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Finances : Omniprésentes dans les luttes

· Cahiers du féminisme, n° 51, hiver 1989 · p. 10-13 · 3 465 mots

Entretien avec Danièle, Sylvie.

A l'heure où nous mettons sous presse , le conflit des Finances n'est toujours pas terminé. Commencé en juin à Marseille dans un centre des impôts, il s'est transformé en grève reconductible et étendu aux centres des impôts de ia région sud-est. A la rentrée des vacances, la grève a gagné l'ensemble des services extérieurs des Impôts puis les Douanes, la DGCCRF, le Trésor, l'INSEE et sporadiquement l'ensemble du ministère des Finances. La lutte a été ponctuée par de nombreuses manifestations régionales et quatre manifestations nationales et par une semaine de sit-in devant Bercy, nouveau siège du ministère des Finances. La manifestation du 19 octobre a constitué un véritable tournant. La mobilisation a été au maximum de sa force (80 000 personnes) mais les directions syndicales n'ont offert aucune perspective à la hauteur des enjeux. Les réponses des ministres ont été d'une intransigeance démesurée : retrait des vacances pour les grévistes marseillais, puis après la généralisation du conflit en grève reconductible, envoi de forces de police pour évacuer les différents centres de douanes et des impôts. Les principales revendications des grévistes étaient l'augmentation des effectifs, l'amélioration des conditions de travail et une augmentation salariale en points d'indice et non en prime de 600 à 1 500 F par mois. Les dernières négociations de novembre ont abouti à une « prime de croissance » de 1 200 F pour 1 989 (attribuée à toute la fonction publique), plus une « prime de technicité » de 250 F par mois et 65 F en moyenne par agent au titre du « toilettage » des primes.

Nous avons rencontré Danièle et Sylvie, qui travaillent dans deux centres des impôts à Paris.

Le 8 novembre

♦ Quelles sont vos conditions de travail, quelles sont vos tâches ?

Sylvie — Je travaille dans un centre des impôts de Paris où je suis contrôleur (cadre B de l’administration) avec une équipe de trois à quatre personnes qui doivent contrôler chacune environ trois cents dossiers d’impôt sur le revenu — ce chiffre est donné à titre indicatif. Dans l’immeuble, il y a soixante-cinq personnes qui travaillent. Il doit y avoir une majorité de femmes en cadre C, les cadres B sont à égalité entre hommes et femmes et la hiérarchie est essentiellement masculine ; ce qui est une situation assez classique.

Danièle — On a des situations assez voisines au niveau du travail ; moi, je m’occupe des successions : je vois beaucoup de grands-mères aux réceptions du public. Dans l’ensemble des Impôts, il y a 50 % de catégorie C, 25 % de catégorie A. Les femmes représentent 65 % des effectifs mais 80 % des C : elles travaillent dans des grandes salles de dix à trente personnes, tandis que les cadres ont la plupart du temps un bureau individuel.

♦ On entend dans les manifestations le mot d’ordre « il y a du fric, aux impôts on le sait... ». Est-ce un élément notoire de la radicalisation de la lutte ? Est-ce que cela a nourri la volonté de se mettre en grève ?

Danièle — Dans le XIe arrondissement où je travaille, assez peu. Dans l’est de Paris, il y a une population d’origine très modeste qui est d’ailleurs en train de disparaître.

Sylvie — Moi, c’est l’inverse. Je suis dans le IVe arrondissement qui est déjà beaucoup plus riche, surtout depuis un certain temps, même les salariés qui habitent le IVe ne sont pas n’importe quels salariés (PDG, directeurs de banque...) ; de plus j’ai travaillé sur les déclarations des sociétés, des commerçants, des membres des professions libérales. Les dossiers où il y a le moins de revenu déclaré, c’est généralement les dossiers de com- îaHOSSI E R merçants, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils aient moins de revenus : quand on travaille sur leurs dossiers on voit les exonérations. Cela faisait déjà quelque temps que les collègues calculaient les exonérations fiscales en années d’impôts, en se disant « moi ça me ferait tant d’années d’impôts en moins » et dernièrement en années de salaires en disant « tiens, ça représente tant d'années de salaire d’un fonctionnaire ». C’est ce climat qui a permis le développement de la lutte, les gens commencent à en avoir un peu ras-le-bol des discours tendant à dire qu’il n’y a pas d’argent. En plus, certains collègues travaillent en recettes, là où on récolte la TVA, il y a parfois des chèques de quelques milliards de francs lourds par mois. Dans le IIe arrondissement, je crois qu’à eux seuls, ils font 5 % des recettes de TVA de l’Etat ; il y a les commissions de bourse, les assurances, les banques ; cela veut dire que les collègues voient tous les mois passer entre leurs mains des milliards.

