Le processus de négociation constitutionnelle engagé en Afrique du Sud clôt une longue période de luttes sociales et d ’affrontements. Dorénavant les revendications populaires , les grèves , les conflits politiques se dérouleront dans un contexte