Le mouvement des prostituées a provoqué de difficiles débats. Une partie des prostituées elles-mêmes, entrées en lutte contre les brimades policières et les charges fiscales revendiquèrent l'aménagement d'un statut de la prostitution revenant à légiférer ce qui ne serait plus qu'une profession comme une autre. Elles furent suivies par certains courants d'extrême gauche, exaltant la prostitution comme la forme achevée de la libération sexuelle ou comme l'exercice d'une liberté qui transgresse les tabous.
Plus traditionnellement, des courants de la bourgeoisie soutenus par une forte sensibilité de la « France profonde » réclament depuis des années une reconnaissance de la prostitution, profession utile censée diminuer les crimes sexuels et les viols. La loi Marthe Richard sur la fermeture des maisons closes continue d'avoir ses détracteurs au nom d'une prostitution « hygiénique » faisant office de service public.
Lors du mouvement des prostituées, nous avons dit et nous sommes prêtes à le redire aujourd'hui, que nous étions opposées à la création d'un statut de la prostitution, parce qu'accepter ce statut au nom d'avantages conjoncturels fort hypothétiques qu'en tireraient les prostituées, c'est accepter la prostitution et ses justificatifs. Et c'est sur la nature de la prostitution, comme forme extrême de l'oppression qu’il faut faire porter le débat.
Parce que nos revendications vont dans le sens de la société que nous voulons demain, nous refusons toute démarche visant à cautionner aussi peu que ce soit l'existence de la prostitution ; l'essentiel de nos revendications portent sur les possibilités données aux femmes de quitter la prostitution. Droit au travail : allocation chômage versée à toute ancienne prostituée, stage FPA gratuit accordé à toute femme prostituée, interdiction de toute discrimination à l'embauche, lutte à travers le mouvement syndical pour que les discriminations ne soient pas tolérées et que les attitudes sexistes à l'égard d’anciennes prostituées soient combattues.
Droit au logement : droit au logement HLM pour les anciennes prostituées inscrites à l'ANPE, interdiction de discriminations concernant un logement.
Le refus de l'aménagement de la prostitution n'implique pas que nous soutenions la législation actuellement en vigueur ; celle-ci qui réprime le racolage, notion difficile à cerner, permet surtout à l'Etat de percevoir les amendes, qu'ils imposent aux femmes prostituées.
Elle manifeste une rare hypocrisie : on tolère la prostitution même, on la parasite financièrement, mais on fait des prostituées des individus de dernière zone que n'importe quel flic peut brutaliser et humilier. Contre les exactions policières et les amendes qui pieu-vent arbitrairement nous serons toujours solidaires des prostituées.
Il reste que la prostitution pose un autre problème : celui de son organisation de profiteurs, des réseaux de complicité, dont elle jouit jusque dans l'appareil d'Etat ; le proxénétisme de l'hôtelier à l’« homme d'affaires » bien vu du RPR est une réalité et une réalité intolérable. Contre elle la répression policière est des plus nuancée. Bien des proxénètes sont des gens utiles qui sont de merveilleux indicateurs. Quant aux rapports entretenus avec les prostituées, ils sont eux aussi un paroxisme de ce que l'oppression des femmes peut produire. Dans ce cadre, prôner la suppression des lois contre les proxénètes relèverait d'un angélisme niais, même si nous savons que la justice frappe d'une manière différenciée selon les relations du proxénète et est relativement inefficace ; tous les mouvements révolutionnaires qui ont affronté le problème (Chine. Vietnam, Cuba) ont eu une attitude très brutale à l'égard d'un proxénétisme complice des exactions impérialistes. C'est un débat qui se poursurvra dans nos sociétés capitalistes avancés lors d'une crise révolutionnaire.