L’union régionale parisienne CFDT a adopté à son 46e Congrès en 1985 une motion proposée par le secteur PTT concernant les équipements collectifs avec l’objectif d’une campagne prolongée sur ce thème. Le lien évident entre le droit à l’emploi des femmes et le développement des équipements collectifs n’est pas une question annexe, et pourtant, elle est loin d’être prise en charge par l’ensemble des structures syndicales CFDT. La concrétisation de cette campagne se heurte à deux obstacles majeurs : d’une part, la politique d’adaptation de la direction confédérale CFDT à la crise et son abandon progressif des revendications spécifiques des femmes ; d’autre part, la faible existence de collectifs femmes à la base.
On avait déjà eu à déplorer l’absence de prise en charge de la campagne sur le temps partiel par les structures CFDT ; le même phénomène est à craindre aujourd’hui en ce qui concerne les équipements collectifs.
« Il n’y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent. » (Saint-Just)
Outre le fait que même au sein de l’URP le travail spécifique en direction des femmes est souvent considéré comme aléatoire, les militantes syndicalistes les plus volontaristes doivent se substituer à la carence de leur confédération en ce domaine.
Mis à part le cas de militantes isolées, il n’y a que trois structures en région parisienne qui sont réellement engagées dans ce travail : le secteur PTT, l’UD 75, l’UD 93.
Des sessions de formation ont été mises en place au niveau régional afin de briser l’isolement des militantes et de développer une sensibilisation plus large aux problèmes spécifiques des femmes. Parallèlement à cet effort de reconstruction par un certain nombre de militantes de l’intervention en direction des femmes, l’URP CFDT s’est engagée dans la lutte contre le projet Dufoix l’hiver dernier. Elle a participé à la manifestation du 1 1 janvier 1986. C’était une initiative de l’Association parisienne des parents pour la crèche collective, à laquelle s’étaient jointes les associations professionnelles du personnel de crèches, les syndicats interco-CFDT de la région parisienne, ainsi que la CGT-Ile-de-France.
Cette manifestation avait regroupé cinq mille personnes, chiffre non négligeable qui devrait conduire les organisations syndicales à prendre au sérieux la bataille pour le développement des équipements collectifs. Au dernier Forum emploi organisé par la CFDT en janvier 1986, l’URP avait conçu toute une exposition sur les équipements collectifs et une cassette vidéo sur ce sujet fut réalisée par le secteur PTT. Mais ces interventions ponctuelles ne résolvent pas les problèmes de prise en charge des campagnes sur les revendications des femmes par l'ensemble des structures syndicales.
Certes, il est difficile pour une organisation syndicale d’intervenir sur les lieux de vie et beaucoup plus aisé pour elle d’aborder la question des équipements collectifs au niveau des entreprises ou des services publics tels que les hôpitaux, la Sécurité sociale, les PTT, où existent des crèches ;
Extrait de la motion adoptée par l’URP CFDT à son 46e Congrès
Pour un réel droit à l’emploi des femmes, nombre de conditions sont à remplir. D’abord, cela suppose que la situation générale de chômage soit surmontée pour toutes et tous, qu’une autre politique de création d’emplois soit mise en œuvre pour que chacune et chacun puisse accéder à un emploi et voir la durée du travail réduite. Ensuite, cela implique que la lutte idéologique pour la remise en cause de la place traditionnelle des femmes dans la société soit menée, que les femmes ne soient plus réduites d’abord au rôle de mères et d’épouses mais qu’elles prennent toute leur place dans la vie sociale, économique et politique. Il n’est pas inutile de rappeler que le partage des tâches ménagères est une nécessité absolue pour qu’elles puissent le faire.
Enfin, concrètement cela suppose donc lever les obstacles qui font qu’à tel moment de leur vie il peut devenir apparemment plus simple d’abandonner son emploi que de combiner tâches ménagères, éducation des enfants et travail salarié. Dans ces obstacles, il en est un que nous citons depuis des années mais que nous ne nous sommes pas attachés à lever. Il s’agit de l’énorme carence en équipements d’accueil de la petite enfance. (...)
Devant cette situation, il est grand temps que l’organisation prenne réellement en compte dans son activité ce besoin de structures d’accueil pour la petite enfance. En effet, la véritable possibilité de choisir ou non d’avoir des enfants passe aussi par le cadre collectif qui peut leur être offert. Aujourd’hui, la CFDT n’est pas la seule organisation à faire ce constat ; le MFPF a largement développé cette nécessité ; des composantes du mouvement des femmes y ont aussi insisté.
Aussi le congrès de l’UPR décide de prendre les moyens de préparer une mobilisation la plus large possible dans l’année 1985, pour imposer la construction massive des crèches et pour des coûts abordables.
