Inceste : le silence brisé
Au début de ce mois de septembre une émission des « Dossiers de l’écran », pour la première fois à la télévision, a osé aborder ce qui reste aujourd’hui le tabou absolu : l’inceste. Sujet tabou, et pourtant l’inceste est beaucoup plus répandu qu’on ne le croit. Mais les statistiques sont rares et pour cause : la grande majorité des cas ne sort pas de la sphère privée.
Quelles que soient les faiblesses et les insuffisances du film présenté et du débat qui l’a suivi, cette émission aura eu au moins le mérite de faire surgir au grand jour, par les dizaines de témoignages bouleversants d’auditrices qu’elle a suscités, la réalité de ce cauchemar qu’ont vécu ou que vivent aujourd’hui des milliers de petites filles et d’adolescentes : le viol par leur père ou leur grand-père. Réalité trop souvent masquée par le flou entretenu (plus ou moins à dessein) autour de la notion d’« inceste » : il n’y a pourtant rien de commun entre des relations librement consenties entre un frère et une sœur, par exemple, ou le désir amoureux d’un fils pour sa mère et des relations sexuelles imposées sous la menace ou par la violence. Et contrairement à ce que l’on feint souvent de croire — c’est plus rassurant... — l’inceste n’est pas l’apanage de pères alcooliques ou pervers, pas plus que d’aucune classe sociale !
Beaucoup reste encore à faire pour que la question du viol par inceste soit enfin véritablement reconnue. Mais le mur du silence et d’hypocrisie sociale qui l’entourait a au moins commencé à s’effriter, grâce surtout à l’action de quelques femmes qui ont décidé de témoigner publiquement afin que les victimes ne se sentent plus isolées. Rappelons en particulier la publication de deux ouvrages récents : celui de Viviane Clarac et Nicole Bonnin : De la haine à la colère : viols par inceste, en vente dans les FNAC ou chez les auteurs (34, rue de la Chaîne, 86 000 Poitiers) ; et celui d’Eva Thomas : le Viol du silence aux éditions Aubier.
Mentionnons également la création d’une association, à Grenoble, qui s’est donné pour but d’informer, rassembler, organiser des rencontres, mettre sur pied un véritable réseau : SOS-lnceste, BP 777, 38034 Grenoble Cédex.
Rappelons enfin que le Collectif féministe contre le viol continue ses permanences téléphoniques au 05 05 95 95 (sans indicatif depuis toute la France, appel gratuit).
Procès d’Antoinette
Le 1 9 juin dernier, a eu lieu le procès en diffamation contre le journal Antoinette pour un reportage publié en janvier 1984 décrivant le chantage sexuel qu’exerçait, sur de jeunes employées, un receveur des PTT dans un bureau de poste de Bourg-la-Reine (voir dans notre précédent numéro l’interview de la journaliste à' Antoinette inculpée dans ce procès).
Le jugement rendu le 26 juin par le tribunal de Nanterre relaxe Chantal, la préposée qui avait témoigné du comportement de son chef. L’exactitude des faits est ainsi reconnue, de même que se trouve justifiée, par ce jugement, l’attitude de l’employée qui avait refusé ces pratiques inadmissibles et les avait dénoncées devant le tribunal...
Mais Antoinette est condamné pour diffamation à un franc de dommages et intérêts et la publication du jugement dans trois journaux. Des amendes, ne dépassant pas mille francs, sont infligées à la directrice d'Antoinette et à la journaliste, ainsi qu’au responsable de la Fédération CGT des PTT.
Quelle contradiction ! Le tribunal reconnaît les faits et relaxe le témoin, mais ceux qui rendent publics les faits sont condamnés ! La question du harcèlement sexuel serait-elle tabou ? Il y a ire beaucoup à faire pour lattre ces pratiques...
Belgique : quand austérité rime avec femmes...
L’austérité est internationale... Ainsi, en Belgique, le gouvernement vient de décider une réduction des dépenses de l’Etat qui doit atteindre 195 milliards de francs belges. Bien sûr, ces restrictions vont s’adresser prioritairement au secteur social et éducatif. Et dans ce cadre, qui se trouve concerné au premier chef?... Les femmes, bien évidemment !
Le budget de la Sécurité sociale supportera à lui seul le quart des économies à réaliser. Au-delà des mesures qui atteignent indifféremment tous les assurés sociaux, certaines touchent plus spécifiquement les femmes ; ainsi, la diminution de 10 % de l’indemnité accouchement pendant dix semaines, qui va permettre une économie de 610 millions de francs belges et touchera quelque 66 000 travailleuses par an, faisant perdre à chacune entre 8 500 et 20 000 francs belges. Curieuse mesure, de la part d’un gouvernement qui, par ailleurs, n’a que le mot « famille » à la bouche !
Du côté des allocations chômage, la majeure partie des réductions prévues vise essentiellement les femmes, par le biais de diverses mesures :
— Les chômeurs qui prennent un travail à temps partiel et qui perçoivent encore une allocation chômage en complément verront cette allocation réduite ou supprimée, ce qui représentera une économie de 833 millions de francs belges... Cette catégorie de travailleurs est composée à 80 % de femmes...
— Une nouvelle méthode de calcul va être appliquée à l’attribution d’allocations chômage aux chômeurs vivant avec une personne qui, elle, travaille. Là encore, il s’agit de femmes dans 85 % des cas, et l’Etat économise ainsi 6 841 millions de francs belges.
— Les chômeurs ayant une durée de chômage particulièrement longue se verront supprimer leur allocation s’ils vivent avec quelqu’un dont les revenus dépassent un certain plafond. Tels qu’ils ont été choisis, les critères vont là aussi viser principalement les femmes.
Les pensions de retraite n’ont pas non plus été épargnées. La durée de la carrière nécessaire à l’obtention d’une retraite complète a été augmentée. Et, dans un noble souci d’égalité des sexes, il a été décidé de reculer l’âge légal de la retraite pour les femmes. Il eût été trop simple d’avancer celui des hommes !
De nombreux autres exemples pourraient être donnés. Et bien sûr, pour prendre ces mesures, le gouvernement a purement et simplement dédaigné l’avis donné par la Commission du travail des femmes (qui dépend du ministère du Travail).
Face à cela, les organisations syndicales ont un peu bougé, et des manifestations ont été organisées. Mais la presse s’est fait unanime pour... boycotter l’information, taire les réaction des femmes et des syndicats et ne se faire l’écho que des seules positions gouvernementales.
Ainsi, en Belgique aussi, les acquis en matière de Sécurité sociale sont gravement remis en cause. Tous les travailleurs sont concernés, mais une fois encore, les discriminations touchent plus particulièrement les femmes, et les restrictions budgétaires sont utilisées pour tenter de les renvoyer chez elles... scénario connu et tristement classique ! Informations tirées de Chronique féministe n° 18 (revue publiée par l’Université des femmes à Bruxelles).