Dix ans de l'histoire des femmes qui ont compté davantage que bien d'autres décennies.
Qu'était, le féminisme en 1968?
Pour la plupart ce terme évoquait un combat d’arrière-garde des images surranées de suffragettes toujours ridicules exigeant un droit de vote désormais obtenu depuis plus de vingt ans.
Dans les années cinquantes, Simone de Beauvoir avait bien publié te Deuxième Sexe, mais son audience, bien que très réelle, n'avait guère dépassé les milieux intellectuels, la presse de droite avait stigmatisé ces insultes à la maternité, et l'Humanité écrivait que le livre « Faisait tordre de rire les travailleuses de Billancourt ».
Pourtant grâce à une campagne du Planning Familial, était votée en 1967 la loi Neuwirth qui, autorisait la contraception, mais ne prévoyait pas de remboursement par la Sécurité Sociale, et interdisait toute publicité des contraceptifs. Les décrets d'application ont attendu cinq ans pour sortir.
La loi avait été votée sans réelle mobilisation de masse avec l'accord peu enthousiaste des partis de gauche, le PC sortant d'une longue période d'attaques contre le Planning familial, coupable de vouloir l'affaiblissement démographique de la France.
Mai 68 ou l'absence des femmes
Mai 68 offre un paradoxe surprenant sur la question des femmes la prise de conscience féministe des années 70 est issue directement de l'ébranlement social de mai. En mai ; les femmes en tant que femmes ne sont pas apparues sur la scène politique.
Certes il y eu des femmes grévistes dans toutes les entreprises de France, mais elles occupèrent rarement l'usine : il fallait garder les enfants puisque les écoles étaient fermées, il fallait préparer les repas... Il ne fallait surtout pas rester en piquet de grève la nuit, c'était trop dangereux à cause des immigrés, expliqua la direction CGT de Billancourt.
Dans les facs, les lycées, les femmes firent de la politique « comme les hommes », c'est-à-dire un peu moins bien. Il fallait oser... et pouvoir parler dans les AG, quand les réflexions sur le physique de l'intervenante étaient aussi, et plus, nombreuses que les réponses à ses interventions.
Mai 68 dont les slogans revendiquaient une autre vie, un autre rapport au monde, et aux êtres que la morne aliénation du capitalisme. Mai 68 n'eut pas de discours, ni d'actions sur l'oppression des femmes.
Les raisons en sont multiples : le mouvement ouvrier français a un long passé de my-soginie que l'étouffoir stalinien a renforcé. Le PC a admis et encouragé pendant des années l'image traditionnelle de la « femme-mère » vouée au foyer. Deux mois avant Mai 68, Benoît Fraction déclarait dans Antoinette journal féminin de la CGT, que la société idéale serait celle où l'homme gagnerait assez pour que la femme reste à la maison.
Pour l'extrême-gauche révolutionnaire, qui aurait pu susciter l'auto-organisation des femmes, le féminisme n'était pas loin d'apparaître comme une dégénérescence d'intellectuelles bourgeoises. Radicalisées par les luttes internationales (l'Algérie, puis Cuba et le Vietnam), préoccupée par la remontée de la combativité ouvrière en Europe, à laquelle on estimait — déjà à tort — que les secteurs féminins participaient peu, la nouvelle génération révolutionnaire ignora politiquement la question des femmes.
Quant à ces dernières, si elles étaient radicalisées, elles n'avaient que mépris pour les problèmes de « bonnes femmes », qu'avaient connu leurs mères.
L'après mai et l'apparition des premiers courants féministes (1968-1971)
En 1969-70 apparut le MLF
En 1970, le journal ELLE organisa les Etats-Generaux de la femme où les lectrices et diverses célébrités furent invites à discuter de la condition des femmes.
Ces deux événements, quoique de portée fort d.fférente, illustraient la découverte d'une réalité jusqu'alors occultée : l'oppression des femmes. Cette découverte ne surgissait pâs par hasard. Le contexte de remontée des luttes ouvrières a fourni l'espace politique au surgissement de nouvelles luttes, d'abord périphériques à la classe ouvrière, concernant le mode de vie.
Mai 68 n'a pas été seulement une crise politique et sociale au sens strict, les institutions et les valeurs de la bourgoisie sont aussi entrées en crise, et parmi elles la famille et son idéologie.
