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La ménopause n’est pas une maladie mais...
« Névrosées », « hystériques », « râleuses », « pestes », tels sont les doux qualificatifs réservés par de nombreux médecins et souvent par leur entourage familial aux femmes qui entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans connaissent le grand tournant de la ménopause. Comme le montre les témoignages recueillis par Anne Vavogne dans son livre Réussir sa cinquantaine, sa ménopause 1 , c’est très souvent encore dans un climat d’incompréhension totale et dans une solitude douloureuse que la plupart des femmes sont confrontées à ce grand boulervseement physiologique et aussi psychologique de la ménopause.
Françoise : « (...) Mais expliquer ce que l’on vit à la ménopause, c’est comme lorsque l’on parle à un homme des douleurs de l’accouchement. Les jeunes ne s’y intéressent pas parce que c’est au bout de la vie, dans un avenir si lointain que c’est un peu comme la mort. Les femmes de quarante ans se refusent à y penser et encore plus à en parler car cela les angoisse d’arriver à la période de la préménopause. Avec leurs maris, il est exceptionnel pour les femmes de ma génération de pouvoir aborder le sujet, nous qui n 'avons déjà pratiquement jamais parlé de nos règles ou du syndrome prémenstruel (...). »
Les troubles associés à cette mutation ne sont pas souvent clairs, spécifiques, du moins au début, dans la phase de la préménopause qui peut intervenir plusieurs années avant l’arrêt définitif des règles (jusqu’à huit ans avant). Il peut s’agir d’un nervosité exceptionnelle ou seulement d’une fatigue anormale qui se prolonge, de petits troubles du cycle dont la signification est rarement reconnue par les femmes elles-mêmes surtout si cela intervient avant quarante-cinq ans. Leur première réaction spontanée, c’est de se dire « secoue-toi ma fille, ne te laisse pas aller » et lorsqu’elles finissent par aller voir le médecin et que celui-ci constate un début de dépression, conseille de prendre du repos, de partir en vacances et prescrit de plus un sédatif, un tranquillisant ou au contraire des antidépresseurs, elles acceptent souvent ce diagnostic provisoirement et le médecin est tranquille.
La femme serait une « hystérique »
Evidemment, à ce stade, les préjugés sexistes du corps médical jouent à plein. Annie Vagogne les évoque discrètement » « La fréquence de l’origine psychogène de l’asthénie [la fatigue en langage médical] est une notion bien connue des médecins, ils semblent plus volontiers s’en souvenir lorsqu’il s’agit d’une patiente... Mais sans aucun doute, si la fatigue persiste, le médecin poursuivra des investigations s 'il s ’agit d'un homme et concluera, dans un certain nombre de cas, à l’hystérie chez la femme. Le préjugé selon lequel la femme est une “ hystérique ” alors que l’homme est un “organique” est encore vigoureux. La femme serait-elle moins bien soignée du fait quelle est une femme ? Voilà une question fondamentale à laquelle la journaliste ne répond pas directement et qu’on ne peut pas trancher en deux phrases de manière générale, mais par expérience des milliers de femmes savent bien que de nombreux médecins les écoutent avec scepticisme voire ironie lorsqu’elles exposent leurs problèmes pour peu que leurs symptômes ne soient pas typiques, pour peu quelle aient un mode de vie marginale (femmes sans mari ou sans enfant par exemple). Ceci est d’autant plus vrai au moment sensible de la préménopause et de la ménopause où troubles du caractère et troubles organiques sont étroitement mêlés. Il faut donc que les femmes apprennent à connaître leur corps, à