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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Éditorial

Édito

Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 1-2 · 724 mots

La gauche a perdu les élections. Personne dans le mouvement des femmes n ’avait pensé que des urnes sortirait la fin de notre oppression ; mais beaucoup avaient considéré qu’une victoire de la gauche signifierait des potentialités nouvelles, des luttes et des débats au sein de la classe ouvrière où le féminisme pourrait s’imposer comme donnée fondamentale de la lutte de classe. Aussi, aujourd’hui, beaucoup d’entre nous s ’interrogent -elles sur l’avenir ; il est vrai que la situation politique est nouvelle et exige des débats approfondis. Avec Giscard et Barre, nous savons ce qui nous attend. La crise économique non résolue, l’austérité renforcée, c’est pour les femmes le chômage encore accru, les bas salaires, la pénurie des équipements collectifs comme les crèches et les centres d’orthogénie (Florence, 15 ans s’est suicidée à Villeneuve -Saint -Georges parce qu’elle ne pouvait pas payer!). L’accentuation de la politique « familiale » avec la valorisation de notre rôle de mères semble remplacer les ouvertures égalitaires à la Giroud. Dans cette situation bien des femmes sont prêtes à se mobiliser sur la question du travail, de l’avortement dans les groupes femmes et dans les syndicats. Le cortèges des femmes dans la manifestation du 1er Mai, contrairement à certaines attentes, a réunié presqu ’autant de femmes que l’an dernier, dans un contexte très difficile.

Des états-majors réformistes, nous savons aussi ce qui nous attend. Certes, ils ont été obligé de faire des concessions sur la question du féminisme sous la pression d’une partie de leur base, mais on sait ce que cela recèle de démagogie. Pour un Rocard, c’est un moyen comme un autre de donner une allure moderniste au P.S. Quand on va en rangs serrés à l’Elysée, au lendemain d’élections perdues, on ne s’apprête pas à mener des luttes d’ensemble. Pourtant, les réformistes n ’abandonneront pas totalement le terrain et proposeront des luttes locales (pour un centre d’orthogénie, etc...) dans lesquelles le mouvement des femmes pourra ouvrir des brèches. Mais si le féminisme est souvent un gadget pour les directions réformistes, il n’en est pas de même à la base. Les flottements dans le P. S., et surtout la crise du

Photo de Marina Jacques

PC. l’illustrent. Bien des femmes, qui se sont interrogées sur leur condition d’opprimées et sur le féminisme, ont contribué à la contestation qui s’élève dans le parti communiste, notamment sur le problème du lien avec le travail de masse et celui de la démocratie interne. De tels évènements rendent possible l’élargissement du mouvement des femmes.

Celui-ci est aujourd’hui en butte à de sérieux problèmes sur lesquels nous pensons que le débat doit s’ouvrir:

— les groupes femmes, malgré des luttes menées localement, en commun avec certaines unions locales, restent très coupés de la radicalisation des femmes dans les syndicats. A Paris, la coordination des femmes travailleuses ne joue pas encore le rôle qui devrait être le sien. Peu nombreuses, les commissions femmes syndicales n ’ont pas les moyens d ’imposer un rapport de force suffisant par rapport aux directions.

— Beaucoup de luttes locales ont été menées sur des thèmes très divers (chômage, avortement, femmes battues, viol...), mais aucune campagne nationale de masse n ’a été engagée, faute de coordination et de centralisation du mouvement. Et pourtant, des luttes d’ensemble qui seraient menées aujourd’hui pourraient faire reculer le pouvoir et peser sur la situation politique (campagne sur le chômage, campagne sur l’avortement...)

— Des débats restent en suspens à l’intérieur du mouvement :

• le viol : continuer ou non à faire appel à la justice ?

• la question des centres de femmes que de nombreux groupes dans diverses villes (Paris, Marseille, Toulouse...) ont contribué à poser : comment ouvrir les centres de femmes à toutes celles qui commencent à se radicaliser sans pour autant faire partie d’un groupe déjà constitué ? Quelles activités y développer ? Et aussi jusqu’où va-t-on dans l’acceptation de la gestion de la pénurie ?

— La démocratie interne du mouvement ne satisfait personne. Le fonctionnement fréquent en commissions, s’il présente l’avantage d’une plus grande souplesse, renforce l’éclatement. Or la centralisation du mouvement, nécessaire pour mener des campagnes, exige qu’un minimum de garanties soient réunies (débats clairs, expression des divergences, etc...) Autant de questions que nous ne prétendons pas résoudre, mais qui doivent ouvrir dans le mouvement des femmes, avec les forces du mouvement ouvrier, avec l’extrême-gauche, des débats collectifs.

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