Lutte des femmes au Maroc
Après l’émotion suscitée par la mort de trois grévistes de la faim en août dernier, le silence est retombé sur le sort des prisonniers politiques marocains. Mais il est une catégorie de prisonniers sur laquelle le silence est encore plus total : ce sont les prisonnières. Qui parle d’elles ? Elles sont pourtant une cinquantaine à être détenues pour délit d’opinion, condamnées à plusieurs mois de prison pour avoir participé aux émeutes de la faim de janvier 1984. C’est la première fois que la répression touche autant de femmes, car c’est la première fois que les femmes ont joué un rôle aussi important dans les luttes populaires au Maroc : dans les manifestations contre la vie chère, dans les grèves de lycéens, etc. Beaucoup ont été arrêtées, puis relâchées après plusieurs jours d’interrogatoires accompagnés d’injures et de violences sexistes ; d’autres ont été condamnées, sans aucune preuve le plus souvent.
Mais la répression, loin de les intimider, a au contraire, renforcé la détermination des femmes marocaines : les femmes, épouses et sœurs des détenu(e)s ont très vite organisé des rassemblements et des sit-in pour dénoncer les conditions de détention et soutenir les grèves de la faim des prisonniers. Par ces multiples actions, le mouvement des familles des prisonniers, où les femmes jouent un rôle moteur, a conquis une place très importante sur la scène politique. D’autant plus importante que les organisations d’opposition légales sont, elles, restées complètement muettes sur le sort des grévistes de la faim !
Mais ces actions ne doivent pas rester isolées ; la solidarité la plus large doit se développer. Quelques initiatives ont déjà vu le jour, qu’il faut faire connaître et élargir : citons en particulier le dossier « Solidarité avec les luttes des femmes au Maroc » qu’a publié le Collectif féministe contre le racisme. Ce dossier est en vente à la Maison des femmes, 8, Cité Prost, 75 011 Paris (Tél : 348 24 91)
Conférence des femmes de mineurs britanniques
Une conférence des représentantes élues de tous les bassins houillers actifs dans la grève des mineurs s’est réunie à Chesterfield les 1 0 et 11 novembre derniers. Cette conférence qui a connu un vif succès s’est prononcée pour la mise en place d’une organisation nationale des femmes. Les déléguées ont ratifié la déclaration qui suit tout en réaffirmant leur soutien total au National Union of Mine workers (NUM Syndicat national des travailleurs des mines) dans sa lutte contre les fermetures de puits, pour la défense de l’emploi et des communautés minières.
« Nous, les participantes à cette conférence, déclarons solennellement vouloir :
— Consolider l’organisation nationale des femmes et garantir la victoire du NUM dans la lutte qu’il mène actuellement contre les fermetures de puits et pour la protection des communautés minières.
— Renforcer l’organisation des groupes de femmes, organisation qui s’est constituée durant la grève des mineurs de 1984.
— Développer les liens entre le NUM et l’organisation des groupes de femmes, organisation qui s'est constituée durant la grève des mineurs de 1984.
— Développer les liens entre le NUM et l’organisation des femmes à tous les niveaux.
— Faire campagne autour des questions qui touchent de très près les communautés minières, la paix, l’emploi, la santé et l’éducation.
— Promouvoir et développer l’éducation des travailleuses.
— Faire connaître au public l’ensemble des activités de l’organisation nationale des femmes à tous les niveaux. »
Pérou : le viol institutionnalisé
La pratique du viol des femmes est devenue aujourd’hui monnaie courante dans les prisons du Pérou. Pour la police et les forces armées, il s’agit d’une méthode de torture parmi d’autres qu’ils appliquent afin d’obtenir des aveux de la part des détenues. Dans le cadre des violations quotidiennes des droits fondamentaux de la population et des femmes, ce n’est certes pas un fait nouveau : mais autrefois on l’ignorait.
Aujourd’hui, nous sommes bouleversées par ce qui est arrivé à Lidia Argumedo, 28 ans, née dans le département d’Ayacucho, et témoin clé du procès judiciaire qui s’est ouvert pour juger les meurtriers de huit journalistes, d’un guide, et d’un paysan tués le 26 janvier 1983 dans la communauté d’Uchuraccay. « Après avoir reçu à plusieurs reprises des coups, des électrochocs, après avoir été plongée dans l’eau, des fils électriques collés au visage, elle fut forcée d’avouer être “terroriste". Puis elle fut violée à six reprises par des membres de l'infanterie de marine. »
Le groupe de femmes latino-américaines de Paris, qui transmet ses informations, a écrit une lettre au président péruvien, en concluant ainsi : « N'est-ce pas faire preuve de beaucoup de cynisme que de glorifier la femme en tant que mère, épouse et citoyenne, alors quelle est outragée et violée dans les prisons de l’Etat ? Devons-nous considérer les membres de la Garde civile, de la PI P et de toutes les forces armées comme des violeurs potentiels ? Nous, femmes péruviennes et latino-américaines résidant en Europe, refusons que ces faits soient admis et se renouvellent. Nous nous élevons contre toute forme d’agression sexuelle et contre toute torture. Nous appelons toutes les femmes péruviennes à se joindre à notre protestation contre les atteintes au droit des femmes et à se montrer vigilantes afin que justice soit faite. »
Canada : la loi sur l’avortement
Au Canada, selon la loi actuellement en vigueur, les avortements sont illégaux sauf dans certaines conditions limitées (dans un hôpital accrédité, accord nécessaire d’un comité). Le docteur Morgentale avait décidé d’ouvrir une clinique face aux difficultés croissantes pour obtenir des avortements dans les hôpitaux de l’Ontario. Il a été, avec ses deux associés, accusé d’avoir conspiré pour réaliser des avortements illégaux. Mais un jury de Toronto a rendu ce 8 novembre un verdict unanime de non-culpabilité. Or c’est en fait la quatrième fois depuis 1969 que le Dr Mongale est acquitté après avoir mis sur pied une clinique d’avortements. Au tribunal, l’avocat des trois médecins a fait le procès de la loi canadienne sur l’avortement : il est nécessaire d’enfreindre la loi, parce que les femmes en ont besoin. Des centaines de femmes sont obligées d’aller soit aux Etat-Unis soit au Québec pour obtenir un avortement. « Pourquoi les politiciens gardent-ils les femmes enchainées » par une telle loi, a demandé l’avocat : « Pensez-y. Si vous n’êtes pas libres de décider d’avoir ou non un enfant, que vous reste-t-il ? Une telle situation n’existe qu’à cause de la volonté de maintenir les femmes assujetties. »
En réponse à ce quatrième acquittement en dix ans, le ministre fédéral de la Justice a déclaré que le gouvernement ne retirerait pas la loi fédérale actuelle. Si le verdict rendu par le jury correspond au sentiment de la majorité de la population, et aussi des syndicats affiliés à la Fédération du travail de l’Ontario qui appuient le droit à l’avortement, par contre les forces anti-avortement ne sont pas prêtes d’abandonner : le Dr Morgentale est encore sous le coup d’une accusation dans le Manitoba, la loi fédérale reste en vigueur. Il faut donc que toutes les forces féministes continuent de lutter pour son abrogation.
Notes
- Communiqué de presse du NUM.
- Novembre 1984.