repérer les signes précurseurs qui peuvent les alerter et ainsi les aider à prendre en main cette nouvelle étape de leur vie sans être dans une dépendance passive, vis-à-vis du corps médical. Annie Vagogne énumère et analyse longuement les multiples malaises physiologiques que sept femmes sur dix vont connaître, parfois très jeunes. Ils peuvent être isolés ou associés, se manifester de manière discrète ou bruyante, brutalement et brièvement ou de manière « sournoise » et prolongée. Cela peut aller de la fatigue et de la nervosité aux palpitations et aux douleurs musculaires et articulaires en passant par les insomnies, les bouffées de chaleur le jour et les crises de transpiration la nuit, les crampes dans les mollets. Et avant que n’intervienne l’arrêt définitif des règles une longue période peut s’écouler où la femme connaîtra des cycles irréguliers, des règles anarchiques, une tension douloureuse dans les seins, des pertes d’urine, des maux de tête, des troubles intestinaux, etc. »
Au départ, un déséquilibre hormonal
Tous ces symptômes, on le sait, en dehors des bouffées de chaleur, ne sont pas spécifiques à la ménopause et peuvent très bien être des manifestations psychosomatiques de problèmes autres, et pourtant dans ce cas l’origine de ces troubles est d’abord dans un déséquilibre hormonal qui commence dans la phase de préménopause souvent méconnue par les femmes et les médecins et qui s’achève au moment de l’arrêt définitif des règles quelques années après. « A la préménopause, l’hormone progestérone commence à diminuer, or c’est elle qui apportait la sérénité aujourd’hui défaillante. » Le caractère « irritable » des femmes à cette période a donc une base physiologique précise d’autant que « les œstrogènes agissent en excès et le caractère devient lui aussi excessif dans ses manifestations. »
Lorsque plusieurs de ces symptômes apparaissent, les femmes devraient surmonter leurs réticences vis-à-vis du corps médical et consulter en vue d’examens complémentaires qui permettent de confirmer (ou non) le diagnostic et en vue d’un traitement car comme l’écrit à juste titre Annie Vagogne : « Tous les moyens nous sont donnés par la médecine pour rester équilibrées sur le plan hormonal et éviter ainsi les pièges que la ménopause tend à 65 %-70 % des femmes. »
Le déficit en progestérone (en phase de préménopause) peut être compensé par un apport extérieur de cette hormone manquante sans risques secondaires graves. Un tel traitement, outre l’équilibre, le confort qu’il peut restituer est un moyen de prévenir les kystes du sein, les fibromes, les kystes de l’ovaire plus fréquents à cette phase.
Lorsque la ménopause s’installe (arrêt définitif des règles), des traitements à base d’œstrogènes permettent de prévenir l’ostéoporose (décalsifica-tion osseuse qui peut intervenir parfois dix ans après la ménopause ; l’os devient plus poreux car il ne fixe plus le calcium par manque d’œstrogène. Ce phénomène est à l’origine de nombreuses douleurs, fractures, etc.) Ces traitements préviennent aussi les accidents cardio-vasculaires, l’incontinence urinaire, les vaginites, la sécheresse de la peau, l’état dépressif. Pour autant, ils ne sont pas sans risque et peuvent accélérer l’évolution de certains types de cancer... Par ailleurs, ils sont contre-indiqués dans certains cas de diabète, hypertension, maladies hépatiques, fibrome, endométrioses, etc. Ils ne peuvent donc être administrés qu’avec beaucoup de précautions. Mais est-ce la connaissance de ces risques qui empêche de nombreux médecins de prendre en considération la demande des femmes qui viennent les consulter ? Certainement pas.
