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Compte rendu

«Particularisme et universalisme» Un nouveau numéro des Nouvelles Questions Féministes

· Cahiers du féminisme, n° 58, automne 1991 · p. 39 · 571 mots

NQF a livré, il y a quelques semaines, un copieux numéro, en fait trois revues en une, intitulé « Particularisme et Universalisme ».

Le thème fédérateur des articles est résumé dans le titre. Face aux valeurs de différence, d’identité, de fémi-nitude proposées au mouvement des femmes par divers courants souvent majoritaires dans des pays voisins, l’équipe de NQF se range -ce n’est pas nouveau -du côté de la défense de l’universalité des droits. « Admettre pour un groupe quelconque un droit particulier, même et surtout si en apparence cela constitue pour ce groupe un avantage, c’est (...) à la fois le soustraire au droit laïque propre à un Etat et aux droits universels de la personne (...). L’octroi d’une protection particulière sert alors d’alibi ou de cache à une soustraction à l’universel. Revendiquer, proclamer la différence n ’est pas sans péril pour les unes de même que ce n ’était pas sans malice pour les autres. »

Maryse Guerlais, dans un article intitulé « Vers une nouvelle idéologie du droit statutaire », critique avec une sévérité justifiée l’opuscule de Luce Irrigaray « Le temps de la différence », qui constitue, à ce jour, en France, l’ouvrage le plus représentatif jusque dans ses outrances, voire ses ridicules, du courant différentialiste.

Dans le prolongement de la réflexion de Guerlais, Christine Delphy aborde le problème de la « revendication » maternelle sur les enfants (droit de garde automatique, valorisation d’une relation mère/enfant hautement privilégiée) au nom d’une problématique naturaliste ; elle dénonce une sorte de corporatisme des mères qui exclurait les hommes des soins et de l’éducation à donner aux enfants. A cet égard, on peut partager les fondements théoriques de la critique de Delphy mais aussi constater que, dans le « concret réel » de nos sociétés patriarcales, le droit de garde accordé au père est une sanction sociale et psychologique pour la mère sans commune mesure avec celle qui atteint le père dans le cas inverse. D’autant que si les hommes deviennent les égaux des femmes pour le droit de garde des enfants, les femmes ne deviennent pas des égales dans le monde du travail et du pouvoir.

Toujours à propos de dif-férentialisme, on lira avec intérêt les articles consacrées au fondamentalisme musulman qui fait de la différence sexuelle son fonds de commerce privilégié. Marie Aimée Hélie-Lucas analyse avec pertinence à la fois le rôle moteur que revêt la question des femmes dans l’idéologie et la pratique des islamistes et les réactions des femmes confrontées à ces courants.

Une contribution étonnante de Josée Contreras et Jeanne Favret-Saada étudie le jeu de rôles fondé sur la différence sexuelle qui s’exprime dans le « désorcelle-ment » (désenvoûtement) pratiqué dans le bocage français, dernier refuge national pour les jeteurs de sorts et leurs « victimes ».

En revanche, l’article consacré par Delphy à l’histoire du MLF en France est alléchant mais bien décevant. Il n’a d’autre contenu qu’une énième polémique avec Psychanalyse et Politique sur l’appropriation du sigle et les méthodes de ce courant, et n’apporte pas grand chose de nouveau.

Ces remarques n’empêchent pas d’être du même côté sur les questions essentielles. Avec NQF, nous partageons indéniablement la conception d’un féminisme fondé non pas sur la nature ou sur la mission étemelle et civilisatrice de « la » femme mais sur des droits à obtenir dans le cadre d’un système de valeur à vocation universaliste.

Nouvelles Questions féministes n° 16-17-18, 1991,220 F.

Oriane Méricourt

Notes

  1. Nouvelles Questions féministes n° 16-17-18, 1991,220 F.

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