Pour cela, elle fera la proposition aux autres organisations syndicales et organisations ou associations revendiquant ces équipements collectifs.
mais, de toute évidence, on ferait un grand pas en avant si les organisations syndicales « prenaient à bras-le-corps le problème de l'insuffisance des collectifs femmes de base, et si, par ailleurs, les motions de congrès ne restaient pas lettre morte dès qu’il s’agit de questions concernant les femmes.
Pour le développement des équipements collectifs
La position de la direction confédérale CFDT en ce qui concerne les équipements collectifs reflète sa politique de gestion de la crise, et c’est pourquoi elle refuse de mener la bataille pour la priorité aux équipements collectifs et préfère généraliser le système D, notamment en prônant les crèches parentales.
Les positions défendues par l’URP sont différentes. Considérant la carence en équipement collectifs comme un obstacle au droit à l’emploi des femmes, elle défend la priorité aux crèches collectives. De plus, elle intègre cette revendication dans le cadre général de la lutte pour la remise en cause de la place traditionnelle des femmes dans la société.
Autre argument développé par l’URP, c’est la nécessité de donner à chaque enfant un cadre adapté à son âge afin de faire des crèches collectives un lieu éducatif et non un lieu de gardiennage ; et de s’orienter aussi vers la réduction des inégalités grâce à une véritable politique d'accueil de la petite enfance.
Enfin, dernier argument avancé par I'URP : la création d'emplois de fonctionnement, le transfert d’emplois non déclarés en emplois stables (250 000 enfants sont gardés par des gardiennes non déclarées).
Pour la défense intransigeante des revendications des femmes !
La crise ne manquera pas de faire reculer certains sur le droit à l’emploi des femmes et le problème des équipements collectifs sera complètement escamoté par la même occasion. Ceux qui avalisent aujourd’hui la précarisation de l’emploi ne mèneront pas la bataille pour les crèches collectives, condition sine qua non d’un droit total à l’emploi des femmes.
Les militantes et les militants CFDT engagés dans la défense des revendications des femmes devront rassembler leurs forces et reconstruire les bases d’un travail « femmes » suffisamment implanté dans le public comme dans le privé pour faire échec à la dérive politique de leur confédération et mener les campagnes féministes de l’heure.
Catherine Rosehill
CFDT spécial Petite Enfance
La CGT et les équipements collectifs
Depuis fort longtemps, la CGT a élaboré des revendications propres aux travailleuses. A propos des équipements collectifs, on peut constater une évolution entre les textes de 1973 et ceux de 1977. En effet, auparavant, la question des crèches collectives était censée ne concerner que les mères. Or, dans la charte revendicative de 1977 cette revendication fut élargie aux pères.
Si, à proprement parler, il n’y a pas de campagne organisée sur les équipements collectifs, c’est un problème qui est abordé dans tous les textes élaborés par le secteur femmes CGT, et ce thème apparaît régulièrement dans la revue Antoinette. Dernièrement, à la suite du projet de décret Dufoix, la CGT a réaffirmé ses positions sur les équipements collectifs dont l’axe central est la priorité clairement donnée aux crèches collectives par rapport aux autres modes de garde.
Nous reproduisons ici l’essentiel de cette déclaration :
« Plus personne ne nie que les premières années de l’enfant sont déterminantes pour son développement physique et psychique, qu’elles sont capitales pour son devenir d’adulte.
« Les équipements sociaux constituent un élément non négligeable des conditions et de la qualité de vie des familles.
« Leur dimension sociale éducative favorise les échanges et l’épanouissement des individus. Leur insuffisance accentue les inégalités sociales. Les moyens existants sont très loin de permettre une couverture satisfaisante des besoins. Cette insuffisance notoire de structures d’accueil de la petite enfance représente souvent pour les femmes un obstacle parfois insurmontable à l’exercice d’une activité professionnelle.
« Il est donc nécessaire de promouvoir une politique d’équipements sociaux et une action sociale conformes aux exigences actuelles dont les développements doivent se situer, pour la CGT, prioritairement dans le cadre du service public.
« Les équipements de la petite enfance doivent satisfaire les besoins légitimes d’éducation et d’épanouissement des jeunes enfants qui ne trouvent pas leur entière réponse avec le développement d’autres modes de garde que les crèches collectives. C’est pourquoi nous revendiquons la reconnaissance de caractère de service public des crèches collectives en raison de leur apport au développpement intellectuel et psychomoteur de l’enfant qui en font le premier maillon de son éveil en matière éducative et de lutte contre les inégalités sociales.
« Pour la CGT, l’avenir appartient donc à la construction de crèches collectives modernes qui soient de véritables établissements préscolaires. Elles doivent être prises en charge progressivement par la collectivité nationale avec la formation du personnel au sein de l’Education nationale. (•••)>>