La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Eune a aimé, l’autre pas

Evelyne Sullerot : Pour le meilleur et sans le pire

Cahiers du féminisme, n° 30, hiver 1984 - 1985 · p. 34 · 784 mots

Evelyne Sullerot veut donner d’elle l’image d’une femme progressite. A chaque interview, elle tient à rappeler quelle a été une des fondatrices du Planning familial. Mais son dernier livre (l) prouve le contraire. A travers un discours souvent très nuancé sur la « liberté » des choix de vie et de la « responsabilité », dans un style résolument branché, à la limite parfois de la démagogie, elle fait passer astucieusement une idéologie qui s’inscrit parfaitement dans une vaste campagne de la droite en faveur des bonnes vieilles valeurs de « famille » et de « patrie ».

1972 : l’année de tous les dangers

Selon E. Sullerot, une véritable catastrophe menace aujourd’hui les pays « riches ». Depuis 1972 (2), on constate « de moins en moins de mariages, de plus en plus d’unions libres, de plus en plus de divorces, de plus en plus de foyers monoparentaux, de plus en plus d'enfants naturels, de plus en plus de solitaires » (3). Comme le précise E. Sullerot, « Si la situation devait se stabiliser au point atteint en 1972, cela signifierait qu’au lieu de 8 % de célibataires définitifs, on devrait compter en trouver 37 % parmi les hommes et 35 % parmi les femmes. » Ce « bouleversement sans précédent » n’est pas spécifique à la

France puisque de nombreux pays nous ont déjà précédé dans cette voie, notamment la Suède. Les conséquences, selon E. Sullerot, sont terribles : « Le tissu de la société s ’effiloche, très vite. » La famille, « cellule de base de la société » n’a plus de signification. Et pour le cas où nous ne serions pas encore bien convaincu(e)s que nous avons affaire à une catastrophe nationale voire internationale, E. Sullerot met les points sur les i en menaçant tous ces jeunes irresponsables qui ne se marient pas des foudres du « totalitarisme » à la mode soviétique, chinoise ou cambodgienne -. « Sauraient-ils défendre contre un ennemi leur société sans engagements ? Sauraient-ils défendre contre l’Etat leur précieuse liberté, déshabitués qu’ils seraient de prendre en charge la responsabilité des êtres qui leur sont les plus proches ? Comment sans appartenance et sans engagements, sauraient-ils le cas échéant, résister à l’instauration du Tout-Etat, c’est-à-dire d’une société totalitaire ? »

Des mœurs en progrès

Que les femmes soient de plus en plus nombreuses à avoir une certaine indépendance financière grâce à leur travail, qu’elles vivent plus librement leur sexualité grâce à la contraception et au droit d’avorter, qu’elles puissent compter sur une certaine aide de l’Etat quand elles sont seules pour élever leurs enfants et qu’au bout du compte elles soient de plus en plus nom-breusés à divorcer ou à vivre en union libre, il n’y a rien dans tout cela qui puisse nous inquiéter ' ou nous choquer. C’est le signe au contraire que les femmes ne veulent plus être dépendantes des hommes et veulent prendre en main leur vie. Oui mais, nous dit E. Sullerot, quand il y a des enfants cela signifie qu’il y a « refus de s'engager » vis-à-vis d’eux. Pourquoi E. Sullerot fait-elle systématiquement cet amalgame entre union libre et « refus de s’engager » comme si le mariage à l’inverse avait toujours garanti femmes et enfants contre l’abandon, officiel ou non, et n’avait jamais masqué drames et situations sordides ! C’est elle-même qui d’ailleurs apporte la preuve que le développement des unions libres ne s’est pas accompagné de ce vaste mouvement d’abandon d’enfants dont elle nous menace : « Dans les années soixante, deux sur dix des enfants hors mariage étaient reconnus par leur père ; en 1980, sept sur dix. »

Au nom de la justice ?

Selon E. Sullerot donc, il y a danger et danger d’autant plus grave que la société ne se défend pas, pire, qu’elle encourage « l’oisiveté, l’irresponsabilité des pères » et le refus de se marier, par le biais du droit civil, de la fiscalité et du système de protection sociale. Par exemple, dans un couple non marié, seule la mère jouit de l’autorité parentale même si le père a reconnu son enfant ; quand un couple divorce par consentement mutuel, seul l’un ou l’autre des parents qui a la garde des enfants a l’autorité parentale. Nous sommes d’accord sur ce point avec E. Sullerot : il est souhaitable de revoir la législation pour permettre légalement à deux parents non mariés qui ont reconnu tous deux leur enfant de partager l’autorité parentale. De même, des parents divorcés par consentement mutuel devraient légalement garder « conjointement » leur enfant et partager l’autorité parentale.

Sur le plan fiscal, c’est tout aussi grave d’après E. Sullerot puisque l’imposition conjointe des époux pénalise

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