La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

5Ü td ' C/5 CA> O O

De l’enfant à tout prix au prix de l’enfant

· Cahiers du féminisme, n° 30, hiver 1984 - 1985 · p. 8-12 · 3 704 mots

Il y a trente ans, un américain, Pincus, mettait au point la contraception, dissociant ainsi sexualité et enfantement. Avec l’avènement des nouvelles technologies, une seconde étape est franchie, celle de la dissociation entre le corps humain et la procréation. Certaines sont d’ores et déjà appliquées, d’autres sont encore du domaine de la fiction, mais toutes suscitent des interrogations morales, bouleversent le champ juridique et social. Les médias font de cette révolution biologique une véritable foire du trône où les bébés éprouvette n’ont rien à envier à la femme serpent ou à l’homme grenouille. Par contre, rien ou presque ne transparaît sur l’état des recherches concernant les causes premières de la stérilité et leur traitement. Ne devrait-on pas orienter prioritairement la recherche dans ce sens ? Si les nouvelles technologies apportent une réponse positive à des situations particulières, leur utilisation à des fins de sélection humaine est une extension dangereuse dont la pratique existe déjà aux USA, sans oublier les spéculations financières quelles suscitent.

La menace de la stérilité hante de nombreux couples qui tentent depuis plusieurs mois d’avoir un enfant. Pourtant, une étude faite en 1983 démontre que 60 96 des couples infertiles ont finalement un enfant, soit sans traitement soit longtemps après son interruption. Pendant longtemps, la femme était considérée comme la seule responsable de la stérilité du couple. Aujourd’hui, on sait qu’elle provient dans 30 96 des cas soit de l’homme soit de la femme et dans 40 96 des cas, de facteurs dépendant des deux partenaires. Aucun effort de recherche, aucune politique de prévention ou d’information ne sont envisagés pour s’attaquer aux racines du « mal ». Le développement des nouvelles technologies brûle les étapes et soulève chez certains de vives inquiétudes. Peut-on les mettre toutes sur le même plan ? Les conséquences sociales de ces différentes pratiques sont-elles maîtrisées et maîtrisables ? Autant de questions en suspens qui nécessitent une réflexion collective dont nous apportons ici les premiers éléments.

L’insémination artificielle

Cette technique a commencé à poser problème lorsqu’il est devenu possible de l’effectuer avec du sperme congelé, qui peut être utilisé pendant dix ou quinze ans. La majorité des « utilisateurs » des banques de sperme sont des couples dont le mari est stérile et qui réclament donc l’intervention d’un tiers dans la conception de leur enfant.

Les CECOS : les premiers Centres d’études et de conservation du sperme (banques de sperme), ont été créés en France en 1972. Il en existe aujourd’hui une quinzaine implantés en milieu hospitalier qui fonctionnent tous suivant les mêmes principes :

— La gratuité du don de sperme ;

— Le donneur doit être père de famille : il doit avoir entre 25 et 45 ans, être marié et avoir déjà des enfants ;

— Le donneur est anonyme. Cette règle est absolue. Une différenciation est cependant faite, celle de la couleur de la peau, qui Figure sur l’étiquette de chaque paillette. Les demandeurs sont obligatoirement un couple. Une femme seule ou un couple d’homosexuels(elles) ne peuvent avoir accès aux CECOS. Cependant, un jugement récent du tribunal de Créteil a autorisé une femme veuve à être inséminée artificiellement avec le sperme de son mari mort. De même que le donneur est anonyme, le couple demandeur ne peut exiger d’avoir les spermatozoïdes d’un homme de telle religion, de telle taille, de tel quotient intellectuel, etc. Les demandes de ce type sont toujours refusées. L’intervention ne réussit pas toujours la première fois. Il y a actuellement 50 96 de réussite en moyenne, et ce taux s’élève à 70 96 si l’on considère les femmes de moins de trente ans ayant fait au moins six tentatives. Il existe parallèlement aux CECOS des banques du sperme privées. De nombreux gynécologues pratiquent également cela en cabinet. Le coût y est plus élevé, l’anonymat plus difficile à respecter. D’autre part, un médecin isolé pourra être plus facilement accessible à des demandes précises du couple relatives au donneur, ce qui multiplie les risques d’eugénisme. Il existe, en Suède et aux Etats-Unis, des centres d’insémination réservés aux homosexuelles.