♦ Quels sont vos revenus à vous, fonctionnaires des impôts ? Le gouvernement, relayé par la presse explique que vous êtes littéralement arrosés de primes.

Danièle — Je gagne 7 500 F par mois après treize ans d’ancienneté. Je perçois en plus l’équivalent de deux mois de prime.

Sylvie -Moi, j’ai un mois et demi de prime, mais je ne suis cadre B que depuis quatre ans ; avant j’étais cadre C. Quand Le Monde dit que même un cadre C touche de 20 à 22 % de prime, il inclue des primes mensuelles, comme l’allocation spéciale fixe de 463 F, versée chaque mois en points d’indice selon la catégorie ; cette allocation a d’ailleurs été obtenue après une lutte, en février 1968 (trente points pour les A, vingt pour les B, dix pour les C).

Il y a aussi une prime de rendement dont une part est fixe selon le grade et l’échelon et une part variable... à la tête du client. Je ne sais pas ce qu’il faut faire pour avoir 100 % de rendement parce que moi je ne l’ai jamais eue !... La dernière prime est la prime d’assiette, qui équivaut à un mois de salaire.

♦ Pouvez-vous nous faire un bref historique de la lutte ?

Danièle -C’est de Marseille, qui a été le phare de la lutte, que tout a commencé début juin, avec un taux de grévistes assez bas d’ailleurs, dans la foulée d’une journée nationale d’action le 6 juin pas spécialement réussie. Puis, un service d’un centre des impôts de Marseille a commencé une grève reconductible. Ils et elles sont allés voir leurs collègues et rapidement la grève s’est étendue à Marseille, Aix et les Alpes-Maritimes où elle a tenu presque deux mois. Dans beaucoup de départements, la grève a commencé par la grève des recettes : ce sont les services qui encaissent la TVA, les vignettes auto, le droit de bail. Ces services-là étaient en grève et les agents se réunissaient en assemblées générales de tout le personnel régulièrement. Il y avait une répartition financière de la charge de la grève, ce qui a permis à beaucoup de départements de tenir tout l’été et de continuer la grève en octobre. Mais depuis la rentrée, la forme d’action qui s’est généralisée est la grève reconductible de l’ensemble des services.

Sylvie — Dans la région parisienne, nous sommes en grève depuis cinq à sept semaines. Au début du mois d’octobre, nous avons commencé à tenir des piquets de grève, au départ avec des formes souples, des piquets dits « filtrants » puis c’est devenu des « piquets durs », les centres ont alors été fermés dans beaucoup d’endroits. Et on a vu... les flics intervenir. Avant leur intervention, les pourcentages de grévistes tournaient autour de 60 à 90 % en province, 50 à 70 % à Paris où les services centraux sont moins mobilisés.

♦ Quels ont été les mots d’ordre, les revendications ?

Danièle — La revendication salariale est très importante mais ce qui a fait déborder le vase, ce sont les conditions de travail qui se dégradent de plus en plus à cause des suppressions d’emplois. Beaucoup de postes restent vacants donc on demande aux gens de faire une partie du boulot de ces postes sans aucun supplément de salaire ; les mutations sont bloquées, or la majorité des gens qui travaillent à Paris sont des jeunes issus de la province ; avoir une disponibilité, avoir un congé formation est devenu plus difficile car les services sont au bord de l’asphyxie, la moindre absence est une catastrophe... évidemment les congés de maternité ne sont pas remplacés.

