Le 23 septembre dernier, le ministre de la Santé autorisait la commerciaiisation du Rü 486. ün mois après, le 26 octobre exactement, la direction de Roussel-üclaf annonçait la suspension de la diffusion de son produit « devant l 'émotion d’une partie de l’opinion publique et étrangère ». C’est avec étonnement, scepticisme et indignation que fut accueillie cette décision qui privait les femmes de la possibilité d’avorter sans intervention instrumentale. Les réactions d’un certain nombre de personnalités, du Planning familial, des féministes, des partis de gauche et des syndicats furent telles que le ministre de la Santé, d’abord muet, dut « mettre en demeure » Roussel-üclaf de reprendre la diffusion de sa pilule abortive. La Firme, au grand dam des catholiques militants, obtempéra immédiatement.
L’alerte est donc passée, provisoirement, et les femmes en sont soulagées. Pour autant, les raisons de cette décision surprenante n’ont pas été toutes clarifiées et, dans cette affaire, il est certain en revanche que l’intérêt des femmes a été le cadet des soucis de ceux qui ont pris les décisions.
Pour expliquer la décision brutale de la firme Roussel-Uclaf, on a surtout invoqué le chantage, les menaces de boycott des lobbies anti-avortement en France, en Allemagne et en premier heu aux USA. Ce fut du moins la raison officielle avancée par la multinationale. Elle était d’autant plus convaincante à l’époque que, aux USA, l’avortement était au cœur de la campagne électorale et que le président élu fût bien celui qui mit au centre de sa campagne la remise en cause du droit des femmes à l’avortement acquis depuis 1973 aux Etats-Unis. On sait par ailleurs que les deux principales associations anti-avortement aux USA, Operation Rescue (Opération et survie) et The Right to Life Movement (Le mouvement pour le droit à la vie), sont assez puissantes aujourd’hui pour organiser des attaques contre des cliniques et hôpitaux qui pratiquent l’avortement et pour pousser à la fermeture une entreprise comme Prostin, qui avait mis au point en 1985 un produit permettant d’avorter après le troisième mois.
Le diktat des bigots ?
En France même, on découvrait avec stupeur qu’en 1988 l’action musclée d’activistes catholiques d’extrême droite pouvait empêcher la distribution d’un film comme la Dernière Tentation du Christ ou pertuber la projection du film de Chabrol, Une affaire de femmes. Bombes lacrymogènes et bombes tout court avaient déjà fait plusieurs victimes.
Pourtant, malgré la vraisemblance des raisons mises en avant par Rous-sel-Uclaf, on mit en doute celles-ci car,
RU 486 : mode d’emploi
Le RU 486, associé à la prostaglandine, ne pourra légalement être prescrit au-delà du quarante-neuvième jour compté à partir du premier jour des dernières règles, c’est-à-dire dans un délai maximum de trois semaines de retard de règles.
La prise de trois comprimés de RU 486 devra se faire à l’hôpital devant le médecin puis, quarante-huit heures plus tard, la prostaglandine sera injectée ou administrée sous forme d’ovule intravagi-nale. Un contrôle par échographie est ensuite indispensable pour vérifier la vacuité de la cavité utérine.
L’importance des saignements est variable suivant les femmes mais les hémorragies sont exceptionnelles.
Si l’expulsion de l’oeuf est incomplète, l’IVG est parachevée par aspiration. A l’hôpital Broussais, à Paris, sur trois cent cinquante femmes qui ont avorté avec le RU, seules cinq ont dû subir une aspiration complémentaire.
Les femmes candidates à 1TVG par le RU 486 doivent par ailleurs signer un document les informant des risques de malformations fœtales au cas où la prise de RU n’aurait pas conduit à une interruption de grossesse. Elles s’engagent à accepter un avortement par aspiration au cas où le RU aurait échoué.
la France, ce n’est tout de même pas l’Amérique ! Il y a quinze ans que la loi Veil a été votée et aujourd’hui la majorité de l’opinion, y compris à droite, admet le bien-fondé d’une telle loi. Une grande majorité de femmes est favorable au RU 486 (cf le sondage organisé pour le Nouvel Observateur) et une majorité d’entre elles conteste à l'Eglise le droit d’intervenir sur cette question. Seule une minorité d’intégristes religieux, alliée à l’extrême droite militante, a fait campagne contre le RU, comme elle a toujours condamné le droit à l’avortement.
