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En France si vous saviez

Présidentielles : Le féminisme dans la campagne... et après

· Cahiers du féminisme, n° 45, été 1988 · p. 4-6 · 2 147 mots

La campagne autour de la candidature de Pierre Juquin a été d'emblée placée sous le signe du féminisme. Dans son livre de présentation, Fraternellement libre, le candidat insistait déjà sur deux thèmes fondamentaux : d'une part la reconnaissance et la valorisation des mouvements sociaux récents, dont le mouvement des femmes ; d'autre part, parmi Jes axes politiques mis en avant, la question de l'égalité et de la parité. L 'intégration d'une féministe de longue date, Maya Surduts, dans l'équipe de direction de la campagne, a ensuite officialisé ces choix.

La « question femmes » n'était donc pas considérée comme un supplément d'âme mais comme une des priorités de la campagne. Du moins, telle était l'intention proclamée. La pratique fut parfois plus contradictoire.

Une commission femmes s’est tout de suite mise en place. Elle s’est voulue à l’image des différentes forces de soutien rassemblées dans cette campagne et a permis la rencontre entre femmes venant d’horizons différents : des militantes du mouvement féministe, des jeunes étudiantes, des syndicalistes, des rénovatrices, des femmes de la LCR, de la FGA, etc.

Des initiatives de la Commission femmes

L’objectif premier était de s’adresser à toutes et à tous les militants des comités de soutien, et plus largement à toutes les femmes. Ce qui n’a pas forcément été toujours facile.

Les différentes initiatives nous ont permis de constater l’hétérogénéité des expériences, des vécus, des consciences. Hétérogénéité qui, tout en faisant la richesse de ce mouvement, a été aussi parfois un facteur de faiblesse. Ainsi, pour certaines femmes, réfléchir aux revendications des femmes, aux inégalités de leur situation, ne pouvait se concevoir que dans un cadre très traditionnel : comment « concilier » vie professionnelle et vie privée — cette question n’étant posée que pour les femmes. Dans de nombreux meetings, par exemple, des femmes ont demandé à Pierre Juquin ce qu’il faisait en faveur du temps partiel.

De même, pour certaines femmes, l’existence d’une commission femmes ne se justifiait pas, elles y voyaient au contraire un facteur de marginalisation, souhaitant s’intégrer dans les comités et y trouver leur place sans se revendiquer en tant que femmes. Commission femmes ou pas, la place des femmes reste à trouver. Elles ne sont aujourd’hui que 26 % dans les comités, ni plus ni moins que dans les partis traditionnels.

Les différentes initiatives prises par la commission femmes n’en ont pas moins été des succès. La brochure l’Egalité c’est un droit, dont l’objectif était d’inciter à la réflexion et à la discussion sur la situation et les revendications des femmes, a été vendue à plus de deux mille exemplaires et a donné lieu à des débats dans plusieurs comités de soutien.

L’affluence aux « Dix heures pour les femmes », organisées par la commission, le 28 février, au Cirque d’hiver à Paris, fut très réconfortante : mille quatre cents personnes environ y ont participé. On a pu noter cependant dans la plupart des forums, un certain attentisme de la salle, auquel le déroulement des débats n’a pas toujours répondu. Nous savons qu’il s’agit là d’une entreprise de longue haleine...

En province également, des débats spécifiques sur la question des femmes ont été organisés dans un certain nombre de villes et à chaque fois, la participation fut importante. Un exemple parmi d’autres : à Toulouse, où une commission femmes s’était là aussi mise en place, les copines de cette commission ont invité Dorothée Piermont, la représentante des Verts allemands au Parlement européen, pour parler de son expérience et de la place des femmes dans cette organisation. Plus de deux cents personnes ont participé à ce débat, dont 80 % de femmes : un succès !

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Les axes politiques mis en avant, rompant avec l’angle d’attaque féministe traditionnel ou avec l’approche syndicaliste, ont permis de lancer une campagne originale.

Parité et égalité

Tout d’abord la parité : loin des quotas, cette revendication pose d’emblée l’objectif à atteindre. Il est évident que la présence de femmes dans toutes les institutions et les instances de direction politiques en proportion de leur nombre dans la « vie civile » modifierait fondamentalement la société et les rapports hommes-femmes. Loin de nous l’idée que les femmes dans leur totalité aient un rapport différent au pouvoir ; mais il est cependant vrai que la situation d’infériorité et d’oppression où elles sont cantonnées leur fait appréhender le monde différemment.

