Spencer en conclusion, cette méthode, plus qu’une autre, suppose le libre choix.

Pose du diaphragme

Pour le libre choix des femmes, au Québec

La notion de libre choix, pas seulement en matière de contraception mais plus largement au niveau de toute la sexualité, guida les interventions suivantes et en particulier celles de M. Moreau et M. Poisson, animatrices, l’une d’une « clinique des jeunes » à Saint-Denis de Montréal, et l’autre du Centre de santé de femmes, à Montréal aussi.

Dans les deux cas, comme cela se pratique aussi en France, le centre fonctionne avec une équipe collective composée de médecins, psychologues, (etc.) capables de se remettre en cause régulièrement. En ce qui concerne la « clinique des jeunes », la clientèle est composée de jeunes des deux sexes de quinze ou seize ans. Un des objectifs principaux que se fixe la « clinique » c’est, comme le dit M. Moreau, « apprendre aux filles à avoir des relations quand elles en ont envie ». M. Poisson, quant à elle, mit l’accent sur la nécessité de faire connaître aux femmes tous les moyens contraceptifs, toutes les méthodes et toutes leurs conséquences, pour qu’elles puissent réellement exercer leur libre choix... Plus facile à dire qu’à faire si l’on en juge par la rareté de ces expériences, aussi bien au Québec qu’ailleurs, en France y compris.

Devenir experte de son propre corps

Parmi ce type d’expériences, celle du « Dispensaire de femmes de Genève » suscita particulièrement l’intérêt des femmes présentes au colloque car rien de comparable n’existe en France. Imaginez un centre de santé polyvalent, uniquement pour les femmes, où, comme le dit M.M. Madouri, membre du dispensaire, « tout le monde participe à la gestion et aux consultations », ouvert aux usagères par le biais d’A.G. régulières avec elles (tous les trois mois) et d’une brochure trimestrielle de « contre-information » sur tous les problèmes de santé (au sens très large du terme). L’équipe semble animée par une volonté radicale de renverser le « pouvoir médical ». En guise de profession de foi, le docteur Chapier (une femme, précisons-le) lança une jolie formule : « Il faut devenir experte de son propre corps ! » C’est bien vrai !

Mais les animatrices du dispensaire de Genève savent bien qu’on ne peut séparer les problèmes de santé des conditions de travail, de logement, des problèmes d’alimentation, etc. C’est pourquoi elles inscrivent leur démarche dans un combat à la fois antipatriarcal et anticapitaliste, quitte à l’affirmer de manière un peu dogmatique.

Qu’est-ce qui fait la particularité du dispensaire de femmes de Genève ? Beaucoup de choses; aussi bien des détails qui ont leur importance (on ne porte pas de blouse blanche) que des principes essentiels : on accorde une heure de consultation à chaque femme; la consultation est toujours assurée par deux personnes... Par ailleurs, apparemment, l’équipe semble avoir

CONTRACEPTION une préférence pour les techniques « les moins lourdes », les plus « douces », les moins « médicalisées ». Ainsi, en ce qui concerne l’avortement, lorsque cela est possible (pour un retard de règles qui ne dépasse pas dix jours), elles proposent aux femmes de « déclencher » l’avortement par acupuncture, des massages abortifs ou une « aspiration » des règles (ou induction). Elles utilisent aussi des plantes abortives. Elles initient les femmes au « self help » (pratique d’auto-examen du col de l’utérus) et leur apprennent à repérer l’évolution de leur cycle par l’observation de la glaire...

On imagine facilement la foule de questions soulevées par ce témoignage : quelle est l’efficacité de chacune des méthodes, les massages abortifs ne sont-ils pas terriblement douloureux, y a-t-il réellement polyvalence de l’équipe et roulement dans les tâches, les méthodes utilisées sont-elles fiables et garantissent-elles la sécurité des femmes, y a-t-il des accidents, comment le financement du centre est-il assuré, quels liens avec le Mouvement des femmes en Suisse, etc. ?

Faute de temps, encore une fois, il n’y eut pas de débat !

Les nouvelles méthodes de contraception

Visiblement, Joëlle Brunerie, gynécologue à l’hôpital de Clamart et animatrice de l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de la contraception, avait été avertie qu’elle n’avait pas beaucoup de temps et qu’il lui fallait se presser. C’est à toute allure qu’elle fit le point sur les nouvelles méthodes de contraception (réactualisation d’anciennes méthodes, méthodes actuellement à l’étude, méthodes contraceptives du lendemain). Dans un exposé ultra-synthétique, elle énuméra toutes les innovations en ce qui concerne l’amélioration de méthodes connues : les pilules triphasiques, les implants contraceptifs (petites capsules placées sous la peau dont l’action contraceptive pourrait aller jusqu’à dix ans).

