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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Renault-Billancourt: Les bébés nous alertent...

· Cahiers du féminisme, n° 37, automne 1986 · p. 18 · 764 mots

Filles et garçons de deux mois à trois ans.

Cherchons crèche pour nous accueillir pendant que papa et maman travaillent à partir du 1er septembre.

Nous sommes une centaine.

C’est urgent !

Les enfants du personnel de Renault-Billancourt

Depuis le 31 août, la crèche de l'entreprise Renault-Billancourt a fermé ses portes. Cette décision est la conséquence des restructurations qui s’opèrent dans le secteur automobile. A terme, la baisse des effectifs de l’entreprise menace toutes les activités du comité d'entreprise : certaines seront réduites, d’autres totalement supprimées. Ce n’est sans doute pas un hasard si la crèche est la première touchée. Cet évènement permet de comprendre à quel point certains acquis sont vulnérables et peuvent être remis brutalement en cause. En même temps, la disparition d’une crèche d'entreprise pose des questions fondamentales sur l’existence et le fonctionnement de ce genre d’équipement.

Comment en est-on arrivé là ?

La raison première de cette fermeture est d’ordre économique : la baisse constante des effectifs de l’entreprise. En dix ans, Renault-Billancourt est passé de près de quarante mille à moins de vingt mille salariés. Automatiquement, la subvention versée par la direction au comité d’entreprise, basée sur la masse salariale, s’en trouve considérablement affectée. Pendant ce temps, les besoins restent pratiquement les mêmes, car les suppressions d'emplois touchent principalement les employés âgés, qui ne « font » plus d'enfants, et les immigrés qui, eux, ont en général beaucoup d’enfants mais ne les placent pas à la crèche (soit parce que la mère reste au foyer, soit parce que les enfants vivent au pays).

Mais si la crèche était vraisemblablement, à terme, menacée, la division syndicale a précipite sa disparition. Elle a été victime de la « guerre des CE » : guerre entre le CE du siège social, à majorité CFDT-CGC, qui assurait la gestion de la crèche, et le CE du centre industriel, à majorité CGT. Au départ, les deux CE subventionnaient en commun la crèche, accessible aux parents des deux établissements. Mais en 1985, le CE du centre industriel — prenant prétexte de l’augmentation des tarifs décidée par l’autre CE pour combler le déficit de la crèche — cesse de verser sa subvention. Le CE du siège social se retrouve bientôt dans l’impossibilité d’assurer seul le fonctionnement de la crèche et annonce sa fermeture pour la fin août 1986.

Dès la fin de 1985, le CE du siège social convoque des réunions des parents utilisateurs, d’une part, et du personnel de la crèche, d’autre part, pour les informer des risques qui pèsent sur l’avenir de celle-ci. Le personnel, inquiet pour son emploi, distribue des tracts, fait des démarches auprès des différents CE pour obtenir des garanties.

Parallèlement, les parents s’organisent pour tenter de sauver la crèche, constituent un collectif et mènent une enquête à partir des éléments comptables fournis par les CE. Ils constatent entre autres que le budget spècifiique de la crèche occupe une part minime de la subvention totale et ne peut donc être tenu pour responsable des problèmes financiers des CE... Il en sera par contre la principale victime !

Mais cette action reste limitée aux seuls parents : à aûcun moment la jonction ne sera possible avec le personnel de la crèche, en majorité CGT. Celui-ci, préoccupé par la défense stricte de l’emploi et l’obtention de garanties en cas de licenciement, se désintéresse des démarches effectuées pour éviter la fermeture.

Crèches d’entreprise ou non ?

Cette fermeture pose une série de questions de fond concernant l’existence et le fonctionnement des crèches d’entreprise :

— La localisation. La dispersion du personnel aux quatre coins de la région parisienne, avec parfois plus d’une heure de transport, rend la crèche inaccessible à bon nombre d’enfants. Il est impensable d’imposer de telles durées de transport à des enfants en bas âge !

— Le fonctionnement. Est-il juste de consacrer une part de la subvention du CE, qui en théorie devrait profiter à tous, à des activités qui bénéficient à une minorité ? Cela repose la question d’une participation de l’entreprise au financement de crèches dans les localités où résident les salariés.

— La gestion. Par leur lutte, les parents ont pris conscience qu’ils avaient leur mot à dire dans la gestion de la crèche en tant qu’utilisateurs. Ils ont découvert qu’en fait les travailleurs de l’entreprise n’avaient aucun contrôle sur l’utilisation de la subvention du CE.

La crèche de Renault avait le mérite d’exister. Sa fermeture n’était pas inéluctable. Les acquis sociaux sont une conquête de l’ensemble du personnel, leur disparition nous concerne tous, hommes et femmes, que nous en soyons ou non utilisateurs.

Emmanuelle

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