La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Monique, féministe, militante du PS

Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 5-6 · 1 813 mots

Nous avons rencontré Monique, militante du PS depuis 1975 dans le XVe. Elle a, pendant la campagne législative, participé activement aux débats et aux initiatives des groupes femmes du quartier, autour de l’occupation de la maison des femmes.

MONIQUE. — Le soutien du PS XVe n’est pas tout à fait le fruit d’un hasard, il est le résultat d’une préoccupation féministe bien antérieure aux élections. Dans notre section, il y a un groupe femmes PS qui fonctionne depuis plus d’un an. Il devrait en exister d’ailleurs dans toutes les sections, ce qui dans la réalité est loin d’être le cas. Ils sont conçus comme des instances femmes, mais aussi comme des groupes de propositions d’action et d’intervention. Ce qui est important dans la logique autogestionnaire, ils sont sensés sur le quartier fonctionner avec tous ceux et toutes celles qui se préoccupent des mêmes problèmes.

Mais ce qui fonctionne aujourd’hui dans le XV* est loin d’être représentatif de ce qui existe dans le PS. Il y a des tas de sections où il n’y a pas de groupes femmes ou alors, les bureaux de section ne leur laissent aucune autonomie. De plus, le XV* c’est la seule section de Paris où le courant des assises, le courant autogestionnaire, est largement majoritaire, et où se retrouvent un certain nombre de filles qui ont eu une expérience militante féministe, à travers le

MLAC ou le Planning familial.

J’ai d’ailleurs remarqué que dans toutes les sections où un groupe femmes PS fonctionnait, le mouvement autonome des femmes existait et fonctionnait relativement bien sur le quartier. Ce qui fait donc qu’au moment où il fallait déterminer les thèmes de la campagne législative, avant même de savoir qu’Halimi se présentait sur le XV* ou que les groupes femmes se manifesteraient autour du projet de la maison des femmes, nous avions décidé de faire de la question des femmes un axe prioritaire de notre campagne.

Remarque que si il y avait eu des chances de victoire du PS dans le XVe, je ne sais pas si cela aurait été la même chose ! Une des raisons pour laquelle nous pouvons fonctionner ainsi sur le XVe, c’est parce qu’il n’y a pas d’enjeux électoraux. Au PS, cela change beaucoup !

En section, nous avions décidé d’axer notre intervention sur le thème des femmes et du travail, il y a sur le XVe un fort taux de population féminine active, près de 55 % je crois.

L’occupation de la maison des femmes

Ensuite, il y a eu l’action des groupes femmes, qui ont d’abord annoncé sur tous les marchés : attention, attention, on va créer une maison des femmes. Leur popularisation était d’ailleurs extrêmement bien faite.

Elles ont ensuite convoqué tous les partis de gauche, en expliquant leur projet et en nous demandant notre soutien. J’y suis allée pour le PS, il y avait la LCR, le PSU, l’OCT, le PC n’était pas à la première réunion.

Sur le principe de cette occupation, j’ai dit tout le bien que j’en pensais. Les seules questions que je me suis estimée autorisée à poser portaient sur ce qu’elles entendaient par une maison des femmes. Si cela avait été une maison des femmes, type lieu de réunions sans lien avec des actions locales, je trouve cela intéressant, mais je ne voyais pas en quoi cela nécessitait le soutien de notre organisation.

Mais leur projet était sans ambiguïté. Elles faisaient déjà des perma-

L’occupation de la maison des femmes

nences, en alternance avec la boutique de droit, rue des Morillons. Sur le principe de l’occupation, nous étions aussi favorables, cela permettait de poser d’autres problèmes sur le XVe, en particulier celui de la rénovation. Moi, personnellement, j’avais tendance à penser qu’il aurait été préférable de louer un local, d’en payer le premier mois de loyer et d’arrêter ensuite. La procédure d’expulsion étant tellement lente, on aurait eu le temps de créer une situation favorable. Sur les formes du soutien, nous étions tout à fait prêtes à en assurer la popularisation, à inviter les gens à se rendre à la maison occupée. En ce qui concerne le soutien financier, nous leur avons promis l’équivalent d’un premier mois de loyer.

Les femmes et la politique ?

Au cours de la première semaine de popularisation, elles ont organisé un débat sur les femmes et la politique. Dans la discussion qui s’est établie sur les rapports entre les partis politiques et le mouvement autonome des femmes et sur la place ees féministes dans les partis politiques, elles ont vu clairement apparaître les clivages qui peuvent exister à l’intérieur du PS. Moi et une autre copine du XVe, tout en parlant au nom du PS, nous avons expliqué pourquoi nous soutenions l’existence du mouvement de femmes. En tant que féministes à l’intérieur d’un parti, nous savons trop ce que nous lui devons pour ne pas bosser avec les groupes femmes. Ou alors, il faut être claires, et prôner je ne sais quelle prépondérance du politique sur la lutte des femmes. Ce qui déjà nous apparaît complètement aberrant. Mais c’est aussi en totale contradiction avec la politique du PS à l’égard du mouvement associatif par exemple.

Lors de la préparation de la convention nationale femmes, nous avions eu ce débat-là, qui s’est exprimé à travers deux tendances : l’une formulant une espèce d’exigence idéologique vis-à-vis du mouvement de femmes, l’autre subordonnant la lutte féministe à la lutte politique.