Aux USA, il y a peu de centres d’insémination hospitaliers. La majorité des interventions se fait avec du sperme frais, à raison d’environ 2 000 F par tentative. Il existe des banques du sperme dans toutes les grandes villes. N’importe quel homme peut y déposer son sperme pour environ 1 000 F et le retirer à sa guise. Ceux qui veulent acheter du sperme — y compris les femmes seules — peuvent choisir sur un catalogue par ordre d’importance, plusieurs des caractéristiques du donneur. La porte est grande ouverte à la sélection par race, quotient intellectuel, etc. C’est ainsi qu’un certain Graham a ouvert une banque du sperme d’hommes « supérieurs ». Il se déclare convaincu que les Noirs ont hérité de dé- ficiences intellectuelles les condamnant à un statut économique et social inférieur. Il propose aussi que les pauvres qui n’ont pas réussi parce qu’ils sont débiles, soient encouragés par des bourses spéciales à se faire stériliser. Bien entendu, les femmes qui désirent recevoir ce précieux sperme passent d’abord des examens pour montrer qu’elles en sont dignes.

La fécondation in vitro

Le premier « bébé éprouvette » est né en 1979 aux Etats-Unis. Depuis, plus de 400 enfants sont nés ainsi dans le monde. La fécondation in vitro s’effectue en quatre étapes :

1 . Prélèvement de l’ovule : il faut que cet ovule soit naturellement prêt à être fécondé, mais on utilise aussi des hormones pour favoriser l’ovulation. On peut ainsi faire mûrir non pas un seul, mais plusieurs ovules.

2. La fécondation : seuls les spermatozoïdes les plus « performants » sont retenus afin d’augmenter les chances de succès de l’opération. La fécondation se déroule à température du corps et dans l’obscurité.

3. le développement de l’embryon : pour imiter la nature, il faut faire vivre artificiellement l’œuf plusieurs jours avant de le replacer dans l’utérus de la femme. La réimplantation s’effectue au bout de trois jours en moyenne.

4. La réimplantation de l’œuf : c’est l’étape la plus délicate, ou l’œuf est redéposé sur la muqueuse de l’utérus. La survie des œufs implantés n’est que de 10 % par tentative (contre 25 % pour une fécondation naturelle). Le fait que l’on fasse mûrir plusieurs ovules en même temps accroît les chances de succès. Ces chances passent à 3 1 % pour le transfert simultané de deux œufs, à 50 % pour trois œufs, avec le risque que naissent 2 ou 3 enfants, mais le cas est rare.

Le don d’ovule

Le prélèvement et la fécondation de plusieurs ovules posent le problème de l’utilisation de ceux qui sont en surnombre. Certains seront réutilisés sur la femme si la première tentative n’a pas abouti. Que faire de ceux qui restent lorsque la fécondation a réussi ? Peuvent-ils être détruits ? Peut-on les utiliser pour faire des expérimentations ? Peut-on en faire don à une autre femme, qui n’a pas d’ovaires ou qui n’ovule pas ? Cette opération a déjà eu lieu en Australie. La fécondation in vitro s’est déroulée tout à fait normalement, l’ovule ayant été fourni par une autre femme qui avait elle-même été fécondée artificiellement. Le don d’ovule est beaucoup plus délicat que le don de sperme. On n’utilise donc actuellement que les ovules produits en surnombre par des femmes utilisant elles-mêmes la fécondation in vitro. Mais la pression est forte pour que se développent les dons d’ovules, ce qui pourrait aboutir à l’établissement de « banques d’ovules », avec un risque d’eugisme identique à celui qui existe pour les banque de sperme.

