si toutes les femmes du monde...
RENCONTRE
ARGEN iTINE
Réflexion sur la situation des femmes en Argentine
En Argentine, comme dans le reste de l ’Amérique latine, la situation de la femme est déterminée par sa double exploitation, par la place qu ’elle occupe dans la société et le poids de l’idéologie bourgeoise. Cependant il v a deux éléments qu’il faut prendre en compte : d’une part l’Argentine est l’un des pays développés en Amérique latine, et d'autre part les femmes ont souvent pris une part active à certains événements politiques.
L’industrialisation du pays au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale fut d’une importance décisive pour l’entrée massive des femmes sur le marché du travail. Néanmoins, depuis le début du siècle, les femmes représentaient pour le capitalisme une main-d’œuvre à bas prix, formant une part appréciable du prolétariat (près de 39 % selon Elena Gil dans son livre La femme dans le monde du travail , Buenos Aires, 1970), ce qui amena les députés socialistes à présenter au Congrès les premiers projets de loi sur le travail des femmes et des enfants.
Comme en Europe, les journées de travail étaient alors de 11 ou 12 heures et le salaire quotidien des femmes représentait la morne de celui des hommes ries mineurs, quant a eux ne touchaient que k SO % du salaire 'des femmes). En 1914. le recensement national donne un total de plus de 700 000 femmes salariées dans l’industrie, dans le commerce et dans les professions libérales, c'est-a-dire 22 % de la population active.
Mais civilement mineures
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En même temps que pro-: gressait l’incorporation des ('em-| mes au travail, les lois civples j continuaient cependant à les | considérer comme des mineures et des incapables. ;
Elles n'avaient pas le droit ! de disposer de leur salaire, (con-I sidéré comme bien de menage) et c'est au mari que revenait cette prerogative Le Code civil était une traduction du Code Napoléon
Mais c'est a partir de ia
Seconde Guerre mondiale que se produira un réel changement dans la structure économique du pays.
L'augmentation importante de la vente des produits agricoles (viande et cereales) aux pays en guerre, ainsi que la diminution des produits industriels importés vont faire surgir une industrie légère répondant aux besoins de consommation interne et permettant le développement des secteurs industriels déjà existants. Ce qui se traduira par une augmentation significative de la main-d’œuvre. A une echelle massive, des contingents d'hommes et de femmes venus de l'intérieur du pays vinrent se concentrer dans les grandes villes de la côte Atlantique. pour s’incorporer dans La vie mdustneile H s'agissait de >eunes qui. dans les provinces de de ! arriéré -pay s. survivaient
ARGENTINE a peine en faisant les travaux les plus variés ou de femmes occupées à des travaux domestiques, aux récoltes ou aux soins des animaux dans de petites fermes : tous sans aucune perspective. C’est ainsi que se constitua un prolétariat jeune, sans aucune traduction politique, qui fit ses premières expériences au sein d’un mouvement populiste de type péroniste.
11 n’est pas dans notre intention de faire ici une analyse du péronisme, mais de voir ce que ce mouvement impliqua pour la situation des femmes. Les partis traditionnels de la classe ouvrière — le Parti communiste comme le Parti socialiste — ne comprirent absolument pas le processus d’adhésion massive que déclencha le péronisme.
