Communiqué le 18 mai 1989
Cecilia Olea, militante féministe du groupe Flora Tristan, est menacée de mort par le commando Rodrigo Franco.
Dans une lettre du 10 mai, cet escadron de la mort l’accuse d’être communiste et d’avoir aidé Hugo Blanco, secrétaire d’organisation de la CCP.
Depuis plus de dix ans, Cecilia se bat pour les droits des femmes. Elle participe à des études sur le travail des femmes, à l’usine notamment, ainsi qu’à l’organisation des clubs de mères dans les bidonvilles.
Rappelons que, le 14 février dernier, Consuelo Garcia, militante féministe de Las Filomenas, était assassinée aux côtés de Saul Cantoral, dirigeant des mineurs.
Pour protéger Cecilia et qu’une enquête soit ouverte nous vous demandons d’adresser télex et télégrammes à :
Alan Garcia,
Présidente de la Republica
Palacio de Gobiemo
Lima (Pérou)
Télex 20167 (code pays 036000)
Agustin Mantilla,
Primer Ministro
Palacio de Gobiemo
Lima (Pérou)
Télex 25166 avec copie à APRODEH, télex 25104.
Coordination pour la défense des droits de l’homme au Pérou; 174, me Raymond Losserand, 75014 Paris.
En apprenant les menaces de mort qui pèsent sur Cecilia Olea, militante féministe péruvienne, nous avons joint des militantes de la Coordination pour la défense des droits de l’homme au Pérou, qui ont lutté aux côtés de Cecilia à Lima au PRT, puis dans le centre Flora Tristan.
♦ Pouvez-vous présenter Cecilia Olea ?
Depuis que la dictature militaire en 1978 avait appelé à des élections pour une assemblée constituante, Cecilia a mené le combat aux côtés de Hugo Blanco, pour la démocratie et pour le droit des femmes.
Elle a, parmi les premières, posé la question féministe à l’intérieur du PRT (qui a fusionné depuis dans le POUM avec une autre organisation). Elle avait quitté ensuite le parti, mais elle est restée proche du combat des révolutionnaires. Elle a travaillé alors à la Commission des droits de l’homme au Pérou. Après avoir participé à un groupe Femmes en lutte, centré sur l’organisation des femmes dans les bidonvilles, elle a commencé à militer à Flora Tristan, puis elle a mené un travail de recherche sur la condition des ouvrières de l’électronique. Maintenant, elle est permanente dans le centre Flora Tristan, principalement sur la question des femmes et la formation d’adultes.
♦ Nous connaissons le groupe Flora Tristan de Lima, dans la mesure où depuis plusieurs années nous échangeons nos revues avec le comité de rédaction. Ainsi, nous lisons Viva ! et nous avons reçu récemment le bulletin des travailleuses 8 mars. Pouvez-vous nous donner de plus amples informations ?
Aujourd’hui, c’est un centre de recherches. Au départ, en 1979, Flora Tristan est né comme un groupe féministe militant ; mais maintenant la cinquantaine de femmes qui y participent mènent avant tout des réflexions sur la condition des femmes dans le travail. Elles cherchent à jouer un rôle dans la communication et la formation, avec leur revue, et par la participation à des émissions de radio, aux festivals de films, etc. En fait, il s’agit du groupe de femmes le plus important. Elles sont parvenues à donner une impulsion pour célébrer le 8 mars. Elles avaient une candidate aux dernières élections à l’assemblée, sur les listes de la gauche unie. En un mot, elles connaissent une très large audience à Lima. Avec l’autre groupe femme de la capitale, Manuela Ramos, elles ont participé activement à toutes les mobilisations des femmes, comme la Campagne pour le verre de lait, et la campagne pour les cantines populaires. Ainsi le mouvement féministe et le mouvement populaire sont intimement liés. C’est pourquoi Cecilia peut être une cible pour l’extrême droite.
♦ Justement, quel est ce commando Rodrigo Franco ? Qu’est-il arrivé à Consuelo Garcia ?
Consuelo Garcia était la fondatrice de Las Filomenas, du nom de Filoména T. morte en couches pendant une manifestation de soutien des femmes de mineurs en grève en 1982. Ce centre développe des programmes d’aide aux mères et aux enfants des familles de mineurs, et en même temps, il organise la solidarité avec les mineurs qui sans cesse viennent à Lima pour telle ou telle revendication. Avec Saul Cantoral, ils ont été enlevés par ce commando paramilitaire, alors qu’ils se rendaient à une convocation de la police, ils ont été torturés, probablement écrasés par la camionnette qui les avait enlevés. Rappelons que Mantilla, ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Alan Garcia, est aussi chef des paramilitaires !
Avant d’assassiner Consuelo et Saul, ce commando s’est rendu célèbre pour avoir exécuté Juvenal Farfan, journaliste indépendant, sa femme et ses deux enfants, dans la région d’Ayacucho.
Lui-aussi avait reçu des menaces écrites du commando Rodrigo Franco. 5 000 personnes au Pérou en ont reçu de semblables.
Cecilia est en danger de mort, avec elle Hugo Blanco est menacé également. Seules la solidarité et la mobilisation internationale pour dénoncer ces exactions des paramilitaires peuvent la sauver !