Sylvie — Depuis 1984, il y a eu cinq mille suppressions d’emplois. Par exemple, sur notre direction Paris-est, il y a eu plus de 10 % d’effectifs supprimés en l’espace de cinq ans et dans le même temps les objectifs de contrôle fiscal n’ont jamais cessé d’augmenter, donc une pression énorme pour accroître la productivité. Les agents de catégorie C ont largement fait les frais de cette politique. Mais même au niveau des inspecteurs, c’est tout à fait évident : il y a des déplacements d’office pour pourvoir des postes vacants ; chez nous, sur les trente-et-un postes d’inspecteurs vérificateurs qui normalement contrôlent les plus grosses entreprises, seuls quatorze sont pourvus. Les entreprises ne sont déjà pas souvent contrôlées, mais avec des services dégarnis de cette façon-là, cela devient une catastrophe.

♦ Quelles sont les conséquences de l’introduction des nouvelles technologies ?

Sylvie — La modernisation n’est absolument pas maîtrisée par les gens, ce qui entraîne une déquali-fication énorme.Pour eux quand on est passé au traitement informatisé de l’impôt sur le revenu, cela a été terrible. Avant on travaillait avec des dossiers, quand on voyait arriver la déclaration de quelqu’un on vérifiait avec son dossier s’il ne s’était pas trompé sur les enfants... s’il n’y avait rien d’anormal, maintenant on ne vérifie plus rien...

Maintenant tu codifies, tu vérifies les anomalies au retour au lieu de les traiter au départ, cela va beaucoup plus vite effectivement pour les dossiers de salariés, mais chez nous ce ne sont pas des dossiers de salariés. Les collègues mettent des codes, notamment des codes de mise en contrôle, quand ils estiment qu’il faudrait peut-être contrôler, mais ils ne contrôleront pas eux-mème, ce sera soit le contrôleur, soit quelqu’un d’autre. C’est une parcellisation du travail. Quand on reçoit les feuilles d’impôts et qu’elles sont en- voyées au centre informatique, on n’a strictement aucun moyen de savoir ce qu’il y a dessus, ce qui fait que pendant des mois, si les gens nous téléphonent, s’il y a un problème quelconque, on n’a plus aucun document pour pouvoir répondre.

Danièle — C’est une informatique très peu décentralisée au niveau de l’impôt sur le revenu. La grève de quelques-uns dans les centres informatique entraîne le blocage de tout le système. On voit ici la force et les faiblesses de celui-ci. Il y a eu des pressions fantastiques pour casser la grève des centres informatique parce que c’était un secteur clé ; ils ont essayé de faire passer le travail non-traité à d’autres CRÏ (centre régional d’informatique), du coup cela a étendu la grève. Ils ont essayé de faire venir des informaticiens de la DG (direction générale) qui ont refusé. Ils ont essayé d’employer des gens du privé et à ce moment-là il y a eu des piquets...

Sylvie — Dans un de ces centres informatiques, il y a même eu mieux : les intérimaires du privé sont venus la veille trouver les collègues en disant « attention, on nous demande de venir, on ne peut pas refuser. Si vous faites un piquet, on s’en ira... ». On a également vu cette solidarité ouvrière avec les PTT. La hiérarchie a voulu prendre directement les sacs postaux que les agents des impôts séquestraient mais le postier a dit : « je me suis entendu avec les grévistes, je donne le courrier aux grévistes uniquement. »

♦ Mais moderniser les services du ministère ne serait quand même pas un luxe ?

Sylvie — Non, les bureaux connaissent une misère incroyable. Pour acheter son matériel, on a royalement 5 F par mois et 8 F pour une cellule de plus de deux personnes. Une des propositions de Bérégovoy, après la manifestation du 5 octobre, était de nous donner à tous une calculette.

Danièle — Une partie de nos collègues paient leur matériel, crayons, gommes, calculettes et même la documentation fiscale, car celle de l’administration est si caduque que les contribuables, qui parfois arrivent avec leur conseiller fiscal, leur avocat, sont mieux informés que nous.