La condition féminine s'est aussi sensiblement modifiée depuis la deuxième guerre mondiale : forte scolarisation des femmes — égalité juridique progressivement accordée — progrès scientifique permettant la maîtrise de la reproduction.
Le contraste entre l'égalité formelle dont jouissent les ferb- mes et la réalité de l'infériorisation dans tous les domaines ne pouvait que produire des phénomènes de révolte.
L'exemple international, avec les luttes de femmes aux USA, la sortie d'une « littérature » féministe américaine (K. Millet, S. Firestone, Betty Friedan...) fut déterminant.
Mais cette révolte s'est affirmée d'une manière très différente des mouvements féministes qu'avaient connu le xixe siècle, et le début du xx* siècle.
Dans un pays où le mouvement ouvrier est puissant, dans une période de remontée des luttes, la plupart des courants féministes ne pouvaient que s'affirmer anti-capitalistes, même si cette affirmation était des plus confuses.
La bourgeoisie n'a pas à ce jour réussi à organiser des femmes dans un mouvement féministe bourgeois. Il faut dire que les revendications féministes bourgeoises traditionnelles, à savoir l'égalité formelle, étaient déjà acquises et ne pouvaient donc susciter de mobilisations de larges secteurs féminins.
Dès le début du MLF, ce qui fut en question, c'est l'organisation sociale du capitalisme avec le statut d'inférieures qu'il désigne aux femmes : surexploitées dans le travail — vouées aux tâches domestiques — chosifiées dans l'alternative mère ou putain. Mais la mysoginie du mouvement ouvrier et l'indifférence-hostilité des organisations d'extrême-gauche marquèrent aussi profondément ces débuts de renaissance féministe.
Elles les marquèrent socialement : le MLF surgit à partir de femmes de la petite bourgeoisie, souvent très intellectualisées, les ouvrières n'ayant ni la possibilité matérielle, ni les acquis intellectuelles pour être à l'avant-garde d'une rupture avec l'idéologie dominante.
Elles les marquèrent politiquement : beaucoup de nouvelles militantes féministes venaient de l'extrême-gauche, où elles s'étaient aperçues qu'elles accomplissaient « tout naturellement » les tâches d'exécution, qu'elles avaient peu de responsabilité, qu'à la maison elles persistaient à accomplir l'essentiel des tâches domestiques et que la libération sexuelle était un excellent justificatif à la muflerie, parfois même au viol. Les intérêts supérieurs de la lutte des classes apparaissaient toujours comme l'ultime alibi à l'absence de prise en charge de l'oppression des femmes.
Il était donc logique que le MLF débutant cherchât la réponse à l'oppression dans l'union de toutes les femmes contre les hommes, dans l'affirmation que parallèlement à la lutte des classes réservée aux hommes entre eux, la lutte des sexes vertébrait la société.
Et ce fut l'époque de la dénonciation de l'oppression, de la description minutieuse de tous les rouages de la domination masculine. Les « Journées de dénonciation des crimes contre les femmes », organisée à la mutualité en Mai 1972, constituent le point culminant de cette démarche. Démarche qui eut le mérite d'affirmer publiquement l'oppression, de la traquer jusque dans les recoins de la vie privée, et surtout de prôner l'autoorganisation des femmes entre elles pour lutter contre l'oppression.
Dès la fin de 1971, des femmes lassées du fonctionnement en AG du MLF où s'exprimait celle qui avait la voix la plus forte ou le prestige le plus affirmé, décidèrent la création des groupes dans les quartiers parisiens (20e, 18e, 13e...). A l'initiative du Cercle Elisabeth Dimitrieff, animée par l'AMR (Alliance Marxiste Révolutionnaire), fut publiée une plateforme liant explicitement oppression des femmes et capitalisme, lutte de femmes-lutte de classes. Elle refusait l'idée d'une égalité de toutes les femmes devant l'oppression et insistait sur les clivages de classe qui traversent les femmes.
Cette plate-forme permit le regroupement d'un courant appelé MLF-quartier ou Tendance Lutte de classe du MLF.
Ce courant voulait rompre avec les initiatives spectaculaires et peu comprises dans la classe ouvrière, du MLF. Sur les quartiers, il posa publiquement la question de la collectivisation et du partage des tâches domestiques, des crèches. Il popularisa le soutien au Manifeste des 343 Femmes déclarant avoir avorté, qui fut le début de la campagne avortement. Mais les tentatives d'intervention aux portes des entreprises connurent peu de succès : l'extériorité de la classe ouvrière demeurait très réelle.
