La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pour un 8 mars internationaliste

Cahiers du féminisme, n° 3, mars 1978 · p. 3-4 · 994 mots

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Pour la première fois depuis l’apparition de la nouvelle vague de radicalisation des femmes, il y a une dizaine d’années, des féministes du monde entier se sont réunies pour coordonner leur action en vue du 8 mars 1978.

Issue de la conférence internationale de Vincennes le printemps dernier, l’idée a fait son chemin : puisque cette date est une journée de commémoration de la lutte des femmes au niveau international, donnons-nous les moyens de la préparer ensemble ! Des réunions de coordination qui se sont tenues à plusieurs reprises à Paris cet hiver, deux choses concrètes sont sorties. Une affiche dont on espère qu’elle aura été reproduite dans le plus grand nombre de pays possible, et un communiqué commun que nous reproduisons ci-dessous.

C’est peu et c’est beaucoup à la fois.

C’est peu parce que cet appel, reflet des concessions qui ont été effectuées de part et d’autre, ne nous a pas permis d’aller jusqu’au fond du débat et des divergences que nous croyons avoir (sur certains points essentiels comme sur des points secondaires).

Mais c’est beaucoup cependant parce que ces réunions ont permis la rencontre de femmes venues d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche, de Belgique, d’Espagne, de France, d’Italie, de Suisse et des Pays-Bas. Sans oublier la présence d’exilées d’Afrique et d’Amérique latine, ni le soutien écrit qui nous est parvenu du Portugal, du Danemark et de Suède.

C’est beaucoup parce que ces discussions nous ont permis de prolonger celles de Vincennes et qu’elles ont donné envie à certaines d’aller plus loin. Cela s’est traduit notamment par la volonté de divers groupes d’impulser dès maintenant la campagne internationale contre la répression dont il fut déjà question à Vincennes. La date d’une journée d’action a d’ores et déjà été retenue : celle du 20 mai prochain. Une nouvelle coordination aura lieu à Paris les 1er et 2 avril afin d’échanger les informations et le matériel d’agitation, de mettre au point le texte d’une déclaration commune et de débattre des modalités d’action. Cette campagne, dont les axes précis seront déterminés dans chaque pays, devrait néanmoins être centrée sur la dénonciation de la répression spécifique touchant les femmes emprisonnées. Qu’il s’agisse des prisonnières politiques croupissant dans les geôles d’Amérique latine, d’Afrique, d'Irlande ou d’Allemagne, ou qu’il s’agisse de celles qui sont emprisonnées pour des « crimes » tels que l’avortement, l’adultère ou la prostitution, comme c’est le cas en Espagne en particulier. On peut espérer qu’une initiative analogue sera prise sous peu à propos de l’avortement, car cela reste l’un des thèmes de mobilisation les plus importants dans le monde entier.

C’est beaucoup parce que ces réunions ont permis de commencer à concrétiser un projet d’informations et d’échanges au niveau international, en proposant une utilisation systématique des canaux déjà existants. Qu’il s’agisse de la revue Isis qui a déjà publié un certain nombre de documents issus des rencontres internationales de Vincennes et d’Amsterdam ou du bulletin du CISAI, dont le numéro 0, rédigé en cinq langues, vient de paraître, reproduisant le communiqué commun que nous publions ainsi que des contributions sur la question de l’avortement en Grande-Bretagne et sur la stérilisation forcée en Amérique latine. Le numéro 1 qui sortira le 4 mars prochain publiera des articles et des contributions parvenus à la rédaction de divers pays

Dépasser les frontières

Dépasser son horizon limité, dépasser les frontières ; cette aspiration de nombreuses féministes commence pour la première fois à prendre corps. Après les journées de Mexico et de Bruxelles organisées par les organisations féminines bourgeoises et réformistes, plusieurs initiatives internationales avaient vu le jour au sein des mouvements autonomes, comme la campagne pour la libération d’Eva Forest. Mais elles étaient restées sans lendemain. Il dépend de nous toutes que les liens nés de rencon- très l’an dernier ne se défassent pas, et que nous sachions renouer avec les traditions des féministes du début du siècle.

c’était hier , le 19 mars 1911

C’est lors de la deuxième Conférence des femmes socialistes à Copenhague en août 1910 que Clara Zetkin lança pour la première fois l’idée d’une journée internationale des femmes, dont la date fut d’abord fixée au 19 mars. Son écho fut immense l’année suivante parmi les femmes de la classe ouvrière allemande et autrichienne, ce jour ayant été marqué dans ces deux pays par des manifestations massives de femmes réclamant le droit de vote. Dans les autres sections de la jlle Internationale, en revanche, Ison impact fut limité dans la mesure où cette initiative ne fut pas réellement prise en charge par les directions concernées. Les choses ne furent guère différentes jusqu’à la lre guerre mondiale.

On sait cependant que c’est à l’occasion de la journée internationale des femmes que les ouvrières de Pétrograd décidèrent d’entrer en grève en février 1917 (le 8 mars très exactement avec le décalage de calendrier), mettant le feu aux poudres et donnant le coup d’envoi à ce qui devait devenir la révolution russe. Pourquoi le 8 et non le 19 ? Qu’est-ce qui détermina ce changement de date ? Rien n’est très clair jusqu’ici. Contrairement à ce qu’on a souvent dit, ce n’est pas la commémoration de la grève des ouvrières de la confection à New York qui se termina par une répression féroce en mars 1910 qui permet d’expliquer cette modification. Aucun fait de taille ne semble avoir marqué la journée du 8 mars en particulier. Mais cela n’a guère d’importance. Ce dont nous sommes sûres, c’est qu’en descendant massivement dans la rue le samedi 4 mars 78, nous serons des dizaines, des centaines de milliers à répondre à l’appel de la coordination internationale, nous souvenant de la lutte sans merci de nos sœurs qui, en 1917, se battaient pour obtenir un morceau de pain. Ce dont nous sommes sûres, c’est qu’en nous mobilisant de la sorte, et par-delà un demi-siècle d’histoire, nous continuons la lutte pour le socialisme pour lequel se battait déjà Clara Zetkin !

C’était hier, le 19 mars 1911

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