On avait dit le néo-libéralisme triomphant, avec son cortège d’inégalités aggravées, de racisme et de régression sociale. On avait craint, après la défaite du 16 mars, prix de la politique de la gauche, une droite et une extrême droite promises à de nouveaux succès. On subissait une cohabitation, qui brouille les cartes et hypothèque les luttes, en nous enfermant dans le carcan de cette nouvelle forme de collaboration de classes.
Un grand souffle salubre est venu, ces dernières semaines, purifier cette atmosphère délétère.
Née de la jeunesse — quel symbole d’espoir ! — la riposte s’est propagée comme une traînée de poudre à la SNCF, à l’EDF et, maintenant, aux institutrices et instituteurs.
Dans chaque cas : une attaque acérée — la réforme Devaquet, la grille des salaires, le statut de maître-directeur — qui, par sa charge inégalitaire et autoritaire, provoque la révolte de toute une catégorie sociale.
Dans chaque cas : une volonté d’opposer à l’adversaire, aux faiblesses et divisions syndicales, aux manœuvres des uns et des autres, l’unité et la démocratie de lutte, le contrôle de la mobilisation par l’auto-organisation, la mise sur pied de comités de grève et de coordinations.
Les femmes ont pris toute leur place dans ces actions. Tout le monde a noté combien les filles étaient présentes dans le mouvement de la jeunesse, y prenant la parole et des responsabilités : ce tut l’une des caractéristiques de ce mouvement. Quant aux « instits », chacun sait que, dans leur grande majorité, ce sont des institutrices. Une spécificité de ce milieu qui n’est sans doute pas étrangère à la puissance de la riposte à l’autoritarisme monoriesque, ni à la volonté d’organisation démocratique de la mobilisation.
Auj ourd ’ hui , le gouvernement C hirac se trouve brutalement affaibli et l’arrogance néo-libérale sérieusement rabattue. Et c’est tant mieux ! Pour en finir avec l’une et l’autre, il reste beaucoup à faire.
La tâche se présente maintenant plus clairement et dans de meilleures conditions.
Faisons tout pour que le 8 mars prochain, journée internationale des femmes, s’irradie des possibilités nouvelles qu’autorise le regain social. Et permette d’affirmer la solidarité de lutte des femmes du monde.