• Y a-t-il eu beaucoup de femmes du PS qui ont participé à la semaine autour de la maison ?

— Entre une quinzaine et une vingtaine de femmes. Cela nous a d’ailleurs aidé à préciser ensemble notre démarche vis-à-vis du mouvement autonome de femmes. Les groupes femmes du PS fonctionnent comme des groupes en accord politique et idéologique avec le PS. Mais il me semble, qu’autant que les femmes le veulent (il y a là incontestablement l’expression d’un désir militant), elles doivent militer dans le mouvement de femmes. Et il me semble que nous inscrivant dans un quartier, nous devons ensemble mener des actions communes, c’est aussi sur ce terrain que nous nous retrouverons.

C’est vrai que la question se pose d’être aussi dans le mouvement. Mais il y a quand même un problème de choix à un moment donné. Par exemple. aujourd’hui, je milite au PS, et je milite aussi sur ma boîte à la CFDT. Cela me paraît extrêmement difficile de tout concilier. Même si je me tiens informée de ce que font les groupes femmes, je ne me considère pas comme partie prenante des décisions prises par le mouvement autonome de femmes. Cela me paraît évident qu’à certains moments, il faut faire des choix qui interdisent de tout assumer. Cependant, je ne crois pas non plus que ce stit l’appartenance formelle à un groupe femmes qui fait qu’on puisse se sentir partie prenante du mouvement !

Il existe des terrains de rencontre, ce sont les terrains de luttes, et c’est aussi par exemple la maison des femmes.

C’est d’ailleurs comme cela que ça a fonctionné pendant la campagne électorale, et j’ai trouvé que c’était une chose très intéressante. Mais si aujourd’hui, c’est possible pour le XVe, c’est loin d’être le cas partout. Parfois, la conception des groupes femmes dans une ville rend très difficile ces points de rencontre. Je ne connais pas assez l’histoire des groupes femmes du XVe pour savoir si c’est un moment précis de leur histoire qui autorise cette cohérence, ou bien si elles ont mené cette réflexion sur le fond, ce qui leur permet de se mettre d’accord. Si c’est le cas, je trouve cela remarquable ! Et d’autant plus qu’il y a plusieurs groupes femmes qui fonctionnent sur le quartier et sur les entreprises, cela ne devait pas être si évident au départ !

• Aviez-vous discuté du 8 mars ?

— Cette année, il y avait une réunion de la commission nationale femmes. Nous avions posé la question, en demandant ce que nous faisions, notamment par rapport à la manifestation du 4 mars des groupes femmes.

On nous a répondu : oh là, là ! Il faut une décision du secrétariat du comité directeur ! Dans ce contexte, les femmes qui voulaient y aller, y sont allées, c’est ce que j’ai fait. Dans certaines sections, l’information a été faite.

Être féministe, c’est militer autrement

Je pense que sur les thèmes comme le rapport des femmes au travail, au quartier, à la famille, sur la façon dont les femmes vivent complètement surdéterminées par cela, il y a d’autres façons d’intervenir.

Il y a des règles stupides de militantisme qui veulent qu’on aborde la question du travail uniquement sur les lieux de travail, et rien d’autre, sans aborder la question de la famille qui surdétermine cependant toute l’existence des femmes. Cela a abouti à passer complètement à côté des femmes.

Moi, je n’ai pas l’impression qu’il y ait des thèmes d’action féministes privilégiés. Même s’il est vrai que les grandes bagarres qui ont été menées depuis 5 ans ont été l’avortement et le viol. J’ai l’impression que sur les thèmes prétendument classiques du militantisme que sont l’entreprise et le cadre de vie, il y a des actions de même nature à mener que celles sur le viol ou l’avortement. Mais à partir de la spécificité du vécu des femmes.

Je voudrais qu’on sorte du ghetto des thèmes qui me semble très réducteur du vécu des femmes.

cela me paraît à la limite plus subversif de mener des actions sur ce terrain-là, et je dis cela parce que je suis à l’intérieur d’une organisation politique et que je sais à quel point les pratiques militantes peuvent être terroristes !

Là où la lutte féministe devient subversive, c’est quand elle refuse la coupure imposée par la société entre le travail, la famille, les loisirs, et cela ne peut déboucher que sur la prise en charge par les femmes de leurs problèmes !

S’il y a un débat dans le PS aujourd’hui, au moins aussi important sur le fond que celui qui traverse le PC, c’est bien sur la question de comment changer la vie ! Nous nous sommes battus pour que le PS se donne comme objectif des revendications profondes que beaucoup de gens ressentent, et on se demande pourquoi le PS s’est masqué derrière cet accord programmatique entre appareils qu’est le Programme commun, en ne mettant en avant dans les débats que des mesures quantitatives, laissant complètement tomber les autres !

Toutes les fois qu’on a ce débat dans le PS, les problèmes femmes y apparaissent comme des éléments essentiels, ceux sans lesquels poser le problème de comment changer la vie n’a aucun sens. Et ces problèmes passent mieux aujourd’hui dans le parti, à l’appui de ce type de thèse. Mais même si c’est très important de le souligner, il serait faux de dire cependant que le parti a intégré l’enjeu des luttes féministes.

Notes

  1. Nous avons rencontré Monique, militante du PS depuis 1975 dans le XVe. Elle a, pendant la campagne législative, participé activement aux débats et aux initiatives des groupes femmes du quartier, autour de l’occupation de la maison des femmes.

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