La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Interview de camarades espagnoles de la délégation des Commissions ouvrières

Cahiers du féminisme, n° 25, 1983 · p. 19 · 891 mots

Entretien avec Ana, Ines, Maria, Rosa.

I nterview des camarades espagnoles

Les camarades de la délégation des Commissions ouvrières espagnoles présentes à la rencontre ont bien voulu répondre à nos questions sur le vif. Nous les en remercions.

Ce sont là quelques premiers éléments d’information sur les luttes des femmes et la situation du mouvement des femmes en Espagne, quelques mois après l’arrivée du gouvernement socialiste de Felipe Gonzales.

• Où militez-vous ?

Rosa — Moi je suis seulement dans le syndicat. La majorité milite seulement dans le syndicat.

Inès — Moi, dans le syndicat des arts graphiques de Madrid.

Ana — Je viens de Barcelone, je milite dans le syndicat et dans le mouvement des femmes.

• Comment êtes-vous venues à Turin?

Inès — Nous avons eu l’information par les Commissions ouvrières. Quand nous avons su qu’avait lieu cette rencontre, nous avons transmis l’information aux groupes femmes. Plusieurs ne sont pas venus parce que le thème était celui du travail. Les femmes des syndicats sont plus intéressées. Connaître d’autres expériences, observer le niveau d’élaboration...

• Etes-vous satisfaites ?

Rosa — C’est la première fois que nous venons à une réunion de femmes travailleuses organisée au niveau européen. Mais nous pensions que le niveau de débat serait plus élevé. Nous sommes un peu déçues.

Maria — Non, pas moi. Je trouve que l’expérience italienne est plus riche que la nôtre. Le mouvement existe depuis plus longtemps et ses liens avec le mouvement syndical sont plus forts.

Ana — Elles ont mené des luttes. En Italie, il y a eu une première phase dans les syndicats, puis dans le mouvement des femmes. Aujourd’hui, c’est une troisième phase, qu’elles analysent comme un recul. Nous, nous sommes dans la première phase, comme les années soixante-dix. Mais en Italie, le mouvement ouvrier est plus fort qu’en Espagne. L’implantation syndicale y est trois ou quatre fois plus importante.

• Et où en est le mouvement des femmes en Espagne ?

Ana — Il y avait des coordinations unitaires de groupes femmes dans toutes les grandes villes. Elles ont éclaté. Les féministes se replient sur un travail de recherche, par exemple à Barcelone et à Madrid.

Maria — A Barcelone, pour le droit à l’avortement il y a eu une manifestation, appelée par le mouvement, qui a réuni 1 5 000 personnes. Il semble que cela donne un souffle nouveau au mouvement des femmes. Mais ce n’est pas à la hauteur de ce que fait la droite.

• Le mouvement féministe est-il isolé ?

Rosa — Non, mais le PSOE ne veut pas mobiliser, il n’a pas appuyé la mobilisation du mouvement des femmes.

Inès — Il faut dire que la mobilisation se fait sur la revendication du droit à l’avortement sans restriction et contre l’offensive de la droite. Or, d’une part, le PSOE veut éviter toute mobilisation, d’autre part, son projet de loi sur l’avortement est très restrictif, il se réduit à légaliser l’avortement thérapeutique.

• Est-ce que dans les Commissions ouvrières cette question de l’avortement est prise en compte ?

Maria — C’est moins important, il y a moins de réactions qu’au moment du procès de Bilbao.

Ana — A Barcelone, la campagne se lance. Il y a une résolution des comités d’entreprise qui circule. Elle prend position pour l’avortement sans restriction et gratuit.

Inès — La campagne va commencer à Madrid aussi. Pour le 8 Mars, il y a eu deux manifestations séparées, l’une appelée par les Commissions ouvrières et des groupes femmes de quartier, une autre appelée par les groupes féministes.

• Pouvez-vous nous dire si l’espoir de changement, après l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement socialiste, se traduit pour les femmes sur d’autres terrains de lutte que celui de l’avortement ?

Inès — Oui, il y a une série de phénomènes qui prouvent que ça bouge. Même si cela reste assez éclaté.

Par exemple dans le sud, il y a eu une grève générale des ouvriers agricoles par région pour exiger que les allocations de chômage soient octroyées à chaque personne au chômage et non en fonction de la place occupée dans la famille. En Espagne, le système de protection sociale pour les chômeurs est minime. Le gouvernement socialiste s’est contenté de reprendre la proposition de loi de l’ancien gouvernement : verser une allocation de chômage à une personne par famille, c’est-à-dire en fait au chef de famille. Cela les travailleurs ne l’ont pas accepté. Pour des raisons de défense du niveau de vie essentiellement, mais cela a permis de poser le problème des femmes et de leurs droits en tant que travailleuses.

Maria — Un autre exemple intéressant : la lutte que mènent actuellement les travailleurs des services sociaux. Là, les femmes travaillent vingt-sept heures de nuit, et les hommes quarante heures.

Un groupe de travailleurs de Barcelone a porté l’affaire en justice, développant le fait que c’étaient là des dispositions discriminatoires et demandant que tous les travailleurs aient le même nombre d’heures en nuit, en s’alignant sur les meilleures conditions de travail, c’est-à-dire sur vingt-sept heures. Ils ont gagné. Le tribunal de Barcelone a rendu son jugement dans ce sens.

Par contre, la conception de l’égalité, de la part du patronat, c’est bien entendu d’aligner sur les plus mauvaises conditions.

Aujourd’hui, la lutte se poursuit pour obtenir l’égalité entre hommes et femmes sur les conditions de travail les moins pénibles. Cette lutte s’étend à tous les services.

Une erreur sur cette page ?