One autre information pour l’Amérique latine
Nous reproduisons ici, avec son accord, Vintervention d* Adriana Santa Cruz, directrice de la revue latino-américaine Fempress, lors de la Foire internationale du livre féministe de Barcelone.
Fempress est connue dans le mouvement des femmes comme un réseau latino-américain de communication et d’information féministe qui publie un bulletin mensuel (...) diffusé à des milliers de personnes engagées dans une activité ayant pour but de changer la condition des femmes. A l’extérieur du mouvement, elle est perçue comme une agence de presse dont les articles paraissent régulièrement dans la presse écrite et sont repris par des dizaines de radios latino-américaines.
Mais comme toute entreprise qui marche — plutôt bien — depuis près de dix ans, Fempress est une histoire de passion et de ténacité. Il s’agit aussi d’un projet de vie et de travail qui a vu le jour pendant l’exil politique de deux Chiliennes au Mexique... Elle résulte de la volonté de ne pas mourir d’impuissance, de faim ni de dépendance conjugale, unie à la ferveur féministe et au désir d’affaiblir, ne fut-ce qu’en l’égratignant, le pouvoir monolithique des mass media et leur vision effrayante de ce qu’ils appellent « le monde de la femme ».
(Adriana nous rappelle ensuite leurs efforts pour trouver des subventions auprès des organismes de coopération et rechercher des collaboratrices.)
Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : ce qui n’était, à l’origine, qu’un petit bulletin mensuel, compilation de coupures de la presse latino-américaine, a progressivement pris de l’ampleur. Nous n’avons pas tardé à nommer des correspondantes permanentes dans douze pays de la région : Pérou, Argentine, Bolivie, Chili, Paraguay, Equateur, Brésil, Colombie, Venezuela, Costa Rica, République dominicaine et Nicaragua. Le soutien du Canada s’est ajouté à celui de la Norvège et de la Suède, nous avons transféré notre siège au Chili où nous avons vécu les dernières heures de Pinochet et connaissons actuellement la période de transition vers la démocratie que nous espérons voir se confirmer. Sans trop savoir comment, nous sommes devenues une revue, un réseau de communication et une agence de presse féministe ; les ordinateurs et les imprimantes lasers aidant, nous voilà transformées en véritable petite entreprise d’édition.
Avec nos correspondantes, nous avons construit une équipe dynamique et motivée. L’engagement de ces amies, toutes militantes actives du mouvement féministe, allié à leur talent de journaliste, a contribué de façon déterminante à l’impact actuel de Fempress. Ensemble, nous avons cherché un langage capable de traduire les aspirations des femmes des organisations de base, des universitaires, des militantes et des dirigeantes qui, à partir d’institutions étatiques, essaient d’améliorer la condition de la femme. Nous n’aurions pu imaginer, même dans nos rêves les plus fous, que ce projet pourrait un jour, grâce à ce travail de fourmi, donnér de tels résultats. Seule peut l’expliquer la croissance vertigineuse, au cours de ces dernières années, du mouvement des femmes en Amérique latine. Plus de dix lettres nous parviennent tous les jours provenant de groupes et de structures divers, apportant de l’information, sollicitant de la documentation, et plus de deux cents publications alimentées par Fempress arrivent à notre rédaction. Aujourd’hui, si les publications et les manifestations résultant de cet effort collectif trouvent un écho dans la presse latino-américaine, c’est parce, entre temps, la chaîne de solidarité féministe s’est étendue à un grand nombre de journalistes, tant hommes que femmes.
Nous avons créé une rubrique qui rend compte des dizaines de livres et des nouvelles revues que nous recevons tous les mois, et une autre pour le courrier des lecteurs qui permet aux groupes, aux militantes et aux femmes politiques de communiquer directement entre eux.
Les coûts d’envoi élevés nous contraignent à priver nos lecteurs d’une information fort précieuse : notre bulle tin ne peut, en effet, dépasser les qua rante pages et les cent grammes. D’oi une diffusion quasi exclusivement limi tée aux personnes qui travaillent oi écrivent dans les médias sur des sujet! concernant les femmes. Actuellement Fempress tire à quatre mille exemplaire; par mois.
Nous avons publié au minimum troi: numéros à thème par an (...) parm lesquels : l’avortement, la femme indi gène, la violence dans les médias, h contre-violence, femme et démocratie jeune femme et maternité.
L’organisation d’un concours de nouvelles rédigées par des féministe! latino-américaines figure sans doute parmi nos entreprises les plus audacieu ses. Sur un total de trois cents nouvelles venues des coins les plus reculés, nous en avons sélectionné quarante que nous avons publiées par la suite sous la forme d’un livre. En règle générale, les projets sur les femmes qui bénéficient de sub vendons, au titre de la coopération poui le développement, ont pour but d’évaluer les différentes formes de discriminations à l’égard des femmes et de faire des propositions pour y porter remède. Mais il est rare qu’ils se penchent sur la vie émotionnelle des femmes, faite de tanl de souffrances.
J’aimerais, en guise de conclusion, donner encore quelques chiffres qui illustrent bien la réussite de Fempress er tant qu’agence de presse latino-américaine. Depuis trois ans, Fempress alimente journaux, revues et radios latino-américains en articles pour assurer leui diffusion la plus large. La première année, deux cents ont eu les honneurs de la grande presse, l’année suivante, ils étaient près de cinq cents, et cette année. ils ne seront pas moins de huit cents (...). Tous les efforts consacrés à Fem press sont loin d’avoir été vains.
Adriana Santa Criu
mujer/fempress