La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Éditorial

Trop, c’est trop !

Cahiers du féminisme, n° 47, hiver 1988 · p. 3 · 409 mots

Editorial

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Trop, c’est trop !

Il ne se passe plus une semaine sans que l’Eglise ne nous assène une leçon de “ morale ” qui nous ramène brutalement à la nuit obscure du xixe siècle.

Hier, il s’agissait du retour du catéchisme à l’école. Aujourd’hui, c’est le RU 486 qui est condamné, parce qu’il “banalise” l’avortement, ou le préservatif, parce qu ’il “incite à la multiplication des rapports sexuels hors mariage”. Le pape, lui, ne manque pas une occasion de nous rappeler que rien ne peut justifier l’emploi des méthodes “artificielles” de contraception.

Pour un peu, on se croirait aux Etats-Unis et on finirait par douter de la séparation de l’Eglise et de l’Etat !

Tout le monde, bien sûr, a le droit de s’exprimer ; mais lorsque l’avis autorisé de l’Eglise débouche de fait sur des actions de commandos contre des cinémas où sont projetés des films comme une Affaire de femmes ou la Dernière Tentation du Christ parce qu’ils sont jugés “blasphématoires” ; quand une nouvelle méthode d’avortement risque d’être abandonnée sous prétexte quelle trouble une partie de l’opinion publique, il y a vraiment de quoi s’inquiéter et il est temps de réagir.

Difficile de compter sur le gouvernement qui face à cette offensive réactionnaire est d’une mollesse particulièrement affligeante. Rien détonnant quand on se rappelle qu’au lendemain de son élection en 1981, Mitterrand lui-même accueillait le pape à Saint-Denis et qu’en 1984, c’est lui qui avait décidé de reculer sur la question de l’école laïque. Et certains de s’étonner encore de cette nouvelle audace de l’Eglise catholique. Quant aux médias, la presse y compris, ils font preuve d’une singulière complaisance à l’égard de la hiérarchie catholique. Même le Monde, pourtant peu suspect de cléricalisme, n ’ose pas attaquer de front les positions de l’Eglise sur la sexualité. On n’admet pas que l’Eglise puisse s’opposer à la campagne d’information gouvernementale sur les préservatifs dans le cadre de la lutte contre le SIDA, mais on ne réagit pas quand l’archevêque de Rennes condamne la sexualité au même titre que la violence et la drogue, lorsqu’il parle de “bonheurs apparents” et dénonce le “risque de faire de la sexualité un en soi”.

S’il n’est pas contrecarré, ce genre de discours, en liaison avec la progression inexorable du SIDA, risque insidieusement de faire son chemin ,même si aujourd’hui il est à contre courant.

Il y a là un défi à relever d’urgence pour les féministes et les révolutionnaires !

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