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En France si vous saviez...

Racisme, sexisme : Vieux arguments et nouvelles attaques

Cahiers du féminisme, n° 30, hiver 1984 - 1985 · p. 6 · 833 mots

Racisme et sexisme vont bien souvent de pair : après Le Pen, c’est Chirac qui vient de nous en fournir une nouvelle preuve, en partant à son tour en guerre contre l’avortement au nom de la défense de l’occident : « Dans trente ans, il sera impossible d’empêcher les hommes du Sud de monter vers le Nord si nous ne redressons pas notre natalité ».

Ce sont de telles déclarations qui alimentent la montée du racisme, et font de la population étrangère le bouc émissaire de « tout ce qui ne va pas » et de chaque immigré une cible en puissance. Mais elles préparent aussi des attaques d’ampleur contre les droits des femmes.

Les membres du gouvernement se sont indignés de cette remise en cause du droit à l’avortement ; Yvette Roudy a vivement réfuté l’existence de tout lien entre légalisation et baisse de la natalité. Mais on était en droit d’attendre d’un gouvernement de gauche une réaction beaucoup plus énergique à des propos aussi ouvertement racistes et réactionnaires. On attend toujours...

Peut-on s’en étonner ? Quelques jours plus tard, présentant la politique familiale du gouvernement, Mitterrand expliquait : « C’est une question de survie nationale ». De l’argument patriotique aux considérations racistes, la distance n’est jamais très grande, on le sait depuis longtemps... L’utilisation de tels arguments, servant à justifier une politique nataliste qui vise à renvoyer les femmes au foyer (cf. les pages précédentes), rend doublement nécessaire et urgente la lutte contre le Plan famille du gouvernement.

Ce n’est pas par hasard qu’apparaît ce lien entre les attaques contre les femmes et celles contre les immigrés : en période de crise, ce sont toujours ces deux catégories que l’on désigne en priorité comme les responsables du chômage. Aux unes on propose alors la prime au troisième enfant en cas de retour au foyer, aux autres, « l’aide au retour » au pays. Pour convaincre les premières, Mitterrand exalte la famille, qui est « désormais devenue un lieu de liberté » (1 ) ; pour mieux contraindre les seconds, le conseil des ministres du 10 octobre a pris des mesures qui aboutissent purement et simplement à interdire aux immigrés le droit de vivre en famille en France.

Un droit fondamental bafoué

L’une de ces mesures est en effet l’arrêt brutal des regroupements familiaux : désormais, pour faire venir leur famille auprès d’eux, les travailleurs immigrés devront obtenir l’autorisation préalable de l’Office national de l’immigration. Autant dire que seuls quelques rares privilégiés pourront le faire, car les conditions mises à cette autorisation sont autant d’obstacles quasiment infranchissables (« ressources suffisantes et régulières », normes de logement, etc.)

Le gouvernement prétend justifier ces mesures inadmissibles par le souci d’assurer l’insertion des immigrés déjà installés. Mais qu’a-t-il fait depuis trois ans pour favoriser cette insertion, en matière de logement, de scolarité, de formation, d’emploi ? Qu’a-t-il fait par exemple pour ces milliers de femmes venues rejoindre leur mari depuis plusieurs années déjà, mais qui n’ont pu obtenir leur régularisation faute de logement « décent » et qui, obligées de travailler au noir, sont bien souvent les victimes d’une surexploitation sans nom ? Elles se retrouvent dans une situation de totale irrégularité, et donc susceptibles d’être expulsées du jour au lendemain.

Et comment parler d’insertion quand les femmes immigrées, mêmes celles qui ont des papiers en règle, n’ont toujours pas d’existence juridique reconnue en France : elles ne sont là qu’en tant qu’épouse ou fille de travailleur immigré. Que celui-ci meure ou soit expulsé, ou qu’il y ait divorce : le droit au séjour de l’épouse et des enfants est alors remis en cause. Pour la législation française, les femmes immigrées sont considérées com-mes des mineures à vie !

Non, aucun discours ne pourra masquer le caractère répressif et raciste des mesures gouvernementales. Seule l’égalité totale des droits peut permettre de parler d’« insertion ». Et cela passe par le retrait des mesures du 10 octobre et la reconnaissance du droit de vivre en famille.

Mais pour les femmes immigrées, égalité des droits signifie aussi reconnaissance d’un statut autonome, indépendant du mari ou du père : c’est la condition indispensable pour leur permettre d’exister en France comme des individus à part entière. La lutte pour ce statut est partie intégrante de la lutte contre le racisme et pour l’égalité ; elle l’est aussi du comba pour la libération des femmes.

Les femmes immigrées dans la rue le 1er décembre

Un an après la Marche du 3 décembre 1983, l’initiative de Convergence 1984 — avec ses mobylettes de l’an-tiracisme et la grande marche du 1er décembre pour l’arrivée à Paris — constitue une nouvelle étape importante de la lutte pour l’égalité des droits.

Plusieurs associations et collectifs, réunissant des femmes immigrées et françaises, se sont regroupés pour mettre en avant les revendications spécifiques des femmes immigrées, en particulier celle d’un statut autonome. Des tracts ont été distribués, et un cortège femmes s’est organisé autour de ces. mots d’ordre, dans la marche du 1er décembre.

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