Ce fut à cette époque que les militantes organisées de la LC, puis de Révolution ! participèrent aux groupes de quartier, à cette époque aussi que se multiplièrent les débats sur la construction d'un mouvement de femmes, son autonomie, sa nature de classe. Pendant ce temps, le MLF « central » éclatait en deux tendances : Psychanalyse et Politique qui devait s'orienter sur la fondation de la Librairie des femmes ; les Féministes Révolutionnaires (FR) plus fidèles aux initiatives spectaculaires des-débuts du MLF (procession aux flambeaux dans les rues de femmes affirmant leur droit de circuler la nuit-grève des femmes...).
L'élargissement de la prise de conscience 1972-1974. L'avortement - Les luttes des femmes dans les entreprises
La campagne pour l'avortement et l'apparition des luttes ouvrières où des femmes participaient, contribuèrent �partir de 1972, à donner à la question des femmes une audience de masse.
Après le Manifeste des 343, s'ouvre fin 72, le procès de Bobigny où une adolescente est accusée d'avoir avorté. Les groupes qui avaient lancé la campagne se trouvèrent rapidement dépassés par l'ampleur du mouvement et la publicité faite autour de Gisèle Halimi, avocate du procès. Celui-ci se solda par un acquittement ;
I rès vite se créent des groupes MLAC DE BASE, qui, avec le but de faire éclater la demande, pratiquent eux-mêmes des avor- tement ; des centaines de femmes y ont recours sans que la législation bourgeoise répressive, paralysée par une mobilisation de masse, puisse s'exercer.
Les groupes MLAC sont mixtes, et souvent dominés par des médecins hommes à qui le savoir médical confère un réel pouvoir. L'oppression des femmes y est rarement saisie sous son aspect global et discutée comme telle. L'idéologie de St-Karman, grand libérateur des femmes fait des ravages.
Les groupes sont aussi divisés sur les orientations à donner au mouvement ; une sensibilité populiste met l'accent sur ia pratique de l'avortement. Une telle orientation si elle avait le mérite de remettre en cause le pouvoir médical, pouvait aboutir à la gestion de la pénurie.
Les militant(e)s d'extrême-gauche (LC, Révo !) malgré de notables divergences mirent l'accent sur une campagne de mobilisation avec manifestations de rues, forums... destinée à faire reculer le pouvoir.
Dans un premier temps, ce sont les syndicats et les partis réformistes qui opérèrent un tournant. La CFDT, malgré les réticences de son aile catholique (ex-CFTC) délégua Jeanette Laot au bureau national du MLAC, ce fut la porte ouverte pour que dans les entreprises, quels que soient les freins apportés par les bureaucraties syndicales, il y aient des initiatives organisées par le MLAC ou le Planning. Le PS se prononce en faveur de la liberté de l'avortement, suivi avec retard par le PC qui insiste presque jusqu'au vote de la loi sur la nécessité de commissions chargées de discuter avec la femme avant tout avortement. L'UFF (Union des Femmes Françaises) ne mène aucune campagne. Mais la pression à la base, surtout dans les sections syndicales est telle que la revendication d'avortement libre et gratuit est reprise par les organisations ouvrières, et fait partie de la campagne présidentielle de Mitterand en 74.
Malgré l'échec de l'UG aux élections de 74, la loi Veil est votée en nov. 74. C'est qu'à travers cette mobilisation, la radicalisation des femmes est apparue comme une force politique avec laquelle il faut compter,qu'il faut essayer de canaliser, et aussi de récupérer sur le plan électoral.
Le libéralisme giscardien, soucieux de toucher les couches nouvelles de cadres et de techniciens attirés par le PS, leur offre des lois « nouvelles » en accord avec « l'évolution des mentalités » : c'est la gratuité de Ta contraception la liberté (mais non pas la gratuité) de l'avortement le divorce par consentement mutuel.
Pour ce faire Giscard n'hésite pas, dans un premier temps à affronter la partie la plus réactionnaire de sa majorité, raidie sur la défense de la famille et de la démographie. La lutte pour l'avortement marque donc un tournant décisif : elle fait apparaître « les problèmes des femmes » sur la scène politique. De là datent, et la démagogie gouvernementale, et le virage des réformistes.