Qu’est-ce qui avait donc bien pu faire reculer Roussel-Uclaf? Le cardinal Decourtray, président de la conférence épiscopale, dénonça le titre de Libération, « Le diktat des bigots », et le cardinal Lustiger suggéra que Roussel-Uclaf était « en train d’essayer de faire porter le chapeau » à la hiérarchie catholique alors que sa décision était la conséquence de problèmes de « pharmacovigilance », en clair de problèmes d’effets secondaires dangereux et mal contrôlés.
La firme elle-même, loin de contrer une telle hypothèse, l’alimenta pour justifier sa décision. « Dans un environnement religieux ou moral hostile, expliqua P. Joly, vice-président du groupe, il est possible qu’une femme qui a commencé le traitement au RU 486 l’interrompe et prenne ainsi le risque minime de donner naissance à un enfant anormal. » L’argument est d’autant moins sérieux pour la France que les femmes ne peuvent y bénéficier du RU que si elles s’engagent par écrit à avorter par la méthode Karman au cas où le RU aurait échoué !
En fait, ce ne sont ni les considérations « morales » ni le souci de préserver la santé des femmes qui ont guidé les choix de Roussel-Uclaf. C’est fondamentalement une question de profit qui a motivé un tel revirement.
Le profit, rien que le profit...
De ce point de vue, il faut bien comprendre que tout a changé entre 1982, date de synthèse du RU 486, et aujourd’hui. Les débouchés se sont réduits et, par voie de conséquence, les bénéfices escomptés également. Aucun mystère là-dessous. Il suffit pour s’en convaincre de mesurer l’écart entre l’utilisation prévue en 1982 de la molécule découverte par le Pr Beaulieu et l’utilisation actuelle du RU 486 telle qu’elle a été codifiée par le ministère de la Santé.
Un petit rappel historique n’est pas inutile. Lorsqu’en 1982, en effet, on parla pour la première fois des propriétés étonnantes du RU 486, molécule mise au point sous la direction du Pr Beaulieu, on annonça pour... 1984 au plus tard la commercialisation de cette nouvelle « pilule miracle » qui ouvrait l’ère de la contraception ponctuelle de fin de cycle (la contragestion) et de l’avortement médicamenteux pour un retard de règles pouvant théoriquement aller jusqu’à six et même huit semaines.
C’est avec un très grand intérêt, mais en même temps avec une certaine défiance, que les féministes avaient écouté la communication du Pr Beaulieu au colloque du Planning familial en décembre 1982, il y a six ans maintenant. A l’en croire, d’ailleurs, seul l’intérêt des femmes guidait ses propres recherches et inspirait le laboratoire Roussel-Uclaf. L’on vient de voir ce qu’il en était de ces bonnes intentions !
En tout état de cause, il aura fallu six ans pour que ce nouveau produit soit commercialisé et mis à la disposition des femmes, mais dans des conditions très restrictives qui s’expliquent autant par des considérations médicales que par la volonté de ne pas contourner les limites imposées par la loi Veil (cf. la position du Comité d’éthique). Dans ces conditions, plus question de vente en pharmacie et adieu les profits illimités, du moins pour l’instant !
De la pilule « miracle » à la pilule abortive
Mais sans doute faut-il rappeler le principe même du RU 486. Lorsqu’il y a fécondation, la progestérone (une des hormones naturelles) est indispensable pour favoriser la prolifération de la muqueuse utérine qui permet l’implantation de l’ovule fécondé dans l’utérus. Le RU 486 est une molécule chimique qui bloque le récepteur cellulaire de la progestérone pour interrompre le cycle menstruel, en clair produire les règles ou interrompre une grossesse. D’où l’idée géniale de départ d’utiliser le RU comme pilule contraceptive de fin de cycle d’abord, comme pilule abortive ensuite.
Les essais médicaux ont malheureusement montré qu’il était impossible aujourd’hui de l’utiliser comme pilule « contragestive » de fin de cycle mais seulement comme pilule abortive, et encore moyennant certaines précautions médicales. En effet, pour garantir une plus grande efficacité du RU (à 95 %), il faut lui associer une faible dose de prostaglandine (une autre substance hormonale) qui provoque des contractions utérines. Cette méthode déclenche donc une fausse couche spontanée. Elle exige un contrôle médical pour faire face à une éventuelle hémorragie importante (rare semble-t-il) et pour vérifier par échographie que le contenu de l’utérus a bien été évacué.