Sylvie — La modernisation effectuée n’a pas tenu compte des besoins des personnels ; elle a conduit au développement de sections d’ordre et de documentation, les or-doc où nos collègues, majoritairement des femmes, font du classement à longueur de journée. Avec les suppressions d’effectifs, l’administration décentralise les or-doc et les fusionne avec des sections d’assiette, où les travaux sont moins rébarbatifs, satisfaisant ainsi une vieille revendication syndicale mais dans un contexte de pénurie.

♦ Et la revendication salariale ?

Sylvie — Pour nous, c’est la revendication unifiante. On sait que les conditions de travail s’amélioreraient tout de suite si des emplois étaient créés ; on ne veut pas que la revendication salariale passe à la trappe avec un peu de saupoudrage d’emplois, on en fait un préalable.

Danièle — Chez nous, c’est un peu différent : emplois-conditions de travail et salaires sont sur le même plan.

♦ Est-ce que beaucoup de femmes travaillent à temps partiel ?

Sylvie — Oui, c’est assez répandu, notamment le temps partiel du mercredi en région parisienne. Les horaires variables sont pratiquement inexistants. Il n’y a pas de crèches sur les lieux de travail sauf dans de grosses concentrations. Les temps partiels ne sont pas remplacés, les centres travaillent donc au ralenti notamment le mercredi. Beaucoup de femmes qui ont des temps partiels l’ont demandé pour leurs enfants et à cause des conditions de travail fatigantes et du travail inintéressant. Une confirmation de ce dernier point: une de mes collègues, qui normalement prend le mercredi, est présente tous les jours dans la grève, mercredi ou pas, elle s’arrange pour faire garder son enfant ou parfois l’emmène.

Danièle — Mais, aujourd’hui, il est difficile d’obtenir son temps partiel à cause du manque chronique d’effectifs, les chefs de centre refusent. Dans la plate-forme de lutte, nous avons exigé le remplacement de toutes les absences, temps partiel, congés maternité, congés de formation, congés syndicaux... Je précise qu’il y a une inégalité des chances entre hommes et femmes pour l’accès aux concours d’où l’importance des revendications sur la formation professionnelle, nous insistons dans le XIe sur l’importance des décharges de service pour la préparation aux concours.

+ Quelle est la place des femmes dans la lutte ?

Danièle — Elles sont omniprésentes parce que le milieu est féminisé, ce sont les cadres C et B qui sont entrés massivement dans la grève et ce sont principalement des femmes. Si la majorité des femmes sont non syndiquées, il y a quand même de fortes minorités engagées dans le combat syndical, c’est un milieu relativement syndiqué (40 %).

Sylvie — De plus, les femmes prennent une part active dans l’animation de la grève : qu’il s’agisse de réaliser des banderoles, d’aller voir les autres collègues, d’aller voir les fonctionnaires des PTT. Par contre en ce qui concerne la prise de décisions, de direction, c’est plus difficile. Pour beaucoup d’entre elles, qu’elles soient jeunes ou âgées d’une cinquantaine d’années, c’est une première expérience de lutte.

♦ Comment se traduit le fait qu’elles sont majoritaires ? Le ressentent-elles vraiment ?

Danièle -Les femmes le vivent, point final. Il n’y a pas de recul, de réflexion par rapport à cela.

Sylvie -Il n’y a pas à proprement parler d’odeur de lutte féministe. En revanche, j’étais de piquet un jour où il n’y avait que des femmes, on a commencé à parler d’avortement à la suite d’un article de Libé et c’est devenu un débat public dans le hall, entre autres avec des femmes de plus de cinquante ans qui avaient vu de loin les luttes pour le droit à l’avortement et qui maintenant se sentaient plus concernées peut-être à cause de leurs filles de vingt ans.

Il y a eu, chez nous, surtout une réaction par rapport aux gens qui prenaient toujours la parole en temps normal. Au cours des premières AG de Paris-centre, chaque fois qu’un représentant syndical prenait la parole, c’était des huées, non pas forcément contre ce qu’il disait mais en réaction à sa façon de parler. Les gens avaient envie de parler plus simplement et cela s’est traduit par le fait que ce sont des femmes et parmi elles des non-syndiquées qui se sont déplacées dans les autres arrondissements pour faire démarrer la grève. J’en ai suivi pas mal et à chaque fois c’étaient des femmes qui prenaient la parole même si visiblement elles n’avaient pas l’habitude de la prendre. Mais cela n’a pas suscité de réflexion là-dessus.