Un autre élément a pesé sur le tournant des réformistes et d'abord des directions syndicales
A partir de 73, on vit entrer en lutte des secteurs de la classe ouvrière comme le textile, l'habillement (Cerisay), les industries alimentaires, les Grands Magasins (Thionville), et fournir un gros contingent de grèves.
Les revendications portaient sur les salaires particulièrement bas, les conditions de travail et les cadences ; certaines insistèrent sur l'application de la loi de 72, qui prévoit l'égalité des salaires entre hommes et femmes sur le même poste. Ces luttes s'accompagnèrent d'une hausse du taux de syndicalisation.
En apparence, il y a peu de rapport entre ces conflits du travail et l'apparition du féminisme : les travailleuses en grève s'affirment comme travailleuses et non pas comme femmes. Et pourtant il est évident qu'une prise de conscience féministe diffuse affirmant la dignité des femmes et leur volonté de lutte, a stimulé l'insolence ouvrière.
Dans l'auto-organisation et la confrontation, nées de la grève, les femmes éprouvent les contradictions entre leur situation de travailleuses en lutte, et les exigences de leur statut traditionnel .
A Lip, comme dans les Banques, des groupes de femmes se créent sur le bilan de la grève. Si des groupes d'entreprises se créent peu à peu, si d'autres groupes femmes naissent en province, le mouvement des femmes a paradoxalement le plus grand mal à se construire. C'est le MLAC et ses structures mixtes qui domine la campagne avortement !
1975-1978 : L'offensive de la bourgeoisie Le tournant des réformistes. Les idées féministes pénètrent largement dans la classe ouvrière
1974-1975 marque un nouveau tournant dans la propagation et l'audience des thèmes féministes.
Fin 74-début 75, c'est la bourgeoisie qui passe à l'initiative. Dès avant le vote accordant la liberté de l'avortement Giscard a nommé une Secrétaire d'Etat à la condition féminine, chargée de promouvoir « des réformes fondamentales » (sic).
C'est l'opération Giroud, destinée à parfaire l'image de marque libérale et avancée du régime, et à récupérer la sensibilité féministe des femmes des couches moyennes. L'Année Internationale de la femme, décrétée par l'ONU en 1975, vient se greffer sur cette opération nationale, elle donne lieu à un vaste déploiement de femmes ministres de par le monde, et à des discours lénifiant sur l'apport irremplaçable des femmes à la civilisation.
Les réformes de structures se font attendre : la crise économique limite les cadeaux qu'il est possible de faire aux femmes de toutes catégories sociales. Alors il faut bien se contenter de signer la feuille d'impôts (et encore c'est facultatif).
Pourtant il serait faux de sous-estimer l'offensive bourgeoise ; elle prend acte, à sa manière d'une évolution de la condition féminine. C'est ainsi que nous n'avons pas assisté à une intense propagande pour le retour au foyer des femmes dans une période de chômage élevé.
Et si Beullac ministre du travail proclame que la place des femmes est à la maison, Giscard répond en attaquant ceux qui traitent les femmes de voleuses d'enploi.
Les journaux féminins font chorus. De même le congé maternel sans solde de 2 ans prévu pour élever les enfants en bas âge et désamorcé le chômage, est transformé par l'Assemblée en congé parental : on sait très bien que le congé sera pris par les femmes à 98 %, mais on se donne l'apparence de remettre en cause les rôles traditionnels.
C'est ainsi que la politique giscardienne a effectué un perpétuel jeu de bascule entre 75 et la toute dernière période, oscillation qui traduit la contradiction permanente dans laquelle se trouve le régime : élargir à gauche sa base sociale, mais tenir compte des exigences d'une économie de crise ; tenir des discours féminisants qui peuvent être payants sur le plan électoral, mais rassurer l'aile droite de la majorité en œuvrant pour la solidité de la famille. On ne renvoie pas systématiquement les femmes au foyer, mais on encourage le mi-temps, les mises en disponibilité diverses pour l'éducation des enfants.
La crise impose des reductions draconiennes de crédits alloués aux équipements sociaux dont les femmes sont parmi les principaux usagers, mais on encourage les nourrices privées et autres aides familiales, ce qui donnent du travail à quelques femmes, et permet à d'autres de continuer à travailler dans les branches où le capitalisme estime qu'elles sont irremplaçables (secrétariat ; textile, santé).
