La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Editorial

Lourdes menaces

Cahiers du féminisme, n° 45, été 1988 · p. 3 · 485 mots

Cette élection présidentielle, chacun la savait grosse d’enjeux, peu ont soupçonné l’ampleur des bouleversements quelle allait entraîner.

Tout est venu du score de Le Pen. Avec plus de 14 % des voix, le Front national s’est affirmé comme force politique de premier plan, talonnant le RPR et l’UDF, laissant loin derrière lui le Parti communiste avec lequel il avait fait jeu égal en mars 1986. Compte tenu du fond auquel puise Le Pen, et que nul ne peut plus ignorer depuis la sinistre affaire du « détail », cela signifie la montée en puissance d’un courant ouvertement fasciste. Déjà suffisamment fort pour faire éclater la droite en trois morceaux, ce qui a mis la victoire hors de portée de Chirac, le courant de Le Pen n ’a pas épuisé ses possibilités électorales. Aussitôt, le RPR, par la voix de Pasqua, a engagé dans sa direction d’indécentes avances : « Sur l’essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité. » Ces « valeurs » quelles sont-elles ? Le racisme et l’exclusion, l’ordre et la force. C’est une lourde et brune menace qui, dès lors, obscurcit l’horizon. Le vote qui a assuré la réélection de Mitterrand était un vote de barrage à une droite réactionnaire de plus en plus empêtrée dans ses connivences et complicités avec le Front national II était, sans conteste, nécessaire. Mais soyons lucides quant à ses limites. Sans bilan de la faillite de la politique menée de 1981 à 1986, ni engagement au regard des revendications, Mitterrand s’est simplement présenté comme « garant de la paix civile » et rassembleur des Français. Ce n’est pas ainsi que l’on combattra des dangers à présent évidents et que l’on répondra aux aspirations du plus grand nombre. Il y faudra la mobilisation, unitaire et déterminée, de toutes celles et tous ceux qui se trouvent menacés et veulent le changement : les immigrés, les travailleurs, les jeunes et... les femmes. Les femmes qui savent bien ce que veut dire le discours de l’ordre et de la force virile. La famille et la fécondité (l’une et l’autre françaises, bien sûr) font déjà un retour en force. Elles valent première invitation à retourner au foyer... Sans doute n ’est-ce pas un hasard si, pour la première fois, les femmes ont voté plus à gauche que les hommes, en particulier du fait que l’électorat lepéniste est plus nettement masculin (17 % des hommes ont voté Le Pen, contre 10 % des femmes, si Ton en croit une étude CNRS-BVA-le Monde ). Cette élection a aussi marqué, en particulier grâce à la campagne de Pierre Juquin, les progrès d’une prise de conscience prometteuse : l’intolérable d’une vie politique qui marginalise et exclut les femmes. Parions que, dans la situation nouvelle ouverte par l’élection présidentielle, ces questions vont prendre leur véritable dimension. La mobilisation et les recompositions quelle appelle ne sauraient faire l’économie du féminisme.

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