Pas question, donc, d’avoir recours de manière répétée à cette pilule abortive et encore moins de l’utiliser comme méthode contraceptive. On comprend du coup la déception du groupe Roussel-Uclaf. Même largement diffusé de par le monde et notamment dans les pays du tiers monde sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en particulier en Chine où il fut expérimenté, ce produit risquait de rapporter « plus de gloire que de dollars ». Le Pr Beaulieu, pour sa part, déclarait en septembre à Libération que le bénéfice serait « plus moral et humanitaire que financier ». Même si nous ne sommes pas obligés de tenir pour conformes à la réalité de tels propos, il est clair néanmoins que les bénéfices attendus étaient largement en dessous de ce qui avait été prévu initialement.
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Six ans qui changent tout
19 avril 1982 : le Pr Beaulieu, dans une communication officielle à l’Acamédie des sciences, annonce que, en collaboration avec d’autres chercheurs des laboratoires Roussel-Uclaf, il vient de synthétiser une nouvelle substance, le RU 486.
Décembre 1982 : au colloque du Planning familial, le Pr Beaulieu expose le principe d’action du RU 486, qui devrait permettre non seulement des avortements médicamenteux mais aussi une contraception ponctuelle de fin de cycle : la « contragestion ». Il prévoit la commercialisation de cette pilule « miracle », pour... 1984 au plus tard.
16 décembre 1987 : le Comité national d’éthique se prononce pour l’utilisation du RU 486 « dans le cadre des lois en vigueur et sous surveillance médicale ; le produit, s’il peut, en effet, éviter le recours à une intervention chirurgicale ne doit pas pour autant entraîner une augmentation du nombre d’IVG ». Il recommande de « n’autoriser la prescription et l’emploi de ce produit que dans les centres hautement spécialisés ».
15 janvier 1988 : la commission d’autorisation de mise en vente sur le marché des médicaments (AMM) retarde la commercialisation du RU. Elle considère que le dossier de Roussel-Uclaf est « incomplet » et demande des informations complémentaires. Elle s’inquiète semble-t-il de l’efficacité à 85 % seulement du RU 486 lorsqu’il est utilisé seul.
23 septembre 1988 : Claude Evin, ministre de la Santé, autorise la mise sur le marché du RU 486, mais il ne pourra être utilisé qu’à l’hôpital et dans les limites strictes imposées par la loi Veil.
26 octobre 1988 : Roussel-Uclaf suspend la commercialisation du RU 486.
28 octobre 1988 : Roussel-Uclaf, obéissant à la « mise en demeure » du ministre de la k Santé, accepte de reprendre la diffusion du RU. ,
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Les réactions
# Première réaction du ministre de la Santé, le socialiste Claude Evin : il n’y a pas « de raison de publier un communiqué sur cette décision, prise par un laboratoire privé, pour des raisons qui lui sont propres ».
• Hélène Dorlhac, secrétaire d’Etat chargée de la Famille, s'est déclarée pour sa paît, « à titre personnel, satisfaite »•. « Je suis satisfaite de ce retrait, comme du retrait des films pornographiques aux heures de grande écoute, comme de tout ce qui peut protéger lénfanL » {sic)
• Michèle André, secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, s’est étonnée au journal d’Antenne 2 « des réactions d’intolérance qui se manifestent C’est très dommage pour les femmes . C’est un recul »,
# Michèle Barzach, dans Libération du 28 octobre 1988, déclarait à E. Favereau: « L’avortement, dans notre pays, est légalisé. Avec cette pilule, 17 VG pouvait être moins agressive. Et il est difficile, voire incompréhensible -sauf je le répète à vouloir remettre en cause la loi — de s’opposer à une méthode moins lourde, plus positive. Ou alors, il faut le dire ouvertement, les femmes doivent avorter dans la douleur, comme pour être punies de leurs gestes. Ce n’est pas sérieux. »
Et, quand on lui pose la question : « si vous étiez encore ministre de la Santé, auriez-vous adopté la même attitude [que Claude Evin j ? », elle répond : « En aucun cas. J’aurais dit ce que je viens de vous dire, et je m’inquiète du silence de mon successeur. »
% Le Planning familial a immédiatement et vigoureusement réagi ; il « proteste énergiquement contre ce nouvel assaut des forces conservatrices religieuses » et estime que, « après avoir allumé les feux de l’intolérance avec le film de Scorcese, les intégristes et réactionnaires catholiques veulent imposer leurs lois rétrogrades aux femmes ».