Des produits nouveaux sont maintenant connus, comme le « spray nasal » (à raison d’une pulvérisation nasale par jour, il serait possible de se protéger). De nouveaux stérilets ont été mis au point dont l’action ne serait pas obligatoirement plus efficace mais qui pourraient, en revanche, être conservés plus de deux ou trois ans contrairement à aujourd’hui. Ce serait le cas par exemple de nouveaux stérilets en cuivre dont la charge en cuivre a été augmentée.

Le premier tampon spermicide

Mais ce qui nous a particulièrement intéressées dans l’exposé de J. Brunerie, ce sont les progrès réalisés dans la contracep- tion locale car, comme elle le souligna elle-même, l’avantage d’une telle contraception que l’on peut se procurer sans ordonnance en pharmacie, c’est qu’elle permet une démédicalisation de la contraception... Parmi les innovations les plus prometteuses, on peut retenir le premier « tampon spermicide » présenté récemment • aux entretiens de Bichat. Ce tampon que l’on peut placer paraît-il aussi facilement qu’un tampax est composé d’une mousse de plastique blanche « très douce... » et imprégné d’une crème spermicide. 11 mesure 40mm de diamètre et 20mm d’épaisseur. Avantagé de ce tampon sur toutes les autres contraceptions locales habituelles (ovules, gels), son efficacité immédiate dès son insertion dans le vagin et ceci pendant vingt-quatre heures quel que soit le nombre de rapports. L’expérimentation a semble-t-il prouvé une efficacité anticonceptionnelle parfaite. Seul petit inconvénient pratique : il serait un peu difficile à retirer au bout des vingt-quatre heures... Pourquoi n’est-il pas encore en vente ? Devinez ! Une histoire de gros sous tout simplement. A quel prix se vendra ce tampon Pharmatex (laboratoire Pharmelac) ? On a parlé de 10 francs. Un produit de luxe en quelque sorte !

Mais J. Brunerie a aussi rappelé les techniques de contraception post-coïtale traditionnelles : ce qu’on appelle la « pilule du lendemain » aux effets secondaires importants et qui ne peut agir au-delà d’un délai de 72 heures après des rapports présumés fécondants. Des pilules de Stédiril normales sont utilisées comme pilule du lendemain à raison d’une prise de deux pilules dans les 24 heures qui suivent le rapport et de deux autes pilules dans les 12 heures suivantes. On peut aussi se faire poser très rapidement un stérilet. Toutes ces méthodes, valables lorsqu’il n’y a pas eu contraception régulière ou en cas d’accident imprévu, ne peuvent être utilisées comme techniques de contraception normale mais ont l’avantage de pouvoir prévenir un avortement...

L’« induction de règles » hors la loi

J. Brunerie s’arrêta plus longuement sur la technique de « l’induction de règles »

Stérilet en place

médicamenteuse ou mécanique, en débat aujourd’hui. Quelques médecins la pratiquent aujourd’hui, dans l’illégalité, de fait. J. Brunerie est parmi eux. De quoi s’agit-il ? En ce qui concerne l’induction mécanique, il s’agit, dans les sept premiers jours suivant un retard de règles, d’une aspiration, à l’aide d’une canule très fine, du contenu de l’utérus. Cette pratique est facilitée par l’existence de tests de grossesse qui permettent aujourd’hui de détecter une grossesse dès le deuxième jour de retard de règles (Bêta-test, en vente dans toutes les pharmacies). Entre la pratique de la contraception et de l’avortement très précoce, cette technique a l’immense avantage de pouvoir éviter le traumatisme de l’avortement plus tardif, de pouvoir être réalisée dans des structures légères, donc sans hospitalisation et sans frais élevés. Il peut y avoir quelques échecs certes mais cela n’est pas dramatique si la femme admet qu’elle peut devoir subir un avortement dans ce cas. Reste le problème majeur aujourd’hui : la pratique de l’induction de règles n’est pas prévue par le texte de loi. Elle est donc illégale. Pour preuve ? La suspension pour trois mois d’un médecin qui la réalisait dans son cabinet. Pour remettre en question cette situation inadmissible, des médecins de l’ANClC, des militant(e)s du Planning envisagent de la pratiquer maintenant au grand jour en exigeant une modification supplémentaire de la loi... Au moment voulu, ils devront compter sur le soutien de toutes celles et de tous ceux qui se sont battu(e)s et continuent à se battre pour que (es femmes puissent disposer librement de leur corps.

