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Les femmes présentes dans les législatives ?

Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 3-5 · 2 180 mots

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Les femmes ne furent pas absentes de la campagne des législatives, mais leurs préoccupations furent plutôt reprises sur le ton de la promesse électorale.

Il est encore très difficile de tirer un bilan de ce qu’a été l’activité du mouvement des femmes à cette occasion. Extrêmement diversifiée au plan national, l'activité des groupes de femmes, des féministes a été très différente d’une région à l’autre. Différente aussi en fonction des projets qui coexistaient.

Mais de toute façon, cela a interpellé le mouvement fémi niste

Et cela d’autant plus que les organisations ouvrières ne restent plus passives et apportent des réponses qui sont loin de correspondre toqjours aux exigences portées par les luttes de femmes. Par contre, et c’est pour nous un élément tout à fait important, elles ont induit des pratiques différentes et suscité bon nombre d’interrogations parmi leurs militants et militantes ! C’est dans ce cadre qu’il nous semble important de commencer à jeter les bases d’un bilan du mouvement des femmes et de nous interroger sur ses perspectives (ses axes de luttes, ses moyens de coordination, la jonction avec les femmes travailleuses...).

Nous versons à ce dossier et dans ce sens l’enquête menée dans le XVe arrondissement à Paris, à travers des discussions avec les militantes du groupe femmes et une militante du PS. Nous aurions aussi voulu en débattre avec des militantes du PC et de Choisir.

La naissance de la maison des femmes du XVe

Comment est né le projet de la maison des femmes ?

Valérie. — Cela fait plus d’un an que nous en avions le projet, déjà l’an dernier au moment des municipales, nous avions fait une occupation syhbolique dans le quartier. Par la suite, nous y avons beaucoup réfléchi dans le groupe.

Pour nous, la maison, c’est ce qui devenait le plus urgent à faire, c’est ce qui correspondait le mieux, à notre sens, à la demande extrêmement diversifiée aussi bien des femmes du groupe que de celles qui nous contactaient !

Nous avions le projet d’une maison ouverte sur le quartier.

Sylvie. — Nous ne voulions surtout pas que ce ne soit qu’une maison des groupes femmes, mais un lieu où, à travers de multiples activités, se créent des liens avec les femmes du quartier, celles qui y vivent comme celles qui y travaillent. Un lieu où pourraient se créer l’entraide et la solidarité.

Susciter le plus large soutien

Pourquoi pendant les législatives ?

Sylvie. — C’est incontestablement une période de grande sensibilisation pour les gens. En plus dans le quartier, il y ayait beaucoup de femmes candidates. La question des femmes, comme on dit, devenait un argument électoral. Alors, notre point de vue et notre force, il fallait bien qu’on l’exprime.

Valérie. — Nous en avions débattu dans le groupe, certaines pensaient que nous passerions complètement inaperçues, reléguées au second plan. Pour d’autres, dont j’étais, il nous semblait au contraire que c’était un moyen d’aller au-delà des promesses électorales, de s’adresser à tous ceux et à toutes celles qui soutiennent la lutte des femmes, de .les amener clairement à s’engager par rapport au projet et à l’occupation de la maison, à faire la popularisation pendant la cahpagne et à s’engager dans un soutien financier.

Sylvie. — C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour certaines organisations. Le plus surprenant pour nous, ce fut l'engagement du PS à nous verser le premier mois de loyer lorsque nous aurons trouvé un local à louer.

Choisir aussi nous a soutenu ou plus exactement une femme de Choisir, parce que Halimi, qui pourtant était candidate dans le XVe, n’a jamais mis les pieds dans la maison...

Les femmes et la polique

Quels ont été vos contacts avec les organisations ouvrières à l’occasion de l’occupation ?

Sylvie. — Nous avions organisé un débat sur les femmes et la politique, en nous adressant à toutes les organisations de gauche pour qu’y participent les candidates, ce qui fut le cas. Seul le PCF a aussi envoyé un de ses candidats... Il s’est d’ailleurs montré très agressif, récusant la manière dont nous posions la question de la lutte des femmes et de la nécessité du mouveme t. Il a déclaré que le PCF était prêt à soutenir le projet d’une maison pour tous, mais pas celui d’une maison des femmes. Nous apons eu l’impression que, comme le PCF n’avait pu éviter d’être présent, l’occupation constituant quand même un petit fait politique sur le quartier, il cherchait à la canaliser vers la perspective d’une maison pour tous.

