Femmes en 61
Entre révolutim et féminisme
A ne retenir de Mai 68 que les images d’< et les services d* ordre casqués masculins\ on finirait par croire que les femmes fure de cet exceptionnel mouvement social L ne peut changer fondamentalement cette Et pourtant, jamais génération féminine amtements entre les CRS s organisations d ’extrême gauche, quasiment absentes pture des deux tomes de Génération7 pression.
M aussi largement politisée.
Entre soixante-six et soixante-huit, elles ont participé activement aux luttes étudiantes contre la sélection à l’université, mais surtout on les retrouve massivement investies dans le mouvement de solidarité avec la révolution vietnamienne. On peut même dire que bien souvent, elles sont les véritables animatrices des comités de base qui voient le jour un peu partout. Plusieurs porte-paroles du CVN (Comité Vietnam national) sont des femmes. La révolte contre le génocide barbare du peuple vietnamien par l’armée américaine fut, on le sait, un puissant facteur de radicalisation. Mais la résistance héroïque des femmes vietnamiennes, armées comme les hommes, associées comme les hommes à l’autodéfense des villages, donna une raison supplémentaire aux jeunes femmes du monde entier de s’identifier à ce combat.
En Mai 68, les femmes furent de toutes les manifestations aussi violentes furent-elles. De là à dire qu’elles prenaient leur pied, comme de nombreux manifestants, au moment des charges, ce serait pour le moins abusif. Les femmes également ont participé à toutes les occupations d’université, certaines profitant de l’occasion pour mettre en place des crèches sauvages. Dans les usines, les femmes ne furent pas les dernières à bouger ni les premières à « rentrer » lorsque les bureaucrates syndicaux (des hommes principalement) ont considéré que la grève avait assez duré 2. A la base, pendant tout le mouvement, de très nombreuses femmes animent les comités d’action et dans les facultés elles rejoignent en masse les organisations d’extrême gauche même si souvent, elles les quittent plus rapidement que les hommes.
Actives autant que les hommes pendant tout le mouvement de Mai 68, les femmes n’en furent pourtant jamais les porte-paroles politiques. Jamais non plus à l’époque, elle ne furent intégrées dans les services d’ordre de tête considérés comme une affaire de mecs, sinon de « supers-mecs ».
La libération, une affaire individuelle ?
A l’évidence, l’existence d’un mouvement de femmes indépendant aurait quelque peu changé la physionomie de Mai 68. Mais c’est plus tard que celui-ci verra le jour, en 1970, si on le date des premières initiatives publiques minoritaires (août soixante-dix dépôt de la gerbe à la femme du soldat inconnu à l’Arc de triomphe). Plus tard encore si l’on prend comme réferences les initiatives et mobilisations de masse (1971, Manifeste des « 343 salopes » avortés, manif des femmes pour l’abrogation des lois réprimant l’avortement ; 1972, procès de Maire-Claire à Bobigny, 1973 création du MLAC). Si l’on admet que le mouvement des femmes est une retombée indirecte de l’ébranlement social, culturel provoqué par Mai 68, comment expliquer qu’il ne vît pas le jour plus tôt ? Peut-on dire que les femmes en 1968 n’étaient pas féministes ? Si être féministe signifie avoir compris que pour faire avancer les préoccupations spécifiques et leurs revendications, les femmes doivent s’organiser de manière indépendante et se mobiliser sans attendre l’accord ni le soutien des organisations de masse ou politiques mixtes (aussi à gauche soient-elles) alors incontestablement les femmes de Mai 68 n’étaient pas, dans leur majorité, féministes. Sur la question de la libération des