La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Présentation du dossier

Les patrons les aiment flexibles

Cahiers du féminisme, n° 32, été 1985 · p. 8 · 467 mots

5d M H-I c/5 c/5 O O « Laisser chacun décider du temps qu’il consacre au travail et du temps libre qu’il s’accorde » : c’est la grande révolution de notre siècle finissant, la révolution du « temps choisi » que l’on nous chante sur tous les tons. On se prend à rêver... Dans ce concert, la presse féminine occupe une large place : régulièrement, elle se charge d’entretenir les rêves de ses millions de lectrices. Ce mois-ci, c’est Cosmopolitan qui nous parle de ces « désirs de liberté : temps libre, temps partagé, horaires à la carte, télé-travail à domicile, bureaux de l’an 2000... » Tandis que dans les couloirs du métro, des jeunes femmes belles et souriantes viennent nous sussurrer le plaisir de « travailler si je veux, quand je veux », , grâce aux agences d’intérim. „

Pendant ce temps � côté cour, patronat et syndicats poursuivent leurs négociations sur la « flexibilité » de l’emploi, l’« aménagement du temps de travail », le « travail différencié ». Affaire de spécialistes ? Pas du tout : sous des termes rébarbatifs, il s’agit des mêmes choses : temps partiel, intérim, contrats à durée déterminée, durée annuelle et hebdomadaire du travail, etc. Et de son côté, le Conseil des ministres du 20 février adopte des mesures visant à développer le temps partiel.

Devant tant de concordances, il nous a semblé urgent d’ouvrir nous aussi le dossier de la flexibilité. Pour cette première approche, nous ne prétendons pas aborder l’ensemble des questions qui font aujourd’hui l’objet de négociations (procédures de licenciement, déréglementation du Code du travail) : nous nous sommes surtout intéressées à celles qui touchent à l’organisation et à la durée du temps de travail, afin de savoir ce que recouvrent réellement les slogans si prometteurs.

Pour saisir les enjeux de la flexibilité, nous vous proposons d’abord un détour par les Etats-Unis et le Japon, qui servent de référence en la matière, avant de faire le point sur les négociations en France. Mais l’on verra que la flexibilité n’a pas besoin d’un accord national pour se mettre en place, entreprise par entreprise : les patrons ne manquent pas d’idées en la matière ! Des idées qui ne font pas forcément l’affaire des salarié(e)s... : des syndicalistes du Crédit lyonnais nous expliquent comment « horaires variables » ne riment pas forcément avec « horaires libres ». Et quand on pousse la porte des agences d’intérim, on se retrouve bien loin des pubs souriantes... Enfin, nous essaierons de voir quelle est cette « demande » des femmes qui légitime, paraît-il, la mise en place de la flexibilité : qu’y a-t-il derrière ce terme ? Mais, à l’évidence, le dossier est loin d’être clos : la flexibilité est en marche, et nous aurons l’occasion d’y revenir à plusieurs reprises.

Les patrons les aiment flexibles

Une erreur sur cette page ?