Les femmes aussi font Fhistoire appel à la 1ère journée internationale des femmes, le 19 mars 1911 (extraits)
La femme du 20ème siècle est devenue majeure politiquement, et elle revendique ses droits de citoyenne de manière décidée.
Les raisons qui la font entrer en action pour la conquête de ce droit sont très importantes, comme le montrent les éléments suivants :
Le travail des femmes représente un facteur décisif pour l’économie de tous les pays. Dans l’industrie et dans l’agriculture, dans le commerce et dans les services, dans les arts comme dans les sciences, partout la femme est l’égale de l’homme dans ses efforts pour préserver et pour élargir le patrimoine culturel.
Le nombre des femmes actives croît de manière constante et avec des rythmes de plus en plus rapides. 11 augmente même plus vite que la population féminine elle-même. En Allemagne, on comptait 5,5 millions de femmes actives en 1882, 6,5 millions en 1895 et 9,4 millions en 1907. Ces chiffres montrent bien à quel point grâce à leurs bras et à leurs cerveaux, les femmes participent au développement de la société. Ce travail pour la communauté justifie pleinement, et à lui seul, leur prétention aux droits civiques, au droit de vote.
De plus, à cette contribution au bien-être social s’en ajoute une autre, non moins importante et indispensable : la reproduction et l’entretien de l’espèce, la mise au monde, la charge et l’éducation des générations futures.
Le service que la femme rend à la société à travers la maternité est tout à fait considérable, puisqu’il permet à cette dernière de continuer à exister. Mais c’est un lourd service, plein de dangers. Et nous ne pensons pas ici aux douleurs, aux fatigues et aux risques de la grossesse, mais aux sacrifices innombrables affectant leur santé et leur existence, consentis chaque année par des centaines de milliers de femmes qui deviennent mères dans des conditions sociales déplorables. 10 000 femmes meurent annuellement, que se soit durant l’accouchement ou juste après, et 50 000 d’entre elles sont gravement malades à la suite de la naissance ou de la grossesse.
Ce fait à lui seul montre bien que les femmes, en tant que mères, donnent beaucoup plus d’elles-même que ne le font les hommes en tant que soldats durant les périôdes de guerre. Ce qui invalide totalement l’un des « arguments essentiels » de ceux qui s’opposent au vote des femmes, sous prétexte que les femmes ne font pas de service militaire, (celui-ci étant considéré comme une justification pour obtenir le droit de vote). Les chiffres cités plus haut prouvent combien cette objection « importante » est fondée !
Mais les femmes apportent aussi leur contribution aux charges publiques, au maintien de l’Etat. Selon leur revenu et leur fortune, elles paient exactement autant d’impôts directs que les hommes ; en tout cas autant d’impôts indirects pour chaque bouchée de pain, chaque morceau de viande et chaque tasse de café, pour chaque rien, enfin qu’elles consomment.
Si le droit de la femme au droit de vote est donc pleinement prouvé, nous voulons néanmoins montrer en même temps le besoin qu’il représente pour elle :
Dans la mesure où le droit de vote nous donne la possibilité d’influer sur l’élaboration des lois et sur leur gestion, son obtention représente un pouvoir partiel, une arme dont nous pouvons user pour imposer nos intérêts. Les femmes qui, à cause de la misère de leur existence, sont entrées dans le monde du travail, sont confrontées à des dangers identiques, et parfois pires que les hommes. En conséquence, elles ont un besoin urgent du droit de vote pour être mieux armées dans le combat qu'elles ont à mener. (...)
(Suivent une série d’arguments montrant que, si les femmes avaient le droit de vote, elles seraient les premières à se battre pour la réduction du temps de travail, pour l’amélioration des lois sociales et des institutions telles que les écoles et les hôpitaux, qu’elles seraient les premières à lutter contre l’augmentation des prix, etc. autant de choses qui sont dans l’intérêt de tous.)
Debout, vous les femmes et les filles du prolétariat ! Levez-vous pour engager la bataille pour l’obtention du droit de vote ! Le 19 mars est votre jour, le jour où vous devez exprimer combien vous en avez assez d’avoir les mêmes devoirs sans avoir les mêmes droits. Le 19 mars, c’est avec joie que les femmes de la classe ouvrière suivront l’appel du Parti social-démocrate et des syndicats libres et qu'elles descendront massivement dans la rue dans toute l’Allemagne, pour réclamer le droit de vote des femmes.
Ce jour-là, nos camarades autrichiennes organiseront une manifestation sur le même thème, et dans tous les pays où l’on peut parler d’un mouvement des femmes socialistes, nos camarades seront avec nous en pensée, souhaitant le succès de notre combat. Le fait de savoir que le 19 mars, par dessus mers et frontières, les socialistes de tous les pays se donneront la main en pensée, faisant le vœu de mener ce combat avec persévérance et jusqu’à la victoire, ce seul fait augmentera l’enthousiasme de nos camarades.
Ainsi, la première journée des femmes socialistes en Allemagne ne sera pas seulement une manifestations puissante pour le droit de vote des femmes, mais ce sera, de la part des femmes une éclatante profession de foi dans le socialisme !
(Cet appel fut distribué sous forme de tract à des dizaines de milliers d’exemplaires.)