Danièle -Chez nous, il n’y a pas eu tellement de problème de ce côté-là ; aussi bien dans les AG d’immeubles que sur Paris-est, les femmes ont une grande place ; il n’y a pratiquement que des femmes qui animent, prennent la parole en AG, conduisent les discussions, conduisent la grève...

♦ Lors de la manifestation du 19 octobre, la composition du rang de tête était remarquable : uniquement des hommes à part une pauvre petite nana perdue au milieu. Est-ce représentatif de la lutte ?

Danièle -Au niveau des directions syndicales, cest net et même à la base, j’ai fait le calcul que sur tout Paris, il n’y a pas une seule section CGT qui soit dirigée par une femme ; en banlieue, je crois qu’on aurait des résultats voisins. Il y a aussi une chose qui me frappe beaucoup dans les réunions de section, quand les copains prennent la Parole ils disent : « et les mecs ceci, et les mecs cela... ». Alors qu’ils parlent de services où il y a majoritairement des femmes (or-doc, assiette fiscale).

En plus, au niveau de la CGT (je ne sais pas si c’est aussi vrai pour les autres syndicats) il y a souvent des conflits forts. La région parisienne est souvent oppositionnelle par rapport au national, la lutte interne est dure, la vie syndicale est très clivée et, de manière générale, les femmes assument moins facilement des ténsions fortes dans la vie quotidienne du syndicat, surtout quand il n’y a pas de luttes.

Sylvie — J’ai vécu en province où il y a plus de femmes au niveau des directions. A Paris, la vie syndicale est plus politisée qu’ailleurs, ce ne sont pas les femmes qui sont les plus politisées. Ce n’est donc pas simplement une question de tension.

Danièle — Mais c’est très lié, les fractions politiques ont plus d’importance quand il n’y a pas de luttes, pas de mobilisation, il y a un rétrécissement de la vie syndicale qui fait qu’il y a un très fort clivage dans les sections syndicales, il y a des bagarres très dures qui ne sont pas faciles à assumer.

♦ Pensez-vous que cette lutte aura apporté des changements pour les femmes, dans leur rapport aux luttes, à la politique ou même dans leur vie privée ou professionnelle ?

Sylvie — Question politique, c’est trop tôt pour le dire : jusqu’au 1 9 octobre au soir, personne ne voyait l’utilité d’aller à l’Assemblée nationale, ne voyait l’utilité de faire changer le budget. Il y a eu un joli retournement devant Bercy. S’adresser aux députés se fait plus volontiers en province qu’à Paris où cela paraît très lointain.

Danièle — Je m’aperçois que, lorsque nous avons entrepris une démarche vis-à-vis du député du XIe, ce sont trois hommes qui y sont allés. Par ailleurs j’ai eu un coup de fil d’une copine de Bretagne ; elle raconte comment les femmes de toutes générations se sont défoncées complètement dans la lutte. A Rennes, il y a beaucoup de femmes mariées à des ouvriers de Citroën, parfois membres de la CSL et les discussions entre eux sont parfois très dures. Certains couples sont au bord de la rupture, après qu’elles se soient tellement engagées dans l’action, pour les piquets, et qu’elles aient forcément négligé un peu leurs enfants, la vie familiale ; en outre en province, encore plus qu’à Paris, tout le monde a des traites pour acheter la maison, quand le mari ne travaille pas aux Impôts, ça commence à tirer.

♦ Quelles sont les perspectives aujourd’hui ?

Danièle — La combativité se maintient à un haut niveau. Nous savons que nous luttons au coeur de l’Etat et cette capacité à bloquer les finances donne une ivresse extraordinaire. Néanmoins, les gens ont été déçus par l’attitude des syndicats et par les propositions de Bérégovoy (j’ai fait le calcul : il me faudra deux ans pour récupérer mes jours de grève). Il y a le sentiment qu’on ne peut rentrer comme cela.

Notes

  1. Propos recueillis par Natacha Brink et Marie-Annick Vigan.
  2. Le 21 octobre 1989

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