D’ailleurs, en termes de soutien, le PCF en tant que tel sur le XVe n’a rien fait, pas même signé la pétition qui a pourtant recueilli 500 signatures ! Il y avait aussi Nicole Borvo, qui était candidate PC sur le XV*. Elle avait l’air plus ouverte, mais elle ne semblait pas vouloir se dégager de la ligne du parti. D’ailleurs, cette identitification des militantes communistes au parti nous a beaucoup surprises, il n’y avait plus de place pour un débat avec elles. Ce qui nous a aussi frappées, c’est que les femmes du PC et du PS avaient toutes le même type de discours, alors que les femmes du groupe s’exprimaient de manières très différentes. Même si nous défendions toutes le même projet (la maison, le mouvement), on sentait que chacune était impliquée à sa façon, qu’elle soit militante d’une organisation politique ou militante du groupe, où coexistent d’ailleurs différentes sensibilités politiques.

Valérie. — Dans ce débat, ce que nous cherchions, c’était de savoir ce qui avait changé dans leur parti depuis que quelques revendications féministes avaient été intégrées. Je dois dire que nous sommes restées un peu sur notre faim ! Quand nous les avons interrogées sur leur rapport au mouvement des femmes, en particulier sur la non-participation du PC et du PS au mouvement, elles se sont curieusement justifiées en disant qu’elles n’en avaient pas le temps, qu’elles ne pouvaient pas tout faire. Ce qui est peut-être vrai, mais pourquoi la lutte féministe n’est-elle jamais une priorité ?

Valérie. — Avec les femmes du PS, plus exactement du CERES, puisque le CERES est majoritaire' dans le XVe, la discussion a été plus intéressante et a même pii déboucher sur la perspective d’actions communes. Ce fut aussi le cas dans les discussions avec les femmes de la Ligue et les autres organisations d’extrême gauche.

Mais il faut quand même souligner que ces organisations ont plus manifesté un soutien symbolique qu’un soutien vraiment actif. On ne les a pas tellement entendues dans les débats ni vues pendant la semaine.

Mais surtout ce que nous souhaitions, et ce qui commence à se faire avec les femmes du PS du XVe, c’est que participent à la vie de la maison des femmes, toutes celles qui s’y sentent concernées. Nous voulons nous élargir à toutes les femmes qui sont aujourd’hui sensibilisées par nos luttes. Cela nous semble très important, et dans ce sens pas seulement aux femmes du PC et du PS.

Pendant l'occupation

Comment s’est déroulé l’occupation ?

Sylvie. — Cela a commencé par la recherche du local. Le matin même de l’occupation, nous n’avions pas encore arrêté notre choix ! L’occupation a commencé le dimanche 5 mai, le lendemain de la manif des groupes femmes. Nous étions une trentaine alors ! Au bout de deux heures, nous avons eu notre première alerte. Les flics sont arrivés en nous disant que nous avions une demi-heure pour déguerpir. Nous avons alors prévenu tous ceux qui étaient prêts à nous aider. Nous sommes allées chercher toutes les copines. Puis on a tout fermé et on s’est barricadé à l’intérieur, en mettant les hommes et les photographes dehors. Quand les flics sont passés avec un gros car de CRS, ils ne se sont mêhe pas arrêtés.

Pour prévenir toute surprise, nous occupions jour et nuit. Le soir, il y avait toujours plus d’une douzaine de personnes !

Le problème de la mixité

Et puis, petit à petit, le problème de la mixité s’est posé. Nous avions au départ défini cette première semaine, comme une semaine de popularisation du projet de la maison des femmes. Nous avons collé partout des affiches et des autocollants.

Donc, cette semaine de popularisation nous la concevions de manière mixte ! Mais inévitablement, cela a commencé à poser des problèmes, notamment le vendredi au cours du débat sur la sexualité. Nous avons d’ailleurs pris l’initiative de deux commissions, l’une mixte et l’autre non, car de nombreuses femmes se sentaient bloquées ! Le soir des élections, nous avons eu un débat extrêmement violent, agressif, toujours sur la question de la mixité de la maison. De la mixité en fait, nous n’en avions jamais beaucoup discuté. Personne n’avait vraiment l’idée d’exclure les hommes. Mais notre projet, c’était tout de même de créer un lieu de regroupement collectif des femmes. Et ce qui s’est passé au cours de cette soirée montre toutes les difficultés de le réaliser.