« Laisser faire la nature », un dogme contre les femmes
Si tel était le cas, ils leur proposeraient d’autres traitements alternatifs aujourd’hui expérimentés dans le cadre de l’homéopathie et de la phytothérapie (médecine par les plantes médicinales). Or, il n’en est rien. Là encore, on retrouve souvent des préjugés sexistes. Annie Vagogne a raison de rappeler quV en 1975 dans les traités destinés aux étudiants en médecine, la vie sexuelle de la femme commençait à la puberté pour se terminer à la ménopause ». Dès lors, comme l’explique A. Vagogne, « les soucis d’ordre esthétique exprimés par la femme sont jugés ‘futiles” par le médecin sans parler de ses ‘‘soucis concernant la vie sexuelle” qui eux apparaissent comme véritablement indécents. N’est-il pas temps, femmes de cinquante ans, de vous résigner à vieillir et de laisser faire la nature” comme l’ont appris vos mères ? » Aucune raison d’adopter un tel comportement de renoncement, car dit A. Vagogne : « la femme actuelle fait partie de la première génération féminine à laquelle tant de possibilités sont offertes ». Et si votre médecin ne vous écoute pas, s’il répond négativement à votre demande, qu’il soit homme ou femme, généraliste ou gynécologue, n’hésitez pas à le remettre à sa place et en changer. Plus facile à dire qu’à faire, bien sûr d’autant que les problèmes de la ménopause ne se réduisent pas à un déséquilibre hormonal, A. Vagogne est la première à le souligner.
Pour éviter la déprime...
Pour de très nombreuses femmes, en effet, cette période de bouleversement physiologique correspondra à une véritable « crise d’identité » chargée d’angoisse. Car tout « craque » en même temps. C’est la stérilité définitive, le départ de tous les enfants de la maison, parfois la rupture avec le mari, les malaises physiques, signes de vieillisement irrémédiable et souvent les deuils de parents ou d’amis chers. Cette période est d’autant plus difficile pour les femmes qui n’ont pas eu de vie véritablement indépendante. Pour celles, par exemple, qui ont renoncé à un travail pour élever les enfants, qui ont passé leur vie à se sacrifier, le bilan est lourd. La véritable dépression les guette. C’est aussi à toutes ces femmes qu’ A. Vagogne veut s’adresser pour leur redonner confiance en elles-mêmes, « renverser l’image négative, l’image caricaturale » que la société leur envoie. C’est pourquoi elle s’efforce d’expliquer minutieusement ce que les féministes savent depuis longtemps, que la fin de la fertilité ne signifie pas la fin de la sexualité, que ne plus être jeune ne signifie pas obligatoirement être flétrie et sans charme, qu’on peut être efficace et dynamique dans son travail même au moment de la ménopause, qu’on peut sortir, avoir des amies, pratiquer des activités physiques même après la ménopause. On peut même, dit A. Vagogne, être « rayonnantes, si on le veut » à condition bien sûr de ne pas accepter l’image stéréotypée et dévalorisée de la femme ménopausée que la société occidentale entretient.
Femmes de cinquante ans niées plus que les autres femmes
Tout cela peut être vrai et le livre tonique d’A. Vagogne peut donner envie de se battre à des femmes déprimées, en leur fournissant notamment des conseils pratiques très utiles. En ce sens, nous devons le faire connaître. Reste que la seule volonté individuelle, le changement de mentalité des femmes de cinquante ans ne peuvent à eux seuls vaincre les obstacles et leur garantir une maturité « épanouie ». A. Vagogne, elle-même, ne note-t-elle pas très justement que les femmes n’ont pas forcément la ménopause qu’elles méritent. Evidemment, celles qui ont des moyens financiers et culturels, que la plupart des femmes n’ont pas, auront plus de chances de s’en sortir. Mais toutes les autres, quel statut leur réserve la société aujourd’hui ? Quelle chance ont-elles de pouvoir retrouver un emploi lorsque le nombre de chômeurs réels atteint trois millions et qu’un jeune sur quatre est au chômage ? Difficile aussi de se faire reconnaître comme individu à part entière, qui a droit entre autre à la sexualité et à l’amour quand les seuls images des femmes qui s’affichent sont soit de très jeunes corps disponibles pour les hommes, des ventres de femmes enceintes (troisième enfant oblige !) ou des grands-mères gâteaux au service de leurs petits-enfants.
A l’évidence, le statut des femmes de cinquante ans est étroitement dépendant du sort réservé à toutes les autres femmes et donc des avancées collectives qu’elles peuvent arracher par leurs luttes.
Claire Bataille
Notes
- 1 . Annie Vagogne, Réussir sa cinquantaine, sa ménopause, M. A. éditions, 8 1 francs.