Sur le plan financier, la rémunération du sperme ou d’ovules pose un réel problème de fond : le directeur d’une banque du sperme parisienne explique qu’il est farouchement opposé au paiement, car il y voit une sorte de prostitution par onanisme qui en ferait le domaine réservé de donneurs professionnels. Pourtant, la vente du sperme est pratiquée dans de nombreux pays, y compris en France. Même si chez nous la rémunération reste symbolique, le principe est le même. Pareillement, l’équipe américaine qui a mis au point les premiers dons d’ovules, indique qu’elle va mettre sur pied un réseau de donneuses d’ovules rétribuées. Que des individus décident d’offrir à la science spermatozoïdes ou ovules sans aucune contrepartie financière, cela relève d’un choix librement exprimé, en dehors de tout contexte économique ou social. Par contre, le commerce de sperme ou d’ovules constitue un avilissement inacceptable, tant pour l’homme que pour la femme, qui n’a plus grand chose à voir avec la recherche médicale ou le « désir d’aider autrui ».

Le prêt d’utérus

Cette méthode a été utilisée pour la première fois avec succès au début de l’année : une femme a été inséminée avec le sperme d’un homme dont la femme était stérile. Au bout de quelques jours, l’œuf ainsi fécondé a été extrait par un lavage d’utérus et a été replacé dans l’utérus de la future mère. Cette opération est compliquée, elle ne peut se concevoir que lorsque les deux femmes ont un cycle ovulatoire qui coïncide parfaitement, et le même groupe sanguin. Le lavage d’utérus comporte actuellement des risques qui ont amené certains médecins à abandonner cette méthode, tandis que d’autres continuent les recherches dans ce sens.

Les mères porteuses

Il n’est actuellement pas possible de répondre à une femme dont une malformation de l’utérus lui interdit de porter l’enfant. La solution sera peut-être apportée un jour par les « grossesses en bocal », extension de la fécondation in vitro qui permettrait de faire vivre artificiellement un fœtus pendant neuf mois. En attendant, certains ont trouvé une solution plus rapide en faisant appel à des « mères de substitution ». On pourrait envisager dans quelques années que la femme stérile fournisse son propre ovule et que l’œuf fécondé artificiellement soit réinjecté dans l’utérus de la mère porteuse. Cette pratique s’est essentiellement dévoloppée à partir de 1980, et depuis, elle est devenue extrêmement florissante aux Etats-

D

O

S

S

I

50 H

I

E

R

Unis, prise en main par de nombreux cabinets d’avocats. Ces avocats mettent en relation les couples demandeurs et les mères porteuses. Ces dernières doivent être âgées de 25 à 35 ans, avoir déjà des enfants et une vie familiale « stable ». A la naissance, l’enfant est abandonné par sa mère porteuse et reconnu par son père, dont la femme l’adoptera ensuite. Un « contrat » lie les différentes parties, contrat sans fondement juridique puisqu’aux USA comme ailleurs, l’enfant appartient à la femme qui l’a porté et l’a mis au monde.

Pour vous mesdames...

Il est aujourd’hui possible à deux femmes d’avoir entre elles un enfant : il suffit pour cela que l’ovule de l’une d’elle soit fécondé artificiellement avec le noyau d’un ovule de l’autre. Il s’agit là d’une fécondation in vitro avec réimplantation de l’œuf qui ne soulève pas plus de difficultés que la fécondation « classique ». Cette méthode, consternante pour les hommes dont on peut désormais dédaigner les spermatozoïdes, ne donne naissance qu’à des petites filles. Mais biologiquement l’essentiel est conservé, à savoir que l’enfant est le produit des gènes de deux personnes différentes...