Le RU 486, une innovation prometteuse

C’est avec curiosité, intérêt et parfois avec une certaine suspicion que fut accueillie la communication du professeur E. Beaulieu au sujet du RU 486, une anti-progestérone qui permettrait une contraception « à la demande ». La méfiance provient d’une part du « battage » publicitaire qui a entouré l’exposé de ses travaux à la presse en avril 1982. Peut-être malgré lui, ce nouveau produit a été présenté une nouvelle fois comme une « pilule miracle ». L’autre origine de cette défiance vient du financement des recherches du professeur Beaulieu par le trust pharmaceutique Roussel-Uclaf. Pourquoi n’a-t-il pas sollicité le secteur public ? D’après lui, il n’a pas eu le choix...

Au-delà de ces préventions vis-à-vis du personnage, il faut bien admettre que les recherches du professeur Beaulieu semblent particulièrment astucieuses et les résultats tout à fait prometteurs. Reste à étudier très sérieusement les effets secondaires, qui ne sont pas nuis et encore pas tout à fait clairs.

CONTRACEPTION

En France, le professeur Beaulieu a sollicité la collaboration du Planning familial et de la MNEF pour poursuivre l’expérimentation avant la commercialisation du produit qui pourrait intervenir dans les deux ans, si tout marche bien, mais aussi si « les femmes le demandent » n’a-t-il pas cessé de répéter, de manière quelque peu démagogique. D’après lui, aucun souci de profit n’est en jeu. Le laboratoire et lui-même n’ont rien à en attendre au plan financier. Dans cette affaire, seul l’intérêt des femmes les guiderait...

Mais qu’est-ce que le RU 486 ? Avant d’expliquer son action, il faut rappeler, comme le fit le professeur Beaulieu, l’action de la progestérone au cours de la deuxième phase du cycle menstruel (entre le quinzième jour du cycle où intervient l’ovulation et le vingt-et-unième jour où peut se fixer l’œuf dans l’utérus s’il y a eu fécondation préalable dans la trompe). L’action de la progestérone est indispensable pour provoquer la prolifération de la muqueuse utérine qui permet l’implantation d’un ovule fécondé. Son action se poursuit en cas de grossesse et cesse spontanément en l’absence de fécondation. Intervient alors l’hémorragie menstruelle vers le vingt-huitième jour du cycle. Pour « bloquer le récepteur cellulaire de la progestérone », comme « une clef bloque une serrure », on a mis au point une substance chimique, une « anti-hormone » qui « trompe » le récepteur. « 11 suffit en effet, dit le professeur Beaulieu, d’arrêter quelques heures l’action de la progestérone pour interrompre le cycle menstruel, en clair provoquer les règles ou interrompre une grossesse.

Les avantages de cette « anti-progestérone » par rapport à la pilule traditionnelle qui bloque l’ovulation sont divers : elle évite l’absorption quotidienne, trois semaines par mois, d’hormones ; elle agit localement au lieu d’intervenir sur tout le métabolisme. Moins de contraintes, donc, mais aussi suppression des effets secondaires notamment d’ordre vasculaire. 11 suffirait de prendre cette « anti-progestérone » les vingt-sixième et vingt-septième jours du cycle, qu’il y ait eu ou non fécondation, pour provoquer l’arrivée des règles. L’ère de la contraception ponctuelle verrait le jour...

Par ailleurs, le RU 486 permettrait une interruption précoce de grossesse, entre six et huit semaines, par la prise quotidienne de quatre capsules de cette substance pendant quatre jours... Aussi séduisante soit cette innovation, les précautions les plus grandes doivent être prises. Quels furent les résultats des expérimentations ? Sur onze femmes enceintes qui ont voulu expérimenter cette méthode, il y eut deux échecs inexpliqués. Le professeur Beaulieu est resté très évasif sur cet aspect et sur d’éventuels effets secondaires...

Aux femmes d’imposer leur contrôle sur les expérimentations futures et leurs résultats. C’est ce qu’exigèrent en tout cas plusieurs militantes féministes présentes, pour certaines membres du Planning familial, pour d’autres membres de l’ANCIC, pour d’autres enfin membres du dispensaire de femmes à Genève...

A l’évidence, ce colloque fut donc très riche au plan informatif. On ne peut que regretter l’absence de débats, pourtant indispensables pour, comme on dit, se faire un point de vue. Pour une autre fois peut-être ? 11 faut l’espérer.

Claire Bataille

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