• Dès l’annonce par RousseHJclaf de l’arrêt de la diffusion du RU 486, un petit groupe de féministes et de chercheuses a commencé à faire circuler une pétition demandant ma gouvernement de prendre des mesures pour défendre un produit « susceptible d’ouvrir un espace de liberté pour les femmes » :
« Notts, qui avons lutté pendant des années contre l’hécatombe dm à l’avortement clandestin, puis qui avons réclamé en juin dernier la constitution d’un vrai ministère des Droits des femmes, nous nous étonnons de ta faible réaction des pouvoirs publics face à cette décision : le ministère de la Santé aurait déjà dû prendre position ; le ministère de la Recherche est muet, alors qu’il s’agit d’une découverte d’un établissement public de recherche scientifique ; et M"e André, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, a seulement regretté l’intolérance des groupes de pression catholiques.
« Nous tenons à rappeler que la publicité pour tes produits contraceptifs continue d’être illégale. En 1987, Michèle Barzach, alors ministre, ne l’a même pas autorisée pour les préservatifs masculins l Seule la capacité de ces derniers à protéger de la contagion du SIDA peut être évoquée de manière licite, non leur vertu contraceptive . Quarante ans après la publication du Deuxième Sexe, le diagnostic d’hypocrisie formulé par Simone de Beauvoir reste donc vrai. Les femmes ont obtenu quelques concessions , non une législation authentiquement respectueuse de leurs droits. Elles continuent d’être exposées à des débuts involontaires de grossesse par des pouvoirs publics qui, lorsqu 'elles demandent la démocratie, n ’entendent, eux, que la démographie. Il est parfaitement scandaleux que des lobbies catholiques américains (ou les intérêts financiers des firmes pharmaceutiques américaines ?) fassent obstacle à la liberté des femmes françaises aujourd’hui, et du monde � entier demain. » _ _ �
Dans ce contexte, les limites draconiennes imposées par la loi Veil et les menaces de boycott des autres médicaments de la firme Roussel-Uclaf, aux USA principalement, ont bien pu dissuader provisoirement l’entreprise de poursuivre la production et la commercialisation de ce produit réservé à l’usage des hôpitaux. Encore que... Libération, se faisant l’écho de certaines rumeurs, n’écarte pas complètement un véritable « coup monté » de la direction de la firme qui aurait cherché par ce moyen à obtenir la « couverture » officielle du gouvernement français et à dégager, face aux associations intégristes anti-avortement, sa propre responsabilité dans la diffusion du RU. Une manière comme une autre de se protéger contre les conséquences commerciales d’un éventuel boycott.
En fait, tout est possible et il y a peu de chances pour que nous arrivions à connaître le fond de l’affaire. La « transparence » n’est pas exactement une vertu des entreprises capitalistes. Concurrence oblige, bien sûr !
Mais, ce qui est particulièrement insupportable dans cette affaire, c’est que les principales intéressées n’ont eu à aucun moment leur mot à dire, que ce soit par le biais du Planning familial qui a participé aux expériences ou par celui du personnel des centres d’orthogénie, journellement en contact avec les femmes qui ont besoin d’une IVG.
Peu importe en l’occurence que cent mille à deux cent mille femmes meurent chaque année de par le monde parce qu’elles avortent dans des conditions barbares. Seuls les actionnaires sont habilités à prendre les décisions quel que soit l’enjeu social de la production de l’entreprise. C’est la loi édifiante de la propriété privée !
La volte-face du gouvernement
Mais passe encore que les dirigeants de Roussel-Uclaf raisonnent froidement en termes de rentabilité financière. C’est dans la logique des choses. Ce qui le fut moins, ce fut l’attitude de C. Evin qui, le jour de la décision de Roussel-Uclaf, s’abstenait de tout commentaire sous prétexte qu’il s’agissait d’un laboratoire privé. Bravo pour un ministre socialiste !
