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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La crèche de l'université de Vincennes (Paris VIII) : Une crèche pas comme les autres

· Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 29-30 · 1 685 mots

La crèche de Vuniversité de V » . innés (Paris VIH)

Une crèche pas comme les autres

Cet article a pu être rédigé grâce aux informations recueillies auprès dè Françoise et Dominique, au cours d'une discussion collective que nous avons eue, à l’heure de la sieste, en présence également de plusieurs stagiaires et d'une mère. Françoise (F) et Dominique (D) travaillent à la crèche depuis 1973. D. a travaillé à l'hôpital de 1962 à 1972 comme infirmière diplômée. Pour elles deux, travailler à la crèche a été une véritable chance. Elles font le même travail et sont payées par l'université. C'est elle en effet qui finance aujourd'hui le fonctionnement de la crèche. Elles ne sont pas titulaires. Elles ont un statut d'auxiliaires d'université très vulnérable. Elles sont divisées en deux catégories : D. qui est diplômée est auxiliaire A et gagner 3 000 F par mois ; F., qui a acquis sa qualification sur le tas, est auxiliaire B et gagner 2 200 F environ.

En plein bois

L'université de Vincennes a été construite au lendemain de Mai 1968, en plein bois, loin de l'agitation du quartier Latin.

Cela offrait un avantage : les locaux de l'université n'étaient pas entourés d'immeubles de béton, mais de verdure. Aujourd'hui, quand on s'avance sur l'esplanade de l'université, avant même de pénétrer dans l'enceinte, on trouve, à droite, l'école maternelle, au milieu les vendeurs de sandwichs et de vêtements ; à gauche, entourée de grands arbres et d'un jardin, la crèche.

La crèche est constituée d'un bâtiment carré, d'un étage, largement ouvert à la lumière du jour par des portes vitrées qui donnent sur le jardin.

Quand on entre dans la crèche, on est frappé tout d'abord par la propreté des lieux et le libre va-et-vient des enfants, d'une pièce à l'autre : ici, pas de salles fermées. En circulant, on a aussi l'impression qu'il y a très peu d'enfants par rapport à l'espace de la crèche: « Ce n'est pas étonnent, m'expliquent F. et D. La crèche pourrait accueillir le double d" enfants mais ce n'est pas possible par manque de personnel. »

La crèche en chiffres

:

Il y a actuellement 30 enfants inscrits. La crèche est ouverte de 9 h du matin à 1 7 h. On compte au sein du personnel : une cuisinière, deux femmes de ménage, une jardinière et deux infirmières diplômées et trois femmes non diplômées. Des stagiaires en formation dans des écoles d'éducatrices pour jeunes enfants viennent de temps à autre, pour profiter de cette expérience originale.

30 enfants inscrits, alors que l'univeristé compte 30 000 étudiants et plusieurs centaines d'employés administratifs et techniques et d'enseignants !

Se pose donc le problème des critères de sélection : « Il n'y en a qu'un seul vraiment, c'est l'ordre cf inscription. On prend plus particulièrement les enfants des membres du personnel... » Avant, les parents versaient 3 F par jour, par enfant ; aujourd'hui, ils paient 1 20 F par enfant et par mois.

Une certaine idée de l'éducation

Ici, les parents peuvent déposer et reprendre leurs enfants à n'importe quelle heure de la journée : <r On demande seulement que les parents respectent les heures de repas et de sieste pour ne pas perturber les enfants eux-mêmes.

« A r heure des repas et de la sieste, les enfants sont ravis.

x On ne force jamais un enfant qui ne désire pas manger. Les enfants peuvent toucher leur nourriture avec les mains. On ne leur impose pas la cuillière. Ce n'est pas un problème, ils ont une serviette et on peut les débarbouiller après le repas I On intervient seulement pour empêcher qu'ils ne jettent les assiettes par terre, ou pour aider une enfant à manger. Des conflits créés par certains parents qui forcent leurs enfants à manger arrivent ainsi à s'estomper. »

Il y a néanmoins un problème : <r La cuisine est un peu petite. Alors, quand le bruit devient trop important (parfois les enfants s'amusent à faire un véritable concert avec leur cuilliàre...), on fait manger les plus petits à part pour qu'ils soient au calme. »

Après le déjeuner, c'est l'heure de la sieste : là tout se passe au premier étage. Pour y accéder, un escalier. Un danger ? Non. Un plaisir pour les enfants : une petite barrière au pied de l'escalier permet aux éducatrices d'en contrôler l'accès. Mais comme nous le signalent F. et D. : f Nous laissons au maximum les enfants faire leur propre apprentissage en grimpant l’escalier. »

Les chambres sont elles aussi toutes vitrées et les enfants couchent à deux ou trois dans une chambre, chacun dans un lit-cage, haut sur patte. Les enfants avant de s'endormir en profitent souvent pour s'interpeller, jouer... puis le calme s'installe rapidement de lui-môme.