Mais une telle modification structurelle ne pourra se produire sans un fort mouvement de masse. Elle sera à la fois le résultat et la cause d’une véritable prise en charge des conditions de vie des femmes, des revendications qui leur sont propres et qui deviendront enfin l’affaire de tous. Une loi dans ces conditions peut paraître dérisoire : une loi non appliquée fait-elle réellement progresser les consciences ? Pour obtenir la parité, nous devons tous et toutes nous remettre sérieusement en question.

L’autre axe de la campagne, le droit à l'égalité, soulève autant de problèmes, de débats : l’égalité, qu’est-ce si cela reste formel ? Rien, ou plutôt si : un symbole méséducatif. Pour nous une véritable campagne sur l’égalité doit diffuser une analyse sur le pourquoi de l’inégalité, sur l’oppression millénaire des femmes, sur l’exploitation éhontée par le patronat de la division sexuelle, sur une remise en cause fondamentale de la division des tâches et des rôles, sur une dénonciation d’une société sexuée où la politique se conjugue au masculin et le privé/social au féminin. Nous pouvons constater que ces deux batailles ne font que commencer. En effet, six mois après, où en est-on ?

Premiers résultats

Le résultat électoral un peu décevant obtenu par Pierre Juquin (2,1 %) doit nous interroger. De surcroît, il est vraisemblable que les femmes ont beaucoup moins voté Juquin que ses déclarations de principe résolument féministes pouvaient le faire espérer.

Les raisons en sont multiples, dont la plupart rejoignent les critiques et remarques que l’on peut faire à propos de l’ensemble de la campagne. Première remarque : le contexte de crise a favorisé la polarisation à droite. La remontée des luttes est restée trop limitée pour permettre de retrouver un climat de confiance dans une force collective. Ceci est particulièrement vrai pour les femmes : pour résoudre leurs problèmes, elles sont comme d’habitude confrontées aux solutions individuelles. Un exemple parmi d’autres : la lutte contre le temps partiel, de même que celle pour l’obtention d’équipements collectifs en nombre et de qualité, sont loin d’être devenues pleinement mixtes... Ainsi, dans un contexte social agressif, l’atomisation reste le lot pour toutes.

Deuxièmement, rendre crédible en si peu de temps le mouvement qui a commencé à se construire autour de la candidature Juquin était une gageure. L’homogénéisation des forces en présence est encore à construire : nous le savions mais notre impatience grandit notre déception. La durée de la campagne n’a pas permis une confrontation suffisante sur les axes revendicatifs et cela a été un obstacle tout particulièrement pour les femmes, pour lesquelles les revendications ne peuvent se résumer en un seul mot d’ordre.

Néanmoins, dans ce climat de dispersion, nous pouvons nous féliciter du travail réellement collectif de la commission femmes, qui a permis d’intégrer les acquis des luttes passées. Si la jonction avec les femmes participant ou non à des comités ne fait que commencer, tous les espoirs sont permis.

Troisième remarque enfin, les erreurs commises dans la dernière ligne droite n’ont pas permis de capitaliser le climat de sympathie qui s’était manifesté lors de l’annonce de la candidature de Pierre Juquin. Pourquoi par exemple parler de « société du troisième type », alors que nous sommes confrontées à des problèmes si présents, si loin d’être résolus ? La bagarre menée auprès du candidat pour qu’il intègre totalement l’analyse de l’oppression des femmes et la nécessité d’un mouvement autonome des femmes, et pour obtenir la reformulation de revendications toujours pensées au masculin, cette bagarre n’a hélas pas toujours abouti.

Des batailles décisives

Que nous reste-t-il à faire ?

Beaucoup. La première bataille, au vu du score du Front national, doit être la bataille contre les propositions réactionnaires de Jean-Marie Le Pen et de son état-major : pour la défense du droit à l’avortement, pour le droit au travail des femmes, contre la proposition démagogique de « salaire maternel » qui signifie purement et simplement le retour des femmes au foyer. Cette bataille sera dure, si l’on en juge par tous ceux qui sont sensibles aux sirènes de Le Pen : Pasqua, en reconnaissant que « le Front national se réclame pour l’essentiel des mêmes valeurs que la majorité », dit brutalement ce que beaucoup sont prêts à accepter. Nous nous opposerons à ce que la famille devienne la valeur universelle de la « France unie ».

