La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

C’est vous qui le dites

Naissance, accouchement : le point de vue d’une sage-femme

· Cahiers du féminisme, n° 37, automne 1986 · p. 1 · 864 mots

J’ai trouvé très intéressant le dernier numéro des Cahiers du féminisme, et je voudrais vous faire part de quelques réflexions. Les différents articles sur le thème de l’accouchement et de la péridurale m’interrogent, et puis j’ai envie de partager avec vous un peu de mon expérience professionnelle et personnelle, parce qu’il me semble évident qu’il est impossible de se situer uniquement d’un côté et pas de l’autre. Avant tout, sans doute, une réflexion personnelle, et puis aussi un cheminement à travers les différentes luttes des femmes, dont je me suis souvent sentie proche.

Je suis depuis peu sage-femme (après différentes expériences professionnelles dans le domaine de la santé), et je me suis installée en libéral depuis février 1985, à Nancy.

Mon objectif est de proposer aux femmes, aux couples, aux enfants à naître, un service global (pour rompre avec le découpage de la prise en charge de ce moment), c’est-à-dire :

-surveillance médicale de la grossesse ;

-préparation à la maternité, à l’enfantement ;

-surveillance médicale et accompagnement lors de la naissance ;

-surveillance médicale et soutien postnatal.

D’autre part, un point essentiel de ma démarche, c’est de donner aux femmes la possibilité de retrouver une autre dynamique dans ce moment de leur vie.

Je me suis donc trouvée confrontée, par le choix de l’exercice libéral, à une réalité, celle d’un monde qui curieusement est actuellement aux mains de gynécologues obstétriciens hommes, puisqu’il n’y a pas ou peu de femmes exerçant cette profession. Quand vous parlez de sexisme dans le monde médical, je crois effectivement à l’existence très forte de ce phénomène, pour l’avoir vécu..., de plus je ne suis que sage-femme.

Lutter à l’intérieur du système institutionnel me semble trop difficile pour que quelque chose puisse changer, et j’ai choisi ce type de pratique pour bel et bien préserver mon autonomie, ma liberté ; mais cela veut dire aussi solitude, et parfois moments difficiles. Cependant, ce prix n’est pas trop pour que puisse émerger un autre type de relations et d’approche de la maternité.

A l’heure actuelle, l’intervention technique médicale devient très forte. Je ne pense pas que cela soit l’unique réponse à un problème... Je donne très peu de médications, et je reste persuadée que la qualité de la relation, établie à travers les échanges et la réflexion menée avec les femmes et les hommes dans ce moment privilègié, est pour beaucoup dans l’aboutissement à un accouchement, une naissance sans problèmes, vécus et pris en charge par les intéressés eux-mêmes... mais il faut prendre du temps. Cette manière de travailler ne se satisfait pas d’un principe de rendement !

Cette démarche est aussi une remise en question de la qualité de la vie : manière de s’alimenter, rythmes de travail, conditions de travail, possibilité de retrouver son corps, liberté de ce corps, etc.

A travers cela, c’est avant tout le respect de chacune qui me semble important.

Un autre point de réflexion qui me tient très à cœur, c’est celui de l’accueil réservé à l’enfant. Je suis persuadée que cet accueil est bien le reflet de la société dans laquelle nous vivons, et je pense que les individus ont le droit de choisir et de décider pour l’enfant dont ils vont être responsables. Nous réfléchissons ensemble aux possibles... et cela change la manière de vivre. La séparation de la mère et de l’enfant juste après la naissance, la critique des liens très forts de ces instants — fonction de chacune selon son histoire — doivent nous questionner. Les connaissances actuelles concernant les interactions entre la mère et l’enfant devraient être connues de tous. L’attachement de l’enfant à l’adulte est un besoin primaire, l’enfant a autant besoin de relations sociales que de nourriture.

L’article sur le dispensaire des femmes de Genève, que j’ai contacté, me donne le courage de continuer. Je reste persuadée que nous devons nous réapproprier la connaissance et les moments de nos vies (voir l’ouvrage paru récemment : la Maternité en mouvement).

Dans le même esprit, nous avons, usagères et professionnelles de divers horizons, créé une association, « Pour une naissance libre », pour rompre avec l’isolement, pour lutter aussi plus concrètement à l’aboutissement d’un « naître autrement », avec l’espérance d’une autre société, où le pouvoir serait aux mains de tous, où le dialogue et le partage seraient possibles, où enfin pourrait émerger un être humain en paix avec lui-même, pour l’être avec les autres.

-Viennent les interrogations par rapport à la douleur, à la péridurale. Là aussi, nous essayons d’y réfléchir ensemble. Je ne crois pas à l’inéluctable de la douleur, mais résoudre ce problème par la péridurale me semble masquer le fond de la question. Je ne refuse pas le choix d’une péridurale, mais il est important que ce choix s’accompagne d’une réflexion ; savoir qu’il y aura une alternative quand cela devient trop insupportable permet souvent de franchir un palier (j’en ai plusieurs témoignages vécus). 11 faut être très prudentes dans cette démarche si nous ne voulons pas nous retrouver ligotées à la technique et au savoir médical. L’acupuncture, la rè-flexo-thérapie lombaire, peuvent atténuer les sensations douloureuses de l’accouchement, peut-être faudrait-il étudier l’intérêt de ces pratiques.

Voilà, je vous livre ces réflexions. Avec toute ma sympathie.

A vos plumes

Notes

  1. Christiane, Nancy

Une erreur sur cette page ?