La prostitution est le lieu où les femmes vivent j > s .
au maximum r- leur oppression
La prostitution et les prostituées, on en parle sans en parler, à mots couverts, à mots codés. La plupart des gens n'en ont qu'une idée confuse, généralement très éloignée de la réalité, nourrie par les mass-médiasqui fournissent des informations généralement fausses, tendancieuses ou romanesques, souvent contradictoires et toujours fragmentaires. A ces informations s'ajoutent les idées toutes faites et les lieux communs mille fois répétés. Sourire entendu et air complice accompagnent ces idées reçues : <r C'est un mal nécessaire... le plus vieux métier du monde... et le plus facile... si elles le font, c'est qu'elles aiment ça... elles gagnent des fortunes... les filles de joie... toutes des vicieuses... et si ça ne leur plait pas, elles n'ont qu'à travailler. »
Proférées avec assurance par des inconscients qui n'y connaissent rien ou des salauds qui savent ce qu'ils font, toutes ces petites phrases ont pris valeur de vérité et enferment les prostituées dans un ghetto de silence et dè honte.
Hypocrisie, tabous et préjugés permettent à tous d'être persuadés de tout savoir sur la question et d'avoir ta conscience bien tranquille. Pourtant, rien de plus faux et de moins innocent que ces expressions.
Non, la prostitution n'est pas le plus vieux métier du monde. Elle n'a rien d'une réalité inévitable, même si elle existe depuis des millénaires dans des pays socialement et politiquement divers. Certaines sociétés traditionnelles, en Afrique Noire entre autres, ne la connaissent que parce que le grand initiateur blanc leur a apporté ce cadeau empoisonné.
« La prostitution que nous connaissons en Occident, elle, est liée au négoce et bien entendu à une mentalité globale de soumission de la femme à l'Homme. Elle est l'activité organisée de femmes qui s'offrent, officiellement ou officieusement à un grand nombre d'hommes, indistinctement et sans qu'il y ait choix de leur part à elles, et ce moyennant rétribution. Elle peut aussi être une activité occasionnelle de femme ayant de pressants besoins d'argent et qui se louent ainsi. »
Christian Delorme « Pour une approche socio-politique de la prostitution » Femmes et mondes n° 39
Non, la prostitution n'est pas un mal inévitable en soi, elle ne l'est que dans notre société capitaliste mâle. Dans une véritable société socialiste, c'est à dire une société véritablement féministe, la prostitution n'existerait pas car les éléments nécessaires à son existence (conception inégalitaire des rapports sexuels, pouvoir d'un sexe sur l'autre, d'une classe sur l'autre) auraient disparu. La prostitution est une institution qui pré-existe aux prostituées, une institution voulue et protégée.
La prostitution féminine est le pendant du mariage monogamique de type patriarcal existant dans les sociétés occidentales. La prostitution, espace de défoulement, espace bien entendu réservé aux hommes (la répression de la sexualité féminine étant un des fondements de la domination masculine), espace réglementé (préservons à tout prix la sacro-sainte famillle , espace croquemitaine (faut bien un épouvantail pour empêcher les femmes honnêtes de s'égarer). Bref, une soupape de sécurité pour tout un système socio-politique.
« Dès qu'apparait l'inégalité des biens matériels, c'est à dire dès le stade supérieur de la barbarie, le salariat apparait sporadiquement à côté du travail servile et, en même temps comme son corrélatif nécessaire, la prostitution professionnelle des femmes libres à côté de l'abandon obligatoire de son corps par la femme esclave... »
Engels « L'origine de la famille »
Il est donc scandaleusement faux de faire porter aux prostituées la responsabilité de l'existence d'une institution dont elles ne sont que les victimes.
La prostitution, et le proxénétisme qui ne peut que l'accompagner, sont des choix de société, donc des choix politiques.
Non, la prostitution n'est pas le. métier le plus facile... à moins d'estimer qu'il est très facile de :
• piétiner des heures sur 1 mètre carré de surface dans le couloir d'un hôtel ;
• d'attendre le client décolletée par tous les temps sur le trottoir ;
• faire bander des peines à jouir ; e laver des bites pas toujours très propres ;
• avoir peur de se faire coller des P.V. ;
• subir les réflexions des passant(e)s ;
• craindre de se faire torturer ou tuer par un dingue ;
• être traitée pire qu'une bête par les flics ;
C'est ça, les conditions de travail des prostituées.
« Ils (les flics) peuvent nous traiter de salopes, mais eux alors !.. Ils nous montrent des cartes postales pornos et demandent : « Alors, quand est-ce que tu viens, tu verras, tu ne regretteras pas. » Ils ont vraiment de l'audace... on a aucun respect humain de la prostituée que l'on considère comme une moms que rien et qui est mise plus bas que terre. En conséquence de quoi, ces types peuvent se permettre les pires saloperies, les paroles les plus obscènes et les gestes les plus dégueulasses. Une putain a-t-elle le droit de parler ? De donner une opinion quelconque ? D'essayer de se disculper ? Elle n'a que le droit de la fermer et de tout encaisser. »
Adela
Dr Maillard, « Les prostituées »
Non, elles ne se prostituent pas parce qu'elles aiment ça, mais parce qu'elles n'ont pas eu d'autre choix. Comme le reconnaît aimablement le rapport Pinot : « On ne trouve pas chez ces personnes plus de débilité ou de perversité que dans l'ensemble de la population », les prostituées sont des femmes comme les autres ; toutes les femmes sont prostituables dans cette société. Et c'est ce qui gêne les « psy » (psychologues, psychiatres...) de toutes sortes qui déploient tous leur efforts pour expliquer le phénomène prostitutionnel par des conduites individuelles, masquant ainsi une réalité de classe : la quasi totalité des prostituées sont d'origine rurale, ouvrière ou petite-bourgeoise.
Bien sûr, la plupart d'entre elles ont été traumatisées par des problèmes d'ordre affectif : divorce des parents, mère battue et/ou abandonnée avec ses enfants, alcoolisme des parents, viol parfois. Mais c'est parce que le milieu où elles vivaient était détérioré socialement, pour des raisons souvent économiques. Il n'est pas innocent de refuser de voir que la très grande majorité des prostituées vient de la classe ouvrière. Dans la bourgeoisie, où les carences affectives existent aussi, extrêmement peu de femmes vont à la prostitution. Bon gré, mal gré, la bourgeoisie protège ses femmes, et celles qui deviennent prostituées ne sont que les bavures du système.
Sur dix prostituées, huit le sont devenues parce qu'elles ont eu, très jeunes et sans qualification professionnelle, un enfant qu'elles ne pouvaient assumer.
Additionnez l'ignorance de la contraception et l'impossibilité d'avorter, joignez-y un manque de formation professionnelle, mélangez avec l'intériorisation résignée du sort traditionnel des femmes et un besoin pressant d'argent, vous aurez toutes les conditions pour faire une prostituée.
Non, elles ne gagnent pas des fortunes. Il ne faut pas confondre le chiffre d'affaires avec les bénéfices.
Photo Alain Nogues (Gamma)