La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Clara Zetkin

Cahiers du féminisme, n° 3, mars 1978 · p. 16 · 854 mots

Les femmes aussi font I'hisioire

Née en 1857 près de Leipzig et morte en 1933 à plus de soixante-quinze ans, Clara Zetkin est l’une des militantes féministes dont la figure domine toute l’histoire de la lutte des femmes au cours de la IIe et de la IIIe Internationale. Ayant commencé à militer dans le Parti social-démocrate allemand à la fin des années 70, elle adhère très vite au courant marxiste conduit par Bebel et Liebknecht et on la retrouve, dans la plupart des batailles politiques internes au parti, à la tête de l’aile gauche qui finira par scis-sionner apres le vote des crédits de guerre, sous l’impulsion de la révolution de 1917.

Agitatrice infatigable, elle est responsable dès 1890 de la parution du journal « Die Gleichheit » (L’Egalité) qu’elle rédigera seule pendant près de vingt-cinq ans.

Presque toujours, c’est elle qui présente les rapports sur la question femmes lors des congrès du SPD et elle joue un rôle décisif pour la création de l’Internationale des femmes socialistes dont elle préside la première Conférence à Paris en 1907.

L’année suivante, la direction réformiste du SPD parvient à l’écarter de la responsabilité du travail féminin du Parti en même temps qu’elle empêche la tenue d’une seconde conférence des femmes socialistes.

Deux ans plus tard, pourtant, Clara lance l’idée d’une journée internationale des femmes lors de la Conférence de Copenhague et elle participe activement à la bataille menée par Rosa Luxembourg contre l’aile droitière du SPD, elle publie dans « Die Gleichheit » des articles marqués par leur antimilitarisme et leur critique acerbe de l’opportunisme parlementaire.

Elle sera présente à la Conférence des femmes socialistes de 1915 à Berne qui lance le coup d’envoi de la rupture avec la IIe Internationale. Après avoir été membre de l’organisation centriste — l’USPD — issue de la scission d’avec la social-démocratie, Zetkin rejoindra le parti communiste allemand à sa fondation impulsant le secrétariat femmes du nouveau parti ainsi que le journal « Die Kommunistin ».

Par la suite, elle se consacre avant tout aux tâches internationales. Elle est membre de l’Exécutif de l’Internationale et rédige avec Kollontai les thèses communistes des conférences féminines précédant les IIe et IIIe congrès de l’Internationale communiste. Son œuvre écrite est plus le fait d’une journaliste et d’une agitatrice que d’une théoricienne.

Grâce a son talent. « Die Gleichheit » joue un rôle essentiel pour gagnera des positions marxistes et féministes à la fois, une fraction importante des dizaines de mil-|

liers de militantes qui le lisent régu-|

lièrement. Du travail des femmes j au droit de vote, en passant par la !

sexualité et la prostitution, ce jour-j nal est l’un des seuls du mouvement j ouvrier international à prendre des j positions aussi offensives sur la y question de l’oppression spécifique des femmes en même temps qu’il mène un travail d’éducation politique en profondeur.

Par ailleurs, « L’histoire du mouvement de femmes prolétarien », rédigée par Zetkin en 1891 et re-y prise en 1928 représente une contribution importante pour la connaissance de la lutte des femmes.

Un peu écrasée à l’époque par des personnalités telles que Rosa Luxembourg ou Kollontai, Clara Zetkin n’en reste pas moins celle qui illustre le mieux là continuité de la bataille menée par les militantes féministes à l’intérieur des organisations de la IIe et de la IIIe Internationale.

Rédigé à l’occasion de la première journée internationale des femmes, le 19 mars 1911, cet appel nous permet de mesurer à la fois ce qui relie l’actuel mouvement de libération des femmes aux mouvements de lutte du début du siècle, et ce qui l’en distingue.

La bataille évoquée dans ce texte pour l’obtention de droits égaux à ceux des hommes n’est pas terminée, loin de là, particulièrement en ce qui concerne les droits civiques, dans nombre de pays coloniaux et semi-coloniaux. Mais c’est également vrai, aux USA, où l’égalité des droits entre hommes et femmes n’est toujours pas reconnue dans la Constitution. Et que dire des discriminations qui subsistent sur le plan de la formation et sur le plan économique dans tous les pays capitalistes avancés ? Cette bataille-là, donc, est d’actualité.

prime dans ces lignes : c’est la vision du rôle de la femme dans la société. Clara Zetkin et ses camarades étaient très marquées par l’idéologie dominante les amenant à analyser la place des femmes en fonction de leur rôle de mère avant tout.

Les féministes des années 70, quant à elles, ont apporté une vision nouvelle conduisant à la prise de conscience que fonction reproductrice et fonction éducative ne sont pas nécessaurement liées. La remise en cause de la division sociale du travail et de la division des tâches dans la famille comme dans la société, c’est l’un des thèmes qui a suscité les analyses les plus nouvelles au sein du mouvement autonome des femmes ces dernières années. C’est à cela que nous mesurons le chemin parcouru depuis plus de cinquante ans, c’est ce qui fonde notre conviction que, plus que jamais, la lutte pour la libération des femmes est d’actualité.

Il est un aspect, cependant, qui distingue l’approche des féministes aujourd’hui de celle qui s’ex-

Clara Zetkin

Une erreur sur cette page ?