L’opération revient à plus de 250 000 F, sur lesquels la mère porteuse reçoit environ 1 00 000 F (dont la moitié après l’abandon de l’enfant). En France, le problème s’est posé en 1983, lorsqu’une qu’une femme a accepté de porter un enfant pour sa sœur jumelle. Cette même année s’est créée à Paris l’ANIAS (Association nationale d’insémination artificielle par substitution). Les couples demandeurs versent 600 F comme membres de l’association, ils devront ensuite payer tous les frais médicaux de la mère porteuse. Il semble que le montant du paiement de cette dernière ne soit pas strictement fixé, mais laissé à l’appréciation des deux parties. En France aussi, cette pratique n’est pas légale, et le Comité national d’éthique vient récemment de la condamner.

Sur le plan financier, il s’agit cette fois d’utiliser pendant neuf mois le corps d’une femme en rémunérant cette dernière comme si elle ne faisait que fournir une marchandise... Cette pratique est utilisée depuis des millénaires, cela s’appelle la prostitution. L’importance de la vie intra utérine, l'incidence psychologique d’une grossesse sur une femme, tout cela est délibérément laissé de côté par les promoteurs de la méthode. Ces derniers poussent l’indéœnœ jusqu’à citer haut et fort les thèses d’Elizabeth Badinter dénonçant l’amour maternel en tant qu’ins-tinct. Merci, messieurs, nous ne vous avons pas attendus pour en être convaincues. Nous avions même cru comprendre que l’une des conclusions de l’auteur est qu’on peut être femme « accomplie » sans être mère. Nous étions loin de nous douter que notre libération passe au contraire par le statut de mères professionnelles louant leur ventre pour repeupler la France. La tragédie des femmes stériles ne pourra jamais justifier l’utilisation du corps de la femme et la panoplie d’associations diverses à but lucratif qui en font commerce. Le désir sexuel (tout aussi légitime !) peut-il justifier la prostitution et son lot de maquereaux qui s’y enrichissent ? La solution est tentante, bien sûr, et son extension réglerait bien des maux; Plus de problèmes de crèche, mesdames, plus de conflits conjugaux, fini le chômage des femmes ! Vous pourrez désormais gagner de l’argent tout en restant à la maison. Point n’est besoin pour cela d’une grande qualification, il vous suffira de faire ce pour quoi vous êtes par ailleurs faites : porter neuf mois durant un enfant.

Ceci est particulièrement dangereux actuellement, la crise économique touchant en priorité les femmes qui sont fortement incitées à retourner chez elles. Il existe déjà un projet de salaire maternel qui confinerait les femmes dans un rôle de mères de famille; la rémunération des mères porteuses n’en est après tout qu’un avant goût, plus pernicieux encore puisqu’il s’agit là de commercer directement avec leur corps... Voici poindre à l’horizon une nouvelle race de travailleuses qui, contrairement aux prostituées, pourraient travailler la tête haute et le ventre en avant, glorifiées de toute part pour leur abnégation et leur sens du devoir. Pourquoi ne pas imaginer pour demain deux catégories de mères, les « traditionnelles » et celles qui choisiraient de faire porter leur enfant par une autre ? (Parce que, quoiqu’on en dise, il n’est pas toujours follichon d’être enceinte pendant neuf mois !). Suivant leur catégorie sociale, certaines décideraient de ne pas vivre leur grossesse, d’autres « décidant » de la vivre à leur place... Dans cette histoire, seules les immigrées risquent de ne pas y trouver leur compte, la pureté de la race blanche devant être préservée... Ceci étant dit, il n’est pas possible de demander l’interdiction du principe même des

Quand les générations s’emmêleront

Un mari stérile qui décide avec sa femme d’avoir un enfant en utilisant l’insémination artificielle pourra-t-il plus tard entamer une action en désaveu de paternité?. ..Dans ce cas, qu’advien-drat-il de l’enfant si sa mère vient à décéder ? Un enfant né par insémination arificelle pourra-t-il un jour faire une recherche de paternité ?... A u risque de s’apercevoir que son père biologique est également celui de son conjoint... Le problème pourrait se poser du côté des femmes si le don d’ovule se développe...