En ce qui concerne les revendications spécifiques des femmes, le Parti communiste n’avait aucune tradition de lutte. Par la suite, il tenta bien d’organiser les femmes des quartiers dans l’UMA (Union des femmes argentines), mais son programme réformiste aussi bien que sa politique paternaliste ne facilitèrent pas l’implantation de cette organisation. Quant au Parti socialiste, ses projets de loi touchant les femmes et les mineurs furent complètement dépassées dans la pratique par le péronisme qui lui, fut obligé d'aller beaucoup plus loin en raison du processus économique et politique s’appuyant sur le mouvement de masse, et dans le but de développer le marché interne, le péronisme réussit a imposer dans les faits les lois proposées par les socialistes malgré la résistance de l’oligarchie
En 1947, l’acquisition du droit de vote
En tant que représentant d’une bourgeoisie naissante, Péron avait besoin de s’appuyer sur un mouvement de masse pour affronter l’impérialisme et les classes dominantes traditionnelles. C’est ce qui explique qu’en Argentine le droit de vote fut concédé aux femmes en 1947. Droit qui leur donne une force réelle puisqu’elles tenaient entre leurs mains un instrument qui, pour la premiere fois, leur permettait de peser sur la vie politique du pays. Des milliers de femmes descendirent dans la rue dans toutes les grandes villes pour fêter leur victoire, et le pourcentage de femmes qui votèrent pour la 1 re fois fut très élevé (plus de 90 96). Certaines femmes très âgées qui ne pouvaient quasiment pas marcher firent une affaire d’honneur que de prendre leur livret et d’aller voter. Il n’est pas étonnant que 82 96 des femmes ait voté en faveur du péronisme contre S3 96 de hommes seulement. Un série de lois les favorisant furent passées durant cette période : congé maternité, allocation à la naissance de l’enfant, obligation pour le patronat d’indemniser la femme enceinte durant tout-; la période du congé maternité, obligation pour les entreprises de mettre des garderies à disposition des travailleuses ayant des enfants, etc. Mais parallèlement à l’instauration de ces lois favorisant les femmes travailleuses, les dispositions du Code civil faisant de la femme une mineure ou une débile restaient inchangées. Ceci permettait le main-t;en de l’un des piliers fondamentaux de la société : la famille qui assure la perpétuation de la propriété privée, et dont la direction restait entre les mains de l'homme. Des réformes ultérieures introduisirent une certaine égalité entre l’homme et la femme, dans la mesure où elles exigeaient le consentement de deux époux pour disposer des biens familiaux.
Pour comprendre cette évolution il faut tenir compte des statistiques. Celles-ci indiquent en effet qu’en 1949, les femmes représentaient les 4 5 96 des travailleurs industriels et que l'augmentation du nombre de femmes actives dans l’industrie depuis 1939 avait été de 62,) 96 contre 23 96 pour les hommes. Elle montrent que la migration interne de 1914 a 1 960 concerna deux fois plus de femmes que d’hommes. Elle révèlent qu’en 1947, 31,2 96 des femmes de I 8 a 20 ans travaillaient hors de leur foyer et qu’en 1949, il existait une égalité sur le plan du travail et du salaire dans certains secteurs comme le textile a main-d'œuvre en majorité féminine. Enfin, ces statistiques soulignent que la différence de salaire pour un même travail entre hommes et femmes était alors l’une des plus basses du monde : elle variait de 7 à 1 5 96 . Le nombre de femmes occupant des professions libérales augmenta quant à lui de 139,5 96 de 1941 à 19 50 et de 1 53,6 96 de 1951 à 1 960 alors que durant ces même années, la croissance était respectivement de 74 et de 44,2 96 pour les hommes. (Ces chiffres, comme tous ceux qui figurent par ailleurs dans cet article, sont tirés de l’étude de Nancy Hollander, La femme : esclave de l’histoire, ou histoire de l’esclave ?).
Le rôle d’Eva Peron et de la section féminine du péronisme
La bourgeoisie naissante avait besoin de nouvelles figures. Il s’agissait de détruire tout un passé de silhouettes rappelant par trop l’oligarchie, les patrons traditionnels et leurs épouses : les « dames de bienfaisance » entraient en absolue contradiction avec le populisme. Le gouvernement bonapartiste avait donc créé une nouvelle idéologie afin de justifier son existence, à savoir les justicialis-me, sorte de « troisième position » prétendant concilier le capital et le travail.
Evita était le symbole le plus clair de cette idéologie. Venant elle-même des secteurs les plus pauvres de la population, elle savait user du langage sentimental approprié pour canaliser les énergies révolutionnaires d'un prolétariat jeune, sans tradition politique. Et c’est parmi les femmes qu’elle trouvait le plus grand écho. (Elles qui avaient toujours été reléguées à l’arrrière-ban de la société et qui. pour la première fois, accédaient à la vie politique du pays, voyaient en Eva Peron leur porte-parole. Le parti péroniste fut divisé ai
Peron
Eva Peron
trois sections du point de vue sa direction : la section féminine, la section ouvrière et la section politique. Ces sections représentaient évidemment des rapports de forces à l’intérieur du parti, même si leur création avait eu pour objet de diviser des forces qui, unies, pouvaient rendre dangereux un mouvement implanté avant tout dans les masses populaires.
