La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 54, automne 1990 · p. 39 · 1 135 mots

Pologne : Le Sénat contre l’avortement !

Foulard et exclusion

Appel des femmes d’Asie et du Pacifique

Hôpitaux : grève des personnels administratifs

Un millier de manifestantes seulement auraient protesté dans les rues de Varsovie 1 contre l’adoption, par une large majorité du Sénat (2/3 des voix), d’une loi interdisant et pénalisant l’avortement. Celle-ci prévoit deux ans de prison pour les médecins « fautifs » et la même peine pour la femme « qui pratiquerait sur elle-même », par des procédés « artisanaux », l’interruption de sa grossesse. Les arguments les plus réactionnaires et éculés ont été entendus au cours de ce débat. Le sénateur Walerian Piotrowski, dirigeant du petit Parti national-chrétien, n’a pas hésité à déclarer par exemple « qu ’une femme honnête ne tombe pas en grossesse comme cela » et à s’opposer à un amendement qui prévoyait des exceptions en cas de viol car, selon lui, « une femme qui ne le veut pas ne sera jamais violée » !

Après la dictature bureaucratique, les femmes polonaises vont-elles subir celle de l’Eglise catholique? Cette loi n’est pas encore adoptée définitivement. Pour cela, elle doit être ratifiée par la deuxième chambre, la Diète (composée majoritairement de membres désignés par le gouvernement de Jaruzelski), et signée par le président de la République. De nouvelles élections présidentielles auront lieu en novembre 1990 et le parlement sera dissout au printemps 1991 pour être remplacé par un parlement élu démocratiquement. D’ici là, on peut espérer que les femmes polonaises, quelles que soient leurs convictions religieuses, feront entendre leur voix et défendront un droit fondamental pour elles et nous toutes.

Nour Ali Khadhim, fille d’un réfugié politique irakien, vient d’être exclue du Collège international de Femey-Voltaire, dans l’Ain, pour être venue en classe avec un foulard islamique. Cette décision a été prise par le proviseur et le conseil d’administration du collège conformément à la circulaire Jospin de fin 1989, qui laisse aux autorités locales le soin de régler ce type de problème comme elles l’entendent et dans la « tolérance » (cf. Libération du mercredi 3 octobre 1990).

N’y-a-t-il pas là une scandaleuse incohérence? D’un côté, on s’attaque à l’aspect symbolique de l’intégrisme islamique, le port du foulard dans une école publique ; de l’autre, le gouvernement apporte son soutien, oh combien concret, au régime le plus intégriste du monde, celui de l’Arabie Saoudite : envoi de soldats sur place, surarmement de l’Emir qui, comme le rappelait Le Nouvel Observateur de juillet 1990, est le plus grand bailleur de fonds des associations islamistes de par le monde.

La question du foulard est complexe (cf. les Cahiers du féminisme n° 5 1 ) mais elle ne mérite certainement pas que l’on mène une guerre impitoyable contre ces fillettes premières victimes de l’intégrisme et de l’exclusion.

« Le Forum Asie-Pacifique sur les femmes, la loi et le développement (APWLD) exprime sa profonde inquiétude à propos de la situation critique des ouvrières asiatiques désormais bloquées au Koweït. On estime que la main-d’œuvre féminine asiatique au Koweït s’élève, au bas mot, à plus de quatre-vingt mille personnes. La plupart de ces femmes travaillent comme femmes de chambre ou cuisinières, les autres travaillent dans des hôtels, restaurants, salons de beauté et magasins, ou comme secrétaires.

(...) Les nouvelles qui ont filtré depuis lors par des personnes qui se sont enfuies du Koweït montrent que ces domestiques n’ont ni nourriture ni eau et risquent d’avoir du mal à survivre. Elles n’ont ni argent ni moyen de transport et ne savent même pas où se trouvent leurs ambassades.

Nous sommes aussi extrêmement inquiets des rapports faits par les médias au sujet de prétendus viols et agressions sexuelles commis sur les ouvrières asiatiques dans la situation actuelle du Golfe. De même, nous avons reçu des rapports concernant les mauvais traitements des domestiques asiatiques dans les maisons occupées par des soldats irakiens. (...) »

(Information transmise par le Réseau international de solidarité « Femmes sous lois musulmanes », BP 23, 34790 Grabels).

Tout commence à l’hôpital Robert Debré, à Paris, début mai, après une assemblée générale du personnel administratif qui examinait le projet de statut proposé par le ministère. Les administratifs — de l’agent de bureau au chef de bureau — décident de s’adresser à leurs collègues des autres hôpitaux. Un collectif syndiqués/non syndiqués est mis en place, rapidement rejoint par d’autres établissements de l’Assistance publique de Paris. Le mouvement s’organise et appelle à une première journée de grève avec un rassemblement au ministère, le 7 juin. L’assemblée générale de tous les collectifs vote la poursuite de la grève et met en place le Collectif des personnels administratifs d’Ile-de-France syndiqués/non syndiqués. Le 21 juin, la grève touche une cinquantaine d’hôpitaux, la manifestation rassemble cinq mille personnes. La grève se poursuit pendant tout l’été.

Le point de départ de leur mouvement est le projet de statut concocté par le ministère en application des accords Durafour signés dans la Fonction publique. Il n’accorde que quelques points d’indice supplémentaires en fin de carrière (au bout de vingt-huit ans !) et ne prend en compte ni l’évolution des emplois et des qualifications, ni le développement des nouvelles technologies et des modes de gestion sophistiqués qui ont été mis en place par les différents gouvernements. Il ne répond pas non plus à l’aspiration de professions composées dans leur grande majorité de femmes qui ne veulent plus se contenter d’un salaire d’appoint au rabais et d’une vie professionnelle accessoire. Les personnels administratifs veulent être reconnus, considérés autrement que comme des « exécutants » corvéables, dociles, muets et sous-payés. Leur plate-forme revendicative impose une revalorisation salariale de soixante points minimum pour tous, prévoit des déroulements de carrière en progression constante et exige une formation permanente réelle.

Les administratifs des hôpitaux sont des catégories très discrètes en général dans les actions revendicatives. Leur grève est un événement dans la vie hospitalière, d’autant qu’elles bloquent toutes les recettes. Elles ont su tirer les leçons de la grève des infirmières et s’auto-organi-ser en associant les syndicats (CRC, CGT, FO), en maintenant l’indépendance des collectifs, sans craindre la récupération par quiconque.

L’élargissement espéré pour la journée du 27 septembre aux autres hôpitaux de banlieue et de province n’a pas eu lieu et le gouvernement joue le pourrissement. Mais quelle que soit l’issue, les personnels administratifs ont démontré qu’un hôpital ne pouvait pas fonctionner normalement sans eux : à l’avenir la hiérarchie hospitalière devra les considérer autrement.

Leur lutte fait suite à celles des institutrices, des infirmières, des employées des crèches, des assistantes sociales, des personnels des banques, des Finances, de l’ANPE, elle est parallèle à celle de la Sécu. Toutes ces luttes où les femmes sont largement majoritaires marquent une période nouvelle pour les femmes salariées, elles permettent de faire avancer, pour toutes les femmes, les revendications de dignité et d’égalité avec les hommes.

Notes

  1. 1. Selon Libération du lundi 1er octobre

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