On évalue à environ un million le nombre d’enfants de moins de trois ans dont la mère travaille. Le taux d’activité des mères de jeunes enfants ne cesse de s ’élever : malgré la crise et le chômage, la moitié des mères d’un enfant de moins de trois ans travaillent aujourd’hui — elles n’étaient que 42 % en 1975 et 28 % en 1968 ;.
Dès l’âge de deux ans, un bon nombre d’enfants vont à l’école maternelle : le taux de scolarisation à deux ans est de 37 %2.
Le quart des enfants de moins de trois ans dont la mère travaille est élevé par la mère 2 ; ce sont principalement les enfants d’agricultrices, de commerçantes, de femmes de ménage, de femmes qui travaillent à domicile.
Pour les autres qui ne sont ni scolarisés ni gardés par la mère, les modes de garde les plus fréquents sont une personne de la famille — souvent les grands-parents — pour 37 %, une nourrice agréée ou non pour 36 %, et la crèche pour... 12 % 2.
« Faire garder ses enfants : un casse-tête pour les parents », titrait justement le Monde de l’éducation en décembre 1984. La pénurie d’équipements collectifs est telle que les parents n’ont pratiquement jamais la possibilité de choisir une solution plutôt qu’une autre.
Il y avait 72 000 places en crèche collective en 1981, 79 000 en 1982, et 83 000 en 1983 3. Cela correspond environ à une place pour trente enfants de moins de trois ans. Les crèches familiales, système amélioré de nourrices 4, accueillaient 39 000 enfants en 1981, 40000 en 1982 et 44 000 en 1983 3.
Le nombre de places en crèches est dérisoire par rapport aux besoins et à la demande des parents.
Parmi les 110 propositions de Mitterrand avant 1981, il y avait la création de 300 000 nouvelles places en crèches. Mais depuis on est devenu réaliste, on a découvert la fatalité de la crise et les vertus de l’austérité. Les crèches, cela revient cher, vraiment très cher (200 francs environ le coût de journée en région parisienne) !
Les mesures prises par le gouvernement dans ce domaine sont vraiment très minces :
— reconnaissance et incitation à la création de crèches parentales (organisées et gérées par les parents formant une association). Le bilan à la fin 1983 est d’un millier de places 3 ; vraiment symbolique !
— opération d’incitation envers les collectivités locales par l’intermédiaire des « contrats crèches », contrats passés entre les caisses d’allocations familiales et les municipalités (les CAF augmentent leur participation financière et en contrepartie les municipalités s’engagent à créer de nouvelles places en crèches collectives ou familiales et à rentabiliser leur gestion). Fin 1984, une trentaine de contrats 1 étaient en cours de signature...
De 1981 afin 1983, 10 000 places en crèches collectives et 5 000 en crèches familiales ont été créées. Depuis, on peut évaluer à quelques petits milliers le nombre de places supplémentaires, sans trop se tromper. Un constat qui en dit long à l’heure où fleurissent des campagnes qui ont pour nom « La France a besoin d’enfants 5 », « Ouvrons la France aux enfants6 ».
Françoise Vial
Notes
- 1. Le Monde de l’éducation, décembre 1984.
- 2. Economie et statistiques, INSEE, avril 1985.
- 3. Ministère des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, SESI.
- 4. Regroupement d’assistantes maternelles agréées encadré par une puéricultrice, avec souvent une salle de jeux à disposition.
- 5. Campagne lancée en août dernier par les trois plus grosses sociétés françaises d’affichage publicitaire.
- 6. Campagne du ministère des Affaires sociales.