La section féminine du péronisme ne saurait être qualifiée de mouvement féministe mettant en question le rôle de la femme dans la société. Beaucoup de femmes furent attirées par cette organisation ; des femmes qui, sans avoir de conscience politique bien définie, sans être très claires quant aux objectifs, sentaient la nécessité de changer beaucoup de choses dans la société et cherchaient une issue. Leurs intentions restèrent lettre morte vu le caractère très confus de cet organisme qui, en définitive ne faisait que répondre aux intérêts de la bourgeoisie et dont elles ne purent bien sûr modifier la nature. Un grand nombre de ce qui fut appelé les « unités de base féminines » furent créées, en particulier dans les quartiers populaires. Mais elles ne jouèrent aucun rôle positif pour organiser et mobiliser les femmes sur leurs problèmes spécifiques. Très peu de femmes participaient à ces centres de quartiers et généralement, elles appartenaient à des secteurs sociaux marginaux. Elles n’obtinrent d’ailleurs que peu d’aide de ces organismes, vu le caractère paternaliste de ces derniers et leurs objectifs, qui n’étaient ni ceux des femmes, ni ceux de la classe ouvrière. Mais qui répondaient aux intérêts politiques du gouvernement. Néanmoins, 11 faut souligner que la section féminine du péronisme représentait, avec la section ouvrière, la partie la plus avancée de ce mouvement populiste. Et l’on peut dire que, tout comme Eva Peron, elle était à la gauche du gouvernement péroniste.
Cela devint tout à fait évident lorsque, face à un projet de loi remettant l’exploitation du pétrole à une firme américaine, seuls les députés ouvriers auxquels se joignirent les femmes s y opposèrent, s’affrontant à
ARGENTINE
Peron. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, il y avait 24 femmes députées et 7 femmes sénateurs. Eva Peron était pratiquement à la tête du mouvement de masse, le 17 octobre 1945, lorsque Peron fut emprisonné par l’oligarchie et qu’il leur fut arraché par la mobilisation. C’est ce qui explique la résistance énorme de la bourgeoisie devant la candidature d’Eva Peron à la vice-présidence au gouvernement en 19 51, candidature à laquelle elle dut renoncer et que Peron ne put imposer. La bourgeoisie craignait en effet de ne pouvoir contrôler la dirigeante qu’était Evita. En revanche, elle accepta sans rechigner la candidature d’Isabel Peron à la vice-présidence durant le dernier gouvernement Peron. Mais il s’agit de deux femmes différentes qui sont l’expression de processus politiques très dissemblables dans l’histoire du pays.
Dans ce sens, on peut affirmer, que parallèlement au développement de la participation des femmes à la vie sociale, la section féminine et Eva Peron contribuèrent à vaincre les préjugés d’une société patriarcale. Ce qui explique aussi que l’un des éléments les plus progressistes concédés par la bourgeoisie de ce pays fut la conquête du divorce en 1954, après une dure lutte contre l’Eglise, et que ce point constitua l’un des principaux facteurs de la chute de Peron l’année suivante. N’oublions pas que c’est Peron qui instaura la séparation entre l’Eglise et l’Etat, et la création d’une Eglise qui ne dépendait pas du Pape (cela représentait une véritable révolution en Argentine, où l’Eglise incarne l’un des piliers essentiels du pouvoir, ainsi que le soutien le plus important de l’idéologie dominante en ce qui concerne le rôle de la femme dans la société). Ceci fut confirmé par le fait que l’un des premiers décrets de loi de la dictature au moment de la chute de Peron fut l’annulation de la loi sur le divorce.
Les femmes et leur participation aux luttes
Les femmes affirmèrent leur personnalité dans leur combat permanent contre la bourgeoisie, sans définir pour autant leur lutte propre sans mettre en question leur rôle dans la société, dans la famille comme dans le travail. En ce sens, elles ne purent contribuer à leur propre libération.