Ensuite, nous savons qu’une véritable force politique de gauche ne se construira pas sans la participation effective des femmes, sans leur adhésion. Nous devons faire en sorte que les plate-formes, programmes, manifestes, prennent en compte les préoccupations de toutes et tous. C’est une modification de fond qui est visée là. De plus, nous connaissons la difficulté des femmes à s’intégrer, à se sentir partie prenante d’un mouvement politique. Cette difficulté existe, ne le nions pas. Analysons ensemble les fondements d’une situation qui ne saurait se prolonger, essayons de trouver des solutions. On peut d’ores et déjà indiquer quelques repères, même si cela reste notoirement insuffisant : la première obligation, c’est qu’il y ait une large démocratie, une transparence des débats. La deuxième est bien sûr un travail collectif.

Nous savons aussi que s’il n’y a pas un rapport de forces collectif pour imposer ces changements en profondeur, nous risquons fort de piétiner. Le mouvement des femmes a subi, comme toutes les forces sociales, les effets conjugués d’une crise économique prolongée et d’une offensive idéologique prônant l’individualisme et le libéralisme. Nous ne pouvons nous satisfaire de son éclatement, de sa division, même s’il est réconfortant de savoir qu’un peu partout il se passe encore des choses. Pour nous, la diversité des points de vue et des analyses n’interdit pas les luttes communes.

En tout cas, nous ferons tout pour nous retrouver toutes pour faire barrage aux futures attaques aussi bien économiques qu’idéologiques dont les femmes seront victimes.

Marie-Annick Vigan

Pour l’égalité : Tout reste à faire 1

U est de bon ton d’affirmer aujourd’hui que la situation des femmes est réglée et qu’à n’y pas de problèmes. C’est

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L’inégalité et l’oppression des femmes restent un des archaïsmes majeurs de notre époque. La division sexuelle du travail et du pouvoir perdurent depuis des siècles. Rien n’est jamais pareil pour une femme et pour homme, que ce soit à la maison, au travail ou dans la vie sociale et politique.

Certaines revendications concernant l’ensemble du monde du travail sont particulièrement importâmes pour l’accession des femmes à l’égalité, il faut aujourd’hui s’attaquer au développement du travail précaire qui touche

Des mesures immédiates s’imposent : le relèvement du SMIC à six mille francs, la diminution du temps de travail sans baisse de salaire, la création d’un revenu minimum garanti. Pour aboutir, cela suppose un vaste mouvement social dans lequel les femmes soient totalement engagées.

Tout cela est nécessaire mais ne suffira pas. Concernant l’égalité professionnelle par exemple, il faut traiter le problème sous tous ses aspects (salaires, formation initiale et continue, filières, qualifications, etc.), imposer des obli- femmes sur le terrain et dans les procédures judiciaires, si l’on veut combattre le sexisme qui imprègne aussi le monde du travail et enrichir la lutte d’ensemble nécessaire contre les atteintes portées au droit du travail,

La reconnaissance du droit à l’autonomie passe également par une réforme de la fiscalité (imposition individuelle). Nous dénonçons la campagne idéologique tendant à valoriser la mère de famille nombreuse au foyer. C’est dans ce cadre que la notion de quotient familial pour les impôts doit être supprimée, une allocation d’un même la situation et les revenus des parents.

Un certain nombre de droits doivent être encore étendus. N'oublions pas que les femmes immigrées n’ont en France m le droit de voter ni même celui de disposer de titres de séjour et de travail autonomes.

femmes ont obtenu par une lutte considérable. Les restrictions à ce droit demeurent nombreuses et les retours de pourquoi nous revendiquons la dépénalisation totale de l’avortement

Ne serait-il pas normal qu’il y ait autant de femmes que conditions soient remplies. Il faut changer la vie quotidienne des femmes et des hommes comme il faut changer la politique qui se conjugue aujourd’hui au masculin.

Vouloir l’égalité, ce n’est pas demander aux femmes de devenir des hommes mais les reconnaître comme sujets.

Si la logique reste celle de la loi du profit et de la division sexuelle, il est illusoire de croire que l’on peut en finir avec l’oppression des femmes. L’eryeu -et le mouvement des femmes l’a fortement mis en évidence ces dernières années ~ c’est la transformation complète, radicale des et de sexe.

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