La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 36, été 1986 · p. 10 · 900 mots

Collectif féministe contre le viol

En mai 1985 s’est créé dans la région parisienne un Collectif féministe contre le viol, avec pour objectif principal de rompre îe silence qui entoure le viol et ses conséquences, et de replacer cette violence dans le cadre des oppressions spécifiques dont sont victimes les femmes. Il s’agit que se fasse jour une prise de conscience non seulement individuelle, mais collective du viol, afin que soient menées des actions elles aussi collectives de solidarité. D’autres collectifs ont vu le jour dans toute la France. Ils se sont réunis les 26 et 27 avril à Paris.

Depuis le 8 mars 1986 s’est ouverte à Paris une permanence téléphonique « viol-femmes-information » : pour rompre le silence et l’isolement, pour recueillir des témoignages, connaître le plus largement possible ce que vivent les femmes victimes de viol, mettre en évidence les besoins et les demandes des femmes, agir pour que les pouvoirs publics répondent à ces situations et qu’une politique d’accueil prenne en compte les exigences féministes. Cette permanence fonctionne donc depuis deux mois de 10 heures à 18 heures, du lundi au vendredi, et de 10 heures à 14 heures le samedi (* 05 05 95 95, sans indicatif depuis toute la France, appel gratuit).

Un premier bilan après dix jours : 312 appels, soit 30 par jour en moyenne, dont 65 cas de viol ayant nécessité plusieurs appels. 99 % des appels venus de province, 50 % de la part de femmes de moins de dix-huit ans, parmi lesquelles une forte proportion de moins de seize ans. La majorité des femmes appellent très peu de temps après les faits, 70 % des femmes n’en avaient jamais parlé avant.

Il est encore trop tôt pour tirer un bilan plus détaillé. Notons seulement que malgré le peu de publicité dans la presse nationale, la permanence est connue, et nous sommes surprises par l’affluence des appels. Surprises par l’origine provinciale, notamment rurale, des appels, et surtout par l’extrême jeunesse des femmes qui téléphonent.

La permanence « viol-femmes-information », qui concerne dans les faits tout le pays, est fragile : il faut la faire connaître, il faut la soutenir, en créant un réseau de correspondantes, militantes féministes, médecins, avocates, travailleurs sociaux, etc. (pour les informations et la coordination : 16/45 82 73 00).

Seules, mais à quel prix ?

Près de 800 000 femmes élèvent seules un ou plusieurs enfants. Les hommes sont 130 000 dans cette situation. Il est désormais établi que le nombre de femmes séparées, divorcées ou célibataires ne cesse d’augmenter.

Moins connues sans doute sont les difficultés auxquelles ces femmes sont confrontées. La « féminisation » de la pauvreté, constatée aux USA par les sociologues, n’est pas de ces constats dont les gouvernements peuvent tirer fierté. Etre seule peut être un choix, à défaut d’être une libération. A quel prix ! En France, les pensions alimentaires sont faibles et souvent non versées. De plus, très souvent, les femmes seules ignorent leurs droits, rien n’étant réellement fait pour les leur faire connaître.

La recherche d’un emploi, avec les exigences d’horaires que suppose la charge des enfants, s’avère encore plus difficile pour celles qui sont au chômage. Et la qualification plus faible pour celles qui travaillent.

Les chiffres sont éloquents : 28,5 % des femmes seules sont sans travail et c’est parmi elles que l’on trouve une grande partie des « nouveaux pauvres ». 20,4 % sont employées, 19,3 % ouvrières, 11,4% femmes de ménage, 9,6 % cadres moyens et 2,6 % seulement cadres supérieurs.

Où l’on voit que le droit au travail des femmes et la création massive d’équipements collectifs sont des revendications d’actualité...

Les forces féministes se regroupent

« Après l’arrivée de la droite au pouvoir, que pouvons-nous faire toutes ensemble ? » : cent cinquante femmes se sont réunies, le 12 avril dernier, à la Maison des femmes de Paris sur ce thème à l’appel d’un grand nombre d’associations féministes.

Les représentantes des principales associations ou groupes, animées de la même volonté de se regrouper, étaient là.

Une grande partie de la discussion portait sur le bilan de l’action du ministère Roudy, ainsi que sur les axes de la riposte face aux projets du gouvernement actuel. A celles qui proposaient de faire un texte protestant contre la suppression de ce ministère, la majorité des participantes répondait sur la nécessité de replacer cela dans le cadre de la politique globale de la droite.

Si les divergences politiques sont très clairement apparues, elles n’ont pas empêché l’affirmation unanime de l’importance du processus unitaire. La dispersion des forces qui se réclament du féminisme a été négative pour chacune d’entre elles. Confrontées à un affaiblissement important, et aujourd’hui à des menaces d’asphyxie financière, toutes les associations ont besoin de se coordonner.

Ce qui pourrait être un voeu pieux sur fond de sectarisme s’est affirmé être au contraire une réelle volonté politique, comme en attestent les décisions prises : réunions mensuelles en assemblée générale et mise sur pied d’un collectif des associations.

Depuis la rencontre des lieux de femmes, quelque chose a bougé, un processus s’est enclenché. Pour que cette dynamique unitaire se fortifie, de nombreux débats sont urgents. Des pratiques unitaires et une apparition publique commune également. Cette réunion avait sans doute valeur de test pour celles qui en avaient pris l’initiative. Il s’est avéré largement positif quant à l’engagement des diverses forces à avancer ensemble.

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