Cependant, ce ne fut ni au sein du mouvement péroniste, ni dans sa section féminine que la classe ouvrière et les femmes firent des pas en avant du point de vue de leur expérience, bien que leur ayant apporté un soutien massif, il était clair aux yeux des hommes et des femmes du prolétariat que ce n’était pas là les instruments dont ils avaient besoin dans leur lutte quotidienne. C’est pourquoi ils concentrèrent leur action dans les entreprises et dans les quartiers, reconnaissant comme leurs propres organismes et comme leurs instruments de lutte, les délégués, les commissions internes, les syndicats, tous les organes en un mot qui prirent une dynamique que ni le gouvernement péroniste ni la bureaucratie syndicale n'avaient pu prévoir.
Si l’on tient compte de l’énorme proportion de femmes qui travaillaient comme salariées, il paraît évident que cette expérience d’auto-organisation fut d’une importance décisive pour les travailleuses. Que l’on pense au fait que des centaines de milliers de femmes vivaient ensemble durant des heures innombrables — des heures épuisantes. Que la seule présence des hommes était souvent celle des contremaîtres et des chefs, ceux-là mêmes qui étaient chargés de les surveiller. Que dans des conditions souvent très difficiles, elles devaient s’affronter au patron jusque dans les plus petits détails. Et que dans chaque lutte, elle durent à plusieurs reprises s’affronter également à la bureaucratie syndicale. Que l’élection de leurs délégués, s’il s’agissait d’un événement normal dans l’entreprise, était cependant toujours source de discussions et d’expériences.
En l’absence d’un parti révolutionnaire de masse, et dans un contexte très difficile, les femmes affirmèrent néanmoins leur force au travers de leurs organes d’entreprise. Il n’existait pas de mouvement féministe à proprement parler, pas plus que de commissions féminines à l’intérieur de syndicats. Mais lorsque cette force massive se mit en marche, elle fit trembler plus d’un patron.
Pourtant, ce fut aussi dans les fabriques et sur leur lieu de travail en général que les femmes ressentirent de manière complexe, et sous ses divers aspects, tout le poids de la répression que le régime et l’idéologie capitaliste faisaient peser sur elles. Compte tenu du fait que ce qui caractérisait la participation des femmes à la lutte, c’était une très grande spontanéité et une faible dépendance des appareils, la bureaucratie qui tentait systématiquement d’utiliser cette force, la craignait en
ARGENTINE même temps. Et elle usait de tous les moyens possibles pour tenter de la contrôler, dont le machisme, pilier du régime, et c'est ainsi que certaines femmes se laissèrent corrompre, défendant les objectifs mis en avant par la bureaucratie. Non qu’elles en aient retiré un quelconque privilège, mais parce que les bureaucrates s’appuyaient sur les éléments les plus perméables à l’idéologie péroniste pour les corrompre.
Ces femmes étaient à la tête des luttes lorsque l’action était organisée par les dirigeants péronistes, mais lorsque ces derniers entendaient mener une politique de conciliation avec le patronat, elles s’opposaient frontalement aux courants révolutionnaires émanant de la base, et jouaient constamment un rôle de frein quand elles n’apparaissaient pas carrément comme des agents provocateurs.