D. précise : <r Nous ne laissons jamais hurler un enfant qui ne veut pas dormir. On le descend da s un lit, près de nous. »

Pour les activités, F. et D. sont d’accord : « Nous nous immisçons le moins possible dans les activités des enfants eux-mêmes, mais nous essayons plutôt <f organiser des espaces de jeux, où les enfants peuvent entrer en contact les uns avec les autres. Nous sommes là pour aider les enfants à changer <f activité quand ils se lassent. »

Cette conception ne fait pas l'unanimité des éducatrices qui travaillent à la crèche. Certaines animent en permanence les jeux des enfants, les laissent rarement se débrouiller seuls. « Cela marche aussi très bien », constate D. mais D. et F. pensent qu'il est préférable de favoriser l'autonomie des enfants par rapport aux adultes.

Ici, pas de « dressage » non plus à la propreté, comme c'est le cas dans de nombreuses crèches.

Pas de déshabillage traumatisant pour échanger les vôtements de l'enfant contre ceux de la crèche.

De plus, les enfants ne sont pas divisés en sections. Cela évite des relations <r exclusives » entre adultes et enfants. Mais ajoute F. : « Nous avons tous de même des relations affectives très profondes avec les enfants, avec certains enfants en particulier qui nous attirent plus. Néanmoins, nous veillons à ce qu’aucun enfant ne reste à l’écart. De plus, nous portons une attention plus soutenue aux enfants qui ont plus difficultés à s'adapter.

<r Nous ne cherchons pas non plus à nous substituer à la mère; nous ne nous faisons appelées ni maman, ni tati, mais par nos prénoms. »

L'absence de séparation en sections pose tout de même un problème : <r Les grands peuvent exercer leur agressivité aux dépens des petits. » F. nous dit que généralement elle intervient dans ce cas, mais qu'elle aimerait pouvoir approfondir cette question.

Cette crèche a une autre particularité : elle est construite à quelques mètres de l'école maternelle. Ainsi des collectivités d'enfants se constituent, heureuses de se retrouver d'une année à l'autre.

Enfin, les éducatrices organisent elles-mômes leur travail, ce qui représente un acquis très précieux pour pour elle, acquis pourtant-menacé : le conseil de gestion de l'université de Vincennes (1) essaierait de susciter parmi les éducatrices diplômées une vocation de directrice. D., elle, a toujours refusé d'assumer ce rôle.

Le temps des pionniers est passé

Lors de sa création, l'université n'avait pas de crèche.

Les parents se sont mobilisés pour obtenir, d'une part, la prise en charge des enfants par l'école maternelle dès l'âge de deux ans, d'autre part, pour l'ouverture d'une crèche. Au début, la crèche a été ouverte sous le contrôle de la Protection maternelle et infantile. Mais il y a eu des conflits avec les parents étudiants. La PMI voulait en effet imposer des horaires fixes, une organisation hiérarchique stricte avec une directrice, les parents voulaient pouvoir entrer dans la crèche, participer à l'équipe d'animation. La PMI a préféré quitter les lieux, en laissant l'ensemble des installations... Après divers rebondissements, vers 1970, les parents ont pris possession des locaux et ont ouvert une crèche « sauvage ». La crèche sauvage a fonctionné pendant un an et demi avec un budget très réduit. Finalement, les luttes ont abouti à la prise en charge financière de la crèche sur le budget de l'université.

Au début, la crèche était ouverte de 8 h à 22 h.

Deux pères de famille avaient été recrutés parmi le personnel et ont participé à l'animation de la crèche au môme titre que les femmes.

Mais au fil des ans, avec les problèmes de pénurie, le renouvellement des parents étudiants et du personnel de la crèche, l'enthousiasme semble être retombé.

Avant, les parents participaient beaucoup plus à l'animation de la crèche. Il y avait de multiples débats. Aujourd'hui, les parents sont moins disponibles, avec la crise : <r Ce sont de vrais étudiants et de vrais travailleurs. » Ils sont pressés, pas toujours très bien informés du fonctionnement de la crèche. Actuellement, une délégation de parents participent à la gestion de la crèche : « Nous n'y allons pas », me disent F. et D. Pourquoi ? <r Parce que ous aussi nous sommes moins disponibles. Une espèce de routine s'est créée. Heureusemente les stagiaires qui viennent de temps en temps nous apportent un souffle nouveau. »

L'université de Vincennes et sa crèche menacées

Chirac a décidé de récupérer les terrains sur lesquels est construite l'université. Pourra-t-il le faire ? Rien n'est moins sûr. Pourtant, tout est fait pour tenter d'effacer au plus vite les aspects originaux de cette université : l'inscription des étudiants étrangers est rendue difficile par le ministère... Quant à la crèche, elle serait une charge trop lourde pour le budget de l'université, pour certains...

La mobilisation pour la défense des acquis de l'université de Vincennes doit intégrer la lutte pour la défense de sa crèche et son développement. La liquidation de cette crèche serait un grave échec, d'abord parce qu'une crèche constitue un bien rare donc précieux mais aussi et surtout parce que cette crèche-là peut nous inspirer dans notre recherche des crèches plus épanouissantes.

Josette

P. S. : Faute de temps, D. et F. n'ont pas relu la version définitive de cet article. J'espère ne pas avoir déformé leur propos.

Notes

  1. (1) Le conseil est actuellement dirigé par M. Merlin, membre du PS.

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