On n’en revient pas ; c’est à peine croyable !
En quinze jours à peine, le climat politique en France a basculé. Au nom de la lutte contre le terrorisme, Chirac a réussi à imposer l’union sacrée de Marchais à Le Pen. Les bavures policières de l’été, dénoncées la veille, sont oubliées ; l’extension du chômage et la généralisation du travail précaire passent au second plan. Par contre, sous prétexte d’arrêter la vague d’attentats horriblement sanglants qui frappent aveuglément la population de Paris, tout devient permis : les arrestations arbitraires, les tabassages et bientôt, pourquoi pas, la torture. La peine de mort, réclamée par l’extrême droite, redevient populaire. Dans les médias, on discute des « avantages » de l’état d’urgence... Bref, un climat pourri qu’on n’avait jamais connu en France depuis la guerre d’Algérie. Et pourtant comme l’écrit le Canard enchaîné, jusqu’à maintenant, « seules les mesures ont été arrêtées »...
Alors il est temps de le dire, même à contre-courant : halte au racisme, halte à l’Etat policier !
Car rien n’arrêtera cette escalade infernale et ignoble si le gouvernement français poursuit son intervention au Moyen-Orient. Oui, les troupes françaises doivent quitter le Liban, le Tchad... Oui, il faut arrêter de livrer des armes à l’Irak ainsi qu’à tous les pays du Moyen-Orient. C’est le seul moyen, comme nous l’avons écrit, « que la population ne soit plus l’otage d’une guerre qui n’est pas la sienne. »
Mais nous n’accepterons pas non plus que, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, soit clos le débat sur la question du chômage. Faut-il rappeler l’ordonnance adoptée par le gouvernement au mois d’août, qui permet aux patrons de recourir à l’intérim ou aux contrats à durée déterminée sans avoir à se justifier, qui allonge la durée maximale de ces contrats et de ces « missions » qui passent à vingt-quatre mois désormais contre douze auparavant.
Autant dire dans ces conditions, qu’aucun chômeur, aucune chômeuse ne pourra escompter retrouver jamais un emploi stable !
Quant aux « petits boulots » il n’y a que Maire et Séguin pour trouver qu’ils constituent une solution nouvelle au chômage...
Et pourtant là encore, des solutions immédiates sont possibles : en premier lieu la baisse du temps de travail pour tous et toutes à trente-cinq heures, sans diminution de salaire, sans augmentation des cadences. Pourquoi en effet les gouvernements européens, si prompts à se concerter lorsqu’il s’agit de renforcer les contrôles policiers contre les immigrés, ne pourraient-ils pas adopter des mesures radicales contre le chômage à l’échelle européenne ? N’y a-t-il pas urgence ?
Peut-on enfin laisser passer sans broncher les propositions fiscales injustes et réactionnaires qui n’ont d’autre but que d’encourager les familles nombreuses de quatre enfants et plus, et de favoriser les couples mariés. Tout un programme, on s’en doute !
Personne évidemment ne crachera sur le doublement de la déduction pour frais de garde, mais il serait autrement réconfortant pour les parents d’apprendre qu’ils pourront trouver une place en crèche ou en maternelle pour leur enfant dès qu’ils en feront la demande.
C’est justement l’objet de notre dossier ce mois-ci.
Alors, à contre-courant s’il le faut, répétons-le. Il n’y a pas de fatalité, et une autre politique est toujours possible.
Le 20 septembre 1986