La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Si toutes les femmes du monde...

1 500 féministes à Mexico

Cahiers du féminisme, n° 44, printemps 1988 · p. 27 · 913 mots

La quatrième rencontre des féministes d’Amérique latine et des Caraïbes a eu lieu à Taxco au Mexique, du 18 au 25 octobre dernier. Elle a réuni 1 500 femmes venues de pratiquement tous les pays à l’exception du Panama et des Caraïbes anglophones ; succès d’autant plus remarquable que des femmes de Cuba et du Guatemala étaient là pour la première fois.

A noter que les femmes qui ont participé aux diverses mobilisations populaires étaient plus nombreuses encore que lors de la précédente rencontre à Bertioga, à Sao Paulo au Brésil, en 1985.

La présence significative de femmes d’Amérique centrale, du Nicaragua en particulier, avec une délégation de quarante femmes pour ce pays, a contribué à donner une dimension politique à toute la rencontre et a stimulé les débats sur les luttes sociales qui se développent aujourd’hui dans les différents pays.

Mais dans les discussions, des contradictions n’ont pas manqué d’apparaître. Pourtant, la critique des organisations politiques n’a pas débouché sur le refus de toute forme d’organisation et à la différence des rencontres précédentes, il y eut un climat d’ouverture vis à vis des militantes organisées.

Les commissions de travail ont malheureusement assez peu abordé les questions du corps, de la sexualité, de la violence pourtant au cœur de l’oppression spécifique. Au forum sur les perspectives du mouvement féministe, Ana Criquillion, représentante de l’Association des travailleurs paysans (ATC) du Nicaragua, fut particulièrement écoutée et appréciée lorsqu’elle déclara : « Je suis une femme et je sens mon oppression comme femme. C’est pourquoi nous voulons une seule révolution qui soit socialiste et féministe. »

Des tensions entre les participantes n’ont pu être évitées lorsque fut discutée l’articulation entre luttes féministes spécifiques et mobilisations de masse et politiques. Certaines ont du mal à comprendre qu’existent aujourd’hui les conditions en Amérique latine et centrale pour que le mouvement prenne un caractère de masse s’il sait combiner luttes pour de meilleures conditions de vie, pour la démocratie, pour la libération nationale, pour le socialisme et luttes spécifiques pour la libération des femmes...

Malgré tout, l’unité du mouvement fut préservée et il y eut un accord unanime sur les propositions finales de l’assemblée générale de clôture : préparation de deux rencontres, l’une sur les luttes féministes spécifiques, l’autre sur les mobilisations et le mouvement populaire pour approfondir les deux sujets.

D’autres rencontres sont prévues également sur des thèmes particuliers comme la santé (il y en a déjà eu), la violence, etc. Des thèmes de réflexion doivent être approfondis comme celui des rapports entre l’Eglise et la question de l’avortement.

Des initiatives nationales devront également avoir lieu dans chaque pays d’ici la prochaine rencontre en Argentine dans trois ans.

Lettre de Managua

Très chères « camarades », Si toutefois ce terme n’est pas démodé dans notre vieille France ! Je suis une toute nouvelle abonnée et je viens de recevoir avec beaucoup d’enthousiasme votre numéro 41-42 qui, pour moi, est le premier. C’est donc en tant qu’abonnée que je vous écris, mais aussi en tant que femme internationaliste, vivant depuis trois ans déjà à Managua, et organisée dans un groupe de femmes internationalistes, le MIREN. Ce fut donc pour nous, les Françaises du groupe, une très agréable surprise de lire d’un côté, l’article de l’automne 1979 intitulé: « Nicaragua: les femmes dans la révolution » et, de l’autre côté, l’article d’actualité : « Femmes d’Amérique latine » portant sur le futur congrès des femmes à Mexico. Nous les avons lus à voix haute, lors d’une réunion mensuelle de notre groupe, à des représentantes d’AMNLAE National et à des militantes de l’organisation Femmes de la côte pour la paix ! Elles venaient précisément de nous faire un compte rendu sur ce congrès qui s’est tenu du 23 au 28 octobre. La position du Nicaragua a été remarquée à tel point que les camarades nicaraguayennes ont été vivement sollicitées pour recevoir le prochain congrès à Managua : proposition qu’elles ne sont pas en mesure d’accepter, vu la difficile situation économique dans laquelle se trouve le pays. Néanmoins, le congrès fût, selon elles, passionnant : il y avait environ

2 000 femmes de tous les horizons sociaux, politiques et idéologiques (même des groupes de lesbiennes, quelque chose est en train de changer du côté des femmes, continent sud !) dont quarante-trois dans la seule délégation nicaraguayenne : femmes de la UNAG, AM-NLAE, ATC, Mujeres Cos-tenas por la paz, CST, EPS... un grand nombre de secteurs y étaient donc représentés. De cette rencontre est née une relation plus étroite entre toutes ces délégations, surtout entre celles d’Amérique centrale qui ont eu le plus d’impact sur l’assistance par le caractère révolutionnaire du processus de libération dans lesquels ces femmes sont intégrées : que ce soit au Nicaragua où les forces populaires ont pris le pouvoir en 1979, au Salvador où les forces insurgées du FMLN sont désormais reconnues comme porteuses indiscutables d’une alternative concrète de société ou enfin au Guatemala où les femmes indigènes victimes de la double exploitation — sexiste et raciste — se sont fait les porte-parole des désirs de libération de tout un peuple aujourd’hui encore opprimé sous le régime pseudo démocrate de Vinicio Cerezo. Nous aimerions savoir quelle forme d’échange et de collaboration nous pourrions envisager : traduction et publication de documents, compte-rendus, publication d’articles, diffusion de l’information et sensibilisation, aide matérielle, contribution, au financement de nos projets, etc. Toute forme d’aide est la bienvenue. A bientôt de vous lire, nous en sommes sûres ! Merci de votre intérêt.

Notes

  1. (D’après Em Tempo. N° 222. Novembre 1987.)
  2. Managua, le 1 8 novembre 1987.

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