femme's, ignorant l’histoire des luttes de femmes, elles étaient profondément individualistes. Elles étaient convaincues que pour se libérer, il suffisait de le vouloir. D’ailleurs une série de modifications objectives pouvaient les encourager à penser cela. De nombreuses femmes travaillaient dorénavant. Depuis la loi de 1968 elles pouvaient le faire sans autorisation préalable de leur mari (on en était f encore là, aussi incroyable que cela puisse paraître). La contraception sans être libre, n’était plus totalement illégale depuis 1967. Il fallait, bien sûr, trouver un médecin d’accord pour fournir une ordonnance. Pas si facile quand la contraception n’était pas libre pour les mineurs et que la majorité était toujours fixée à vingt et un ans... Mais tout de même, les choses bougeaient. Et puis n’étaient-elles pas la première génération de femmes à avoir poussé si loin les études. Pour la première fois les femmes étaient très nombreuses à avoir terminé leurs études secondaires et être entrées à l’université. N’y avait-il pas là une chance historique pour les femmes de rompre avec le rôle traditionnel que leur confie habituellement la société : s’occuper du foyer, du mari et des enfants ! D’ailleurs à l’université, les couples non mariés se multipliaient, plus libre incontestablement que la génération des parents. Pourtant et paradoxalement,
Entre soixante-six et soixante-huit, elles ont participé activement aux luttes étudiantes contre la sélection à l’université, mais surtout on les retrouve massivement investies dans le mouvement de solidarité avec la révolution vietnamienne. On peut même dire que bien souvent, elles sont les véritables animatrices des comités de base qui voient le jour un peu partout. Plusieurs porte-paroles du CVN (Comité Vietnam national) sont des femmes. La révolte contre le génocide barbare du peuple vietnamien par l’armée américaine fut, on le sait, un puissant facteur de radicalisation. Mais la résistance héroïque des femmes vietnamiennes, armées comme les hommes, associées comme les hommes à l’autodéfense des villages, donna une raison supplémentaire aux jeunes femmes du monde entier de s’identifier à ce combat.
En Mai 68, les femmes furent de toutes les manifestations aussi violentes furent-elles. De là à dire qu’elles prenaient leur pied, comme de nombreux manifestants, au moment des charges, ce serait pour le moins abusif. Les femmes également ont participé à toutes les occupations d’université, certaines profitant de l’occasion pour mettre en place des crèches sauvages. Dans les usines, les femmes ne furent pas les dernières à bouger ni les premières à « rentrer » lorsque les bureaucrates syndicaux (des hommes principalement) ont considéré que la grève avait assez duré 2. A la base, pendant tout le mouvement, de très nombreuses femmes animent les comités d’action et dans les facultés elles rejoignent en masse les organisations d’extrême gauche même si souvent, elles les quittent plus rapidement que les hommes.
Actives autant que les hommes pendant tout le mouvement de Mai 68, les femmes n’en furent pourtant jamais les porte-paroles politiques. Jamais non plus à l’époque, elle ne furent intégrées dans les services d’ordre de tête considérés comme une affaire de mecs, sinon de « supers-mecs ».
La libération, une affaire individuelle ?
A l’évidence, l’existence d’un mouvement de femmes indépendant aurait quelque peu changé la physionomie de Mai 68. Mais c’est plus tard que f
La libération, une affaire individuelle ?
i n et féminisme mtements entre les CRS fs organisations d'extrême gauche, quasiment absentes icture des deux tomes de Génération 1 pression.
(ut aussi largement politisée.