La soirée des élections venant à la fin de la semaine de popularisation, il y avait des copines qui ont manifesté le désir de rester entre femmes, pour la soirée, et particulièrement des copines homosexuelles.

Comme dans le groupe, elles sont en grande minorité, pour se faire entendre, elles ont dû outrer leurs positions, ce à quoi d’autres copines ont répondu ! La discussion est devenue vite passionnelle, parce que cela nous touchait beaucoup. C’était comme si chacune défendait sa vie privée. En en rediscutant par la suite, nous nous sommes aperçu qu’il ne devait pas y avoir, là, matière à désaccord. C’était une question d’organisation pratique des locaux et de leur utilisation dans le temps. C’est aussi cela l’apprentissage de la vie collective.

• Quel bilan tirez-vous de l’occupation de la maison ?

Sylvie. — Les premiers jours de l’occupation, c’était fantastique, nous avons touché énorméhent de gens, des femmes tout à fait différentes de l’image traditionnelle de la féministe, des vieilles dames et aussi des vieux messieurs...

Beaucoup de femmes sont passées aux permanences, le soir, en sortant du boulot et avant de rentrer chez elle. Elles venaient discuter avec nous, elles s’intéressaient à ce que nous faisions. Des femmes nous ont demandé comment nous vivions, si nous vivions seules et comment nous supportions la solitude...

Valérie. — Ce que disaient toutes les copines du mouvement qui sont venues pendant la semaine, c’est que cela représentait un espoir. Enfin, nous touchions d’autres femmes que les copines habituelles. Cela a commencé à bouleverser nos habitudes et nous a donné envie de rester dans le quartier. On commence à s’y sentir chez soi, à vouloir y transforher notre vie !

« Nous voulons que se crée une vie collective des femmes »

Je crois que nous voulons toutes que se crée, autour de la maison des femmes, une vie collective des femmes. Que s’y développe bien sûr l’information et la lutte pour l’avortement, que se mettent en place les permanences juridiques, santé, etc. Mais aussi nous voulons pouvoir nous y retrouver pour y regarder la télé, y monter une bibliothèque, y faire de la danse.

A travers la maison, nous espérons aussi transformer notre militantisme dans le groupe femmes. Nous en avons assez de militer entre convaincues, de ne faire que discuter !

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?

Sylvie. — Ce qui nous préoccupe tout d’abord, c’est l’aménagement de la maison. Il faut la peindre, la décorer. Il faut aussi rapidement la faire vivre. Nous allons aussi reprendre le travail de sensibilisation dans le quartier, diffuser le programme de la maison, rédiger et publier une brochure qui rendra compte des discussions de la semaine d’occupation. Nous envisageons aussi de recontacter toutes celles qui ont signé la pétition, de les solliciter pour participer aux activités de la maison.

Et le résultat des élections ?

Sylvie. — On a été complètement démoralisées !

Valérie. — Non, pas tellement, pour la plupart on s’y attendait. Si la gauche passait, cela valait mieux mais on ne se faisait pas beaucoup d’illusions. Mais nous espérions quand même que le mouvement des femmes s’imposerait plus facilement.

Vous en avez discuté dans le groupe ?

Sylvie. — Avec tout ce qui est de la politique politicienne, comme cela se fait pendant les élections, on a un rapport très lointain. Notre manière de faire de la politique est différente, c’est à partir des problèmes quotidiens, de ce que nous ressentons que nous nous révoltons et que nous pourrons théoriser de manière politique ce que nous faisons. C’est vrai que nous avons eu beaucoup de mal à parler des élections, on les a ressenties comme le problème des autres. Pourtant, c’était aussi important pour nous.

Mais nous n’avons pas trouvé les moyens d’aborder cela ensemble. Notre rèapport à la politique est différent de la manière dont l’expriment les organisations politiques traditionnelles. Ce qui se passe, de fait, c’est que nous évitons les débats sur la situation politique, sur l’Union de la gauche... non pas parce que nous n’en avons pas envie, mais parce que nous n’arrivons pas à en discuter de manière satisfaisante. Mais on trouvera !

Notes

  1. A travers cette enquête sur l’activité des féministes
  2. dans le XVe arrondissement de Paris,
  3. nous voulons commencer à réfléchir
  4. sur les perspectives du mouvement des femmes
  5. après les législatives.

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