Nicole Pasquier explique que « les jeunes femmes de 1977, ne veulent plus se sacrifier entièrement aux enfants », mais la propagande gouvernementale insiste sur le rôle irremplaçable de la famille, et les mesures prises vont dans le même sens : encouragement aux familles nombreuses, dispense du service militaire pour tout mâle ayant procrée avant 22 ans... etc.
Cette offensive de la bourgeoisie a eu des effets plus contradictoires qu'il n'y paraît. Sans doute est-elle une réponse mystifiée et mystifiante, dérisoire même par certains cotés, à la prise de conscience. Pourtant la traduction de cette offensive dans les journaux féminins à grand tirage comme ELLE ou MARIE-CLAIRE (et maintenant « F » Magasine) qui allient désormais les gravures de mode aux articles de tonalité féministe, ne doit pas être négligée Cela a contribué à donner une certaine légitimité aux idées féministes dans des couches de la population qui, jusqu'alors avaient été peu concernées.
Des thèmes comme le droit au travail, le partage des tâches ménagères, le sexisme et la vio-lence dans les rapports hommes-femmes ont acquis peu à peu une audience de masse.
Cette audience se trouve vérifiée par ie tournant des organisations réformistes
Des dirigeantes du PCF, de la CGT, (Louisette . Blanquart : « femmes l'âge politique » ; Madeleine Colin : « Ce n'est pas d'aujourd'hui...) de la CFDT (Jeannette Laot) se préoccupent soudain d'écrire sur les luttes de femmes et leur place dans la société. Bien sûr, on y condamne le plus souvent le féminisme, diviseur de la classe ouvrière, mais on y reconnaît l'existence de l'oppression et la nécessité de « revendiquer au féminin »
En 1975, CGT et CFDT rédigent une plate-forme commune consacrée aux revendications spécifiques des femmes, qui malgré les limites consacre une avancée réelle sur la question. La même année, la fédé HACUITEX de la CFDT, publie une plateforme de tonalité très féministe.
C'est que la pression à la base est très réelle et se traduit dans les conférences syndicales, comme la Conférence femme métallurgie de la CGT en 1976, et la conférence femme CGT de 1977. Le journal féminin de la CGT « ANTOINETTE » change nettement de contenu, les recettes de cuisine sont relativisées au profit d'enquêtes, de débats sur la condition des femmes dans les entreprises, la famille, le statut social des femmes... et même le viol.
Des commissions femmes syndicales se créent d'abord dans la CFDT, puis dans la CGT. Bien sûr cela n'est pas sans poser de problème aux directions réformistes ; d'abord les résistances sexistes sont fortes dans les rangs même de la classe ouvrière, sans parler des appareils bureaucratiques que le féminisme pourrait remettre en cause ; de plus cela heurte le discours traditionnel sur la défense de la famille ; enfin et surtout, les luttes des femmes dans les entreprises, comme sur les quartiers, peuvent entrer en conflit avec la stratégie réformiste du bulletin de vote.
Parler du droit à l'avortement gratuit, prôner le développement des équipements collectifs est une chose, ne mener aucune lutte, même dans les municipalités PS-PC pour la construction de centres d'orthogénie, l'ouverture de crèches, en est une autre. L'opposition entre un discours féminisant et une pratique de passivité et de refus de répondre concrètement aux exigences des femmes, est le trait le plus marquant de la politique réformiste actuellement.
C'est dans ce cadre d'offensive de la bourgeoisie et des réformistes que s'est produite l'extension numérique des groupes femmes. Un assez grand nombre de groupes d'entreprises se sont créés à Paris, comme en province parfois parallèlement à des commissions syndicales femmes.
C'est de ces groupes que sont partis de nouveaux thèmes de campagne :
— le soutien aux femmes réprimées sur le plan international (campagne E. Forest en 1974 soutien aux prisonnières chiliennes ),
— les dénonciations des violences faites aux femmes, le procès des deux femmes campeuses, à Marseille à lancé en 75,
— la campagne contre le viol, qui connaît une large audience nationale : nombreux articles de presse, débats télévisés...
Pourtant cette audience des thèmes féministes, si elle entraîne une croissance numérique des groupes, des commissions syndicales femmes, n'a pas été suivie d'une centralisation des expériences et des activités : le mouvement des femmes reste à construire !
Avec le mouvement des femmes, c'est le rapport des femmes avec la politique qui a changé !