La généralisation des embryons congelés pose aussi de nombreux problèmes, entre autre, celui de leur utilisation si leurs parents meurent. Ceci s’est récemment posé en Australie. Mais les parents en question étant richissimes, il s’est trouvé beaucoup de volontaires pour porter les deux embryons milliardaires !... L’Etat australien a dû rapidement légiférer. Dorénavant, les couples « déposant » un embryon congelé devront préciser par écrit ce qu’il convient d’en faire au cas où tous deux meurent : les détruire, les donner à la science, ou en faire don à un autre couple stérile. Mais œci ne règle pas les problèmes d’héritage, surtout s’il existe d’autres enfants, vivants, du même couple... Enfin, quelques situations cocasses pourront apparaître lorsqu’il sera scientifiquement possible de stocker indéfiniment des embryons : imaginons par exemple qu’un couple stocke un embryon congelé dans un laboratoire et ait parallèlement d’autres enfans, qui eux-mêmes auront des enfants, etc. Cinq générations plus tard, un homme et une femme, descendants de cette famille, demandent à avoir recours à un embryon congelé... Le hasard pourra faire qu’ils se retrouveront être les parents légaux de leur arrière grand-oncle !...

mères porteuses. Si pour une raison quelconque une femme décide de venir en aide à sa voisine stérile, nul ne pourra l’en empêcher. Mais si cette pratique n’est pas institutionnalisée, si elle n’est patronnée par aucune association et ne fait pas intervenir de rémunération, cela relèvera d’un choix individuel précis et ponctuel et n’aura alors plus rien à voir avec la commercialisation du corps des femmes. Si l’aspect financier de la question disparaît , parions que les « vocations » seront nettement moins nombreuses. Quant à ceux qui sont aujourd’hui tant concernés par la douleur des enfant issu d’un embryon congelé. Pour l’instant, les experimentations en laboratoire sont insuffisantes pour généraliser l’utilisation des embryons congelés sur les femmes et en connaître les conséquences éventuelles sur l’enfant.

Les embryons congelés

Interventions chirurgicales sur le fœtus pendant la grossesse

Ces interventions n’existent que depuis deux ans, les cas les plus fréquents étant le mongolisme, l’hydrocéphalie et l’obturation des d’opérations sur le foetus laisse espérer pour bientôt une majorité de résultats positifs. On peut supposer qu’un jour, l’injection de gènes normaux pendant la grossesse pourra contrer les maladies avant même qu’elles se déclarent. La biologie reste cependant limitée, elle ignore encore la cartographie exacte des gènes humains et leur nombre.

Utilisation de tissus de fœtus morts

Les tissus foetaux ont certaines propriétés permettant de soigner des femmes stériles, gageons que leur bourse aura vite raison de leur sentimentalité excessive !

En 1933 fut expérimentée la première congélation d’embryon animal. En 1984, la congélation d’embryons humains est pratiquée couramment . Leur conservation peut durer plusieurs années. A ce jour, seule une équipe médicale australienne a réussi à faire naître un voies urinaires. Un intervention a eu lieu aux USA sur un jumeau mongolien, la femme demandant qu’on l’élimine. Les chirurgiens pratiquèrent une ponction de sang, l’enfant normal naquit dans de bonnes conditions tandis que son jumeau mongolien, mort, fut expulsé. Un autre cas se solda par la mort des deux embryons. Pour l’instant, la règle est de tenir compte des dangers que court la mère lors de l’intervention. La rapidité des progrès en matière de diagnostic prénatal et affections graves, particulièrement celles touchant les « bébés-bulle » privés de défenses naturelles. Ces tissus fœtaux sont pris sur des fœtus morts à la suite d’un avortement ou d’un fausse couche. Une loi est en préparation sur cette question. Elle prévoit qu’un fœtus ne pourra pas être maintenu en vie pour effectuer ces prélèvements, et interdit d’inciter une femme à avorter. L’accord de la femme sur l’utilisation du fœtus sera obligatoire et ne donnera lieu à aucune rémunération. Malgré le

M i— i c/) c/d O O jd M m (/i (/i o o cadre donné par cette loi, nos amis de « Laissez-les-vivre » ne manqueront pas de réactiver une campagne contre l’avortement. Pourtant, ne trouve-t-on pas normal aujourd’hui de donner son corps à la science?...