Cette attitude inadmissible fit scandale : le Pr Schwarzenberg dénonça l’hypocrisie du gouvernement qui avait s’il le voulait le moyen légal, dans l’intérêt de la santé publique, de transférer à un autre laboratoire la licence de fabrication du RU 486. M. Barzach, ancienne ministre de Chirac, doubla le gouvernement sur sa gauche en dénonçant le silence du ministre de la Santé et en défendant le droit des femmes à avorter sans souffrir. Le silence du ministre apparut rapidement pour ce qu’il était : une lâche capitulation face à un groupe privé dont le gouvernement possède pourtant 36 % des actions depuis 1982 (faute de l’avoir nationalisé comme prévu) et face à la hiérarchie catholique. Telle est la logique implacable des alliances gouvernementales avec la droite.
Ceci nous valut par ailleurs la déclaration stupéfiante d’Hélène Dorlhac, secrétaire d’Etat à la Famille, qui s’est déclarée pleinement satisfaite de la décision du groupe Roussel-Uclaf. Pour notre part, nous pensons que les féministes et toutes les femmes sont en droit d’exiger pour cette déclaration la démission pure et simple de cette dame qui trahit les intérêts élémentaires des femmes !
Les multiples déclarations indignées et la menace de voir descendre dans la me des milliers de femmes à l’appel du Planning familial et de toutes les féministes ont obligé, heureusement, le gouvernement à changer d’attitude. Il fallut néanmoins quarante-huit heures à C. Evin pour se rappeler que le RU 486 « appartenait aux femmes » dès lors que l’IVG est un droit des femmes depuis 1975. Il fallut quarante-huit heures au ministre pour mettre en demeure, au nom d’une loi de 1968, la firme Roussel-Uclaf de reprendre la fabrication du RU. Ce qu’elle fit sans trop se faire prier.
Nous nous félicitons d’un tel épilogue.
1979 : pour le droit à l’avortement1988 : de nouveaux droits à conquérir
Un problème peut en cacher un autre...
Mais il ne faudrait pas maintenant escamoter les autres problèmes. Ainsi, le RU 486, loin d’être le produit miracle annoncé en 1982, est une méthode intéressante parmi d’autres dans la mesure où elle évite, ce qui n’est pas négligeable, l’anesthésie et l’intervention instrumentale, chimrgicale, du moins lorsqu’elle réussit. Pour autant, il ne faudra pas maintenant présenter l’avortement par aspiration (pratiqué avec ou sans anesthésie) comme une méthode particulièrement barbare et traumatisante. Tout dépend du contexte dans lequel il est pratiqué, des médecins, du vécu des femmes.
Enfin, que le débat sur le RU ne fasse pas oublier qu’existe une méthode toute simple, bien qu’illégale, d’avortement hyperprécoce (l’induction des règles), qui peut-être pratiquée en cabinet si le retard des règles ne dépasse pas huit jours. A l’aide d’une canule très fine, on aspire le contenu de l’utérus. Cette opération, simple et rapide, peut-être pratiquée sans danger, sans anesthésie, en cabinet. Le Planning familial a pris le risque de la pratiquer illégalement en 1983 dans les centres de contraception qu’il anime. Des médecins ont d’ailleurs été inculpés pour cela.
Ainsi, au-delà des mésaventures du RU 486, est de nouveau ouvert non seulement le débat sur le droit des femmes à contrôler leur corps, mais inévitablement aussi le débat sur les limites scandaleuses de la loi Veil qui n’ont toujours pas été levées, malgré le passage de la gauche au pouvoir entre 1981 et 1986, malgré son retour depuis mai dernier.
1979 : pour le droit à l’avortement. 1988 : de nouveaux droits à conquérir.
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Les restrictions de la loi Veil
La loi Veil, votée le 21 décembre 1974 et promulguée le 17 janvier 1975, légalisa pour la première fois en France l’avortement. Même si elle constituait un progrès indéniable, avec toutes les autres féministes nous en avons toujours dénoncé les limites et les restrictions, et notamment :
— le délai très court pour avorter légalement (dix semaines de grossesse ou douze semaines d’aménorrhée ou absence de règles, contre vingt-quatre semaines en Grande-Bretagne par exemple) ;
— l’autorisation parentale préalable pour les mineures ;
— [’attestation de séjour en France d’au moins trois mois pour les immigrées ;
— le fait que l’avortement ne peut être réalisé strictement qu’à Fhôpital ;
— qu’un délai de réflexion de huit jours est imposé aux femmes après un entretien préalable, etc.
Les avortements clandestins en France ou pris en charge à l’étranger sont �e résultat direct de ces multiples entraves�
Notes
- le 11 novembre 1988
- Claire Bataille