celui-ci verra le jour, en 1970, si on le date des premières initiatives publiques minoritaires (août soixante-dix dépôt de la gerbe à la femme du soldat inconnu à l’Arc de triomphe). Plus tard encore si l’on prend comme références les initiatives et mobilisations de masse (1971, Manifeste des « 343 salopes » avortés, manif des femmes pour l’abrogation des lois réprimant l’avortement; 1972, procès de Maire-Claire à Bobigny, 1973 création du MLAC). Si l’on admet que le mouvement des femmes est une retombée indirecte de l’ébranlement social, culturel provoqué par Mai 68, comment expliquer qu’il ne vît pas le jour plus tôt ? Peut-on dire que les femmes en 1968 n’étaient pas féministes ? Si être féministe signifie avoir compris que pour faire avancer les préoccupations spécifiques et leurs revendications, les femmes doivent s’organiser de manière indépendante et se mobiliser sans attendre l’accord ni le soutien des organisations de masse ou politiques mixtes (aussi à gauche soient-elles) alors incontestablement les femmes de Mai 68 n’étaient pas, dans leur majorité, féministes. Sur la question de la libération des femme’s, ignorant l’histoire des luttes de femmes, elles étaient profondément individualistes. Elles étaient convaincues que pour se libérer, il suffisait de le vouloir. D’ailleurs une série de modifications objectives pouvaient les encourager à penser cela. De nombreuses femmes travaillaient dorénavant. Depuis la loi de 1968 elles pouvaient le faire sans autorisation préalable de leur mari (on en était encore là, aussi incroyable que cela puisse paraître). La contraception sans être libre, n’était plus totalement illégale depuis 1967. Il fallait, bien sûr, trouver un médecin d’accord pour fournir une ordonnance. Pas si facile quand la contraception n’était pas libre pour les mineurs et que la majorité était toujours fixée à vingt et un ans... Mais tout de même, les choses bougeaient. Et puis n’étaient-elles pas la première génération de femmes à avoir poussé si loin les études. Pour la première fois les femmes étaient très nombreuses à avoir terminé leurs études secondaires et être entrées à l’université. N’y avait-il pas là une chance historique pour les femmes de rompre avec le rôle traditionnel que leur confie habituellement la société : s’occuper du foyer, du mari et des enfants ! D’ailleurs à l'université, les couples non mariés se multipliaient, plus libre incontestablement que la génération des parents. Pourtant et paradoxalement, l’ampleur des mobilisations de Mai 68 tout en contribuant saper toutes les valeurs établies, les institutions, le mariage bourgeois comme le reste, retarda aussi d’une certaine manière la conscience d’une oppression spécifique des femmes et nécessité de s’organiser pour lutter contre. La révolution pour bientôt n’allait-elle pas balayer tous les ports de domination ? Les organisa tions révolutionnaires n’avaient-elles comme programme la remise en cadre étriqué de la famille, la socialisation’ des tâches domestiques et de des enfants ? La liberté sexuelle pas un principe défendu par tous reste ne relevait-il pas de la vie de chacun, de chacune ? Pourtant, le temps et l’expérience, ce qui toléré (mal) au nom des urgences priorités par de nombreuses militantes vînt insupportable : l’absence de sur tout ce qui fait la vie quotidienne l’extérieur ou à l’intérieur ds organisations politiques , le paternalisme ou politique des militants vis-à-vis l’organisation ; la grossièreté et même brutalité de certains vis-à-vis des sation par un tel de son prestige draguer sans scrupule toutes les « pour toutes les militantes de se faire reconnaître politiquement sans parler des problèmes trivaux de la vie de tous les jours : qui garde le gamin pendant que monsieur est en réunion, qui s’occupe des courses, etc. ? Tous ces sujets qui ont nourri la vie du mouvement des femmes, les militantes des organisations d’extrême gauche ont eu du mal à les exposer. La peur de ne pas être assez « politique », d’encombrer les réunions si chargées de « petits problèmes » mesquins, de diviser aussi, les a retenues longtemps. Mauvaise conscience, quand tu tiens les femmes ! Et puis pouvait-on envisager de créer une organisation séparée de femmes sans alimenter la division et le sectarisme des organisations d’extrême gauche ? Le « miracle » de la lutte sur l’avortement et la contraception fut précisément de réconcilier lutte collective et vie privée, mobilisation politique de masse, unitaire et intérêt personnel, revendication populaire et préoccupations des femmes. Pour une fois en politique, ce n’était pas seulement la traditionnelle « générosité » des femmes, leur sens du dévouement aux autres qui étaient mis à contribution. Il fallut toute la dynamique de cette lutte spécifique pour que s’opère la fusion entre la radicalisation politique générale des femmes de la génération soixante-huit et le féminisme.
Claire Bataille
Notes
- 1. Génération en deux tomes de P. Rotman et H.-Hamon, éd. du Seuil.
- 2. Voir à ce sujet le bouleversant document sur «la reprise du travail chez Wonder ».