Pour les femmes, les limites dans l’action intervenaient à deux niveaux. Non seulement à cause de la bureaucratie qui représentait un frein général pour la base — hommes ou femmes — , mais à cause de leur propre soumission, en tant que femmes, au sein de la famille. Soumission au mari, a l’homme, aux obligations que faisaient peser sur elles les tâches domestiques, le soin des enfants, etc. Cette soumission millénaire des femmes intervenait pour les empêcher de participer de manière massive aux assemblées, d’assister aux réunions syndicales, de s’organiser pour résister au patronat ou aux bureaucrates. Néanmoins, durant les moments les plus aigus de la lutte des masses, ces facteurs, sans cesser d’exercer leur influence, s'atténuaient, du moins passagèrement
En participant a la lutte qui se déroulait dans l’entreprise, les femmes travailleuses commençaient à échapper d’une certaine manière à l’influence familiale. Ce qui explique qu’en dépit de tous les obstacles, la vie collective dans l’entreprise ainsi que l’existence d’une avant-garde permirent aux femmes d’être les protagonistes de milliers d’actions durant ces trente dernières années. Et dont certaines d’un très haut niveau politique, comme l’occupation d’usines sous contrôle ouvrier, avec parfois remise en marche de l’en-trepruse et vente de la production. Ce fut le cas de la fabrique textile Piccaluga ou de la Plat dans la banlieue de Buenos Aires, où durant quatre jours, une centaine de femmes occupèrent l’usine presque spontanément, organisant un véritable contrôle de la correspondance, de la cantine, pendant qu’à l’extérieur, dans la rue, durant quatre nuits de ces quatre jours, les hommes — c’est-à-dire leurs maris, leurs enfants et certains ouvriers de la fabrique qui étaient restés dehors — montaient la garde, attendant les résultats du conflit et leur faisant passer de la nourriture par un passage secret.
Dans le feu de ces luttes conjointes entre femmes et hommes, contre le patronat, contre la bureaucratie, il émergea une avant-garde dont la conception de l’égalité qui devrait exister entre l’homme et la femme était assez avancée. C'est dire que se forgèrent en son sein des éléments importants de rupture avec l’idéologie bourgeoise en tant que telle.
Les conséquences du coup militaire pour les femmes
Pourquoi le processus décrit ci-dessus ne s’est pas développé, quelles furent les raisons de la défaite du prolétariat argentin, c'est une analyse que nous ne pouvons développer ici. Mais des milliers de femmes ont souffert de la répression imposé par le régime militaire le plus sanglant qu’ait connu l’histoire de l’Argentine. Emprisonnées, mortes, disparues, exilées... Nous n’avons pas de statistique mais si nous nous bason sur les chiffres officiels, nous pouvons dire que près de 30 ‘ des personnes touchées par la répression furent des femmes. Ce qui donne une indication sur la participation très importante des femmes à la lutte révolutionnaire. Nous ne pouvons dire que ces femmes étaient féministes, dans la mesure où leur participation aux luttes ne permit pas de mettre en avant les revendications spécifiques des femmes. Mais d’une manière absolue, nous ne pouvons pas non plus dire qu’elles ne l’étaient pas, puisque par leur participation, elle mirent en question le rôle que leur attribuait l’idéologie dominante dans la société.
Conscient de ce phénomène, s’appuyant sur une campagne constante à la télévision, au cinéma et à travers tous les moyens à sa disposition, le régime actuel se force de faire passer sa propre image de la femme, d’influencer les nouvelles générations avec une conception de la femme douce, pacifique, soumise, de la femme au foyer.
Sans minimiser l’importance de cette propagande idéologique, on peut dire que son impact sera relatif pour autant que la classe ouvrière parvienne à se réorganiser dans une perspective socialiste et que les femmes inscrivent leur lutte dans cette même perspective. C’est ce que montrent les premières expériences de regroupements féministes en Argentine. Si ces derniers représentèrent une contribution importante à la lutte pour la libération des femmes, le fait néanmoins qu'ils aient été influencés et gagnés par la bourgeoisie — comme ce fut le cas de la section féminine du péronisme — contribua en définitive à diluer les frontières de classe et à faire triompher l’idéologie bourgeoise.
Beaucoup de pères, de frères, d’enfants, de compagnons ont été touchés de près par la répression qui s'est exercée sur les femmes. Et qui s’est exercée sous des formes tout particulièrement odieuses. Nul ne pourra effacer le souvenir de cette expérience très amère, mais très réelle, dans la conscience de milliers d'individus. Il s’agit là d’éléments historiques — conservés dans la mémoire sociale de masses — dont devront tenir compte les camarades, et les femmes en général, qui organisent en Argentine le mouvement de libération des femmes. Des éléments qui, en tant que tels, devront permettre le développement de l’organisation et de la résistance contre lit dictature militaire et contre le régime capitaliste.
Armand Borlant et Alain Cramer
Notes
- Estela
- 21/5/1978