Un domaine farouchement gardé

Une fois de plus, la recherche, la biologie, l’expérimentation scientifique sont le domaine farouchement gardé des hommes. Ils utilisent les femmes et leur corps en fonction de leurs intérêts propres, sans se préoccuper des désirs de ces dernières, et stimulent même chez elles des demandes créées de toutes pièces par un environnement social (.pourquoi un tel désir d’enfant chez les femmes ? Et en dernier ressort, pourquoi orienter les recherches vers la fécondation in vitro par exemple plutôt que vers les causes premières de la stérilité ?) D’autre part, si les premières utilisatrices de ces découvertes sont les femmes, ces dernières n’exercent aucun pouvoir sur l’utilisation qui en est faite. Plus

Les gouvernements pourraient créer des clones dociles

Dans le domaine du morbide...

Quand la réalité dépasse la fiction : le clonage

Il est possible aujourd’hui de couper en deux un embryon et d’obtenir ainsi deux embryons strictement identiques. Le « jumeau » pourrait être utilisé pour étudier des maladies héréditaires ou des anomalies du fœtus, mais c’est aussi un moyen de fabriquer un double parfait. De même, le clonage, uniquement pratiqué sur des animaux, consiste à créer le double parfait d’un être à partir de l’une de ses cellules.

Un biologiste anglais imagine très sérieusement les modalités pratiques du clonage humain. On pourrait sélectionner des gens indifférents à la douleur ou particulièrement résistants aux radiations, destinés à repeupler la terre après un conflit atomique.

Les riches pourraient s’offrir des clonages au détriment des pauvres. Les gouvernements pourraient créer des clones dociles, et les machos des harems de rêve. Et pourquoi pas sélectionner des nains intelligents qui pourraient parcourir de grandes distances dans des petits vaisseaux cosmiques... Le hasard veut que les partisans du clonage humain songent surtout à accroître la descendance des « grands hommes » de type Einstein ou Mozart. Curieusement, Rimbaud ou Trotsky ne figurent sur aucune liste... Par contre, il s’est trouvé quelqu’un pour demander s’il ne resterait pas suffisamment de cellules dans la momie de Toutankhamon pour tenter l’expérience ! Pour alimenter vos cauchemars, nous vous laissons imaginer l’arrivée sur le marché d’une armée de petits Le Pen...

Les gouvernements pourraient créer des clones dociles généralement, la population dans son ensemble est totalement déssaisie du problème. Comment codifier la recherche, qui peut décider de l’existence ou de l’utilisation de clones ou d’embryons congelés ?.. Une réponse strictement juridique ne réglerait rien du tout. elle pourrait seulement répondre aux extensions financières et eugéniques de la recherche. Mais, comme il n’est pas question d’interdire la recherche en tant que telle, aucune loi ne pourra jamis anticiper sur les découvertes et leurs possibles retombées. La seule garantie résiderait dans une prise en charge collective par la population de ces problèmes, mais ceci restera sans doute un vœu pieux pendant longtemps...

Françoise Foucault Catherine Rosehill il est maintenant possible de maintenir en coma dépassé une femme enceinte décédée, pour avoir le plaisir d’annoncer deux ou trois mois plus tard la naissance de son enfant né par césa rien ne... Bonjour les dégâts !

Notes

  1. Nos informations sont tirées du livre de Robert Clarke : «Les enfants de la science».

Une erreur sur cette page ?