La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Editorial

Génération féministe

Cahiers du féminisme, n° 44, printemps 1988 · p. 3 · 362 mots

Pour la droite , on le sait, les femmes n ’existent pas : seule existe la famille, « facteur de cohésion et d’unité sociale face à des fléaux comme la drogue ou le Sida » (sic !) ou « la mère de famille nombreuse » *.

Pour l’extrême droite, seules existent les familles « françaises ». Pour eux tous, la grande majorité des femmes n ’existe pas : celles qui sont tout simplement à la recherche d’un travail ; celles qui ont la « chance » d’en avoir un, mais tellement épuisant quelles ont bien souvent le sentiment de perdre leur vie à la gagner ; celles qui aspirent à participer à la vie politique et sociale, à avoir des enfants (un, ou deux ou plus) sans être confinées dans leur fonction maternelle, ou à exercer leurs capacités créatrices autrement ; celles — immigrées ou réfugiées — qui désirent être reconnues comme des citoyennes à part entière ; celles qui ne veulent plus vivre dans une société d’oppression et d’exploitation...

Pourtant, elles furent à l’initiative de ce formidable mouvement de luttes qu’a été le mouvement féministe ; elles étaient présentes ô combien dans les luttes sociales plus récentes comme celles des instituteurs et institutrices ou celles des étudiant(e)s en 1986. Ce sont toutes ces femmes qui devraient pouvoir se reconnaître dans le mouvement qui s’est dessiné autour de la candidature de Pierre Juquin, du moins toutes celles qui pensent qu’il y a encore des droits à conquérir pour les femmes. Cette période politique peut être l’occasion pour nous, en effet, non seulement d’actualiser les axes de luttes mis en avant par le mouvement féministe mais aussi de réfléchir sur les moyens indispensables pour aboutir à l’égalité réelle et à une transformation profonde des rapports sociaux. Ce qui signifie réfléchir également aux conditions nécessaires au redémarrage d’un mouvement social et politique massif dont les luttes de 1986 nous ont donné un avant-goût. Car c’est une autre logique que celle du profit qu’il faut imposer, celle de la satisfaction des besoins sociaux.

Utopique ? Dans une certaine mesure, oui, mais n ’est-ce pas réaliste si l’on veut remettre en cause l’oppression des femmes ?

Notes

  1. Cf. Discours de Chirac le 6 février 1988 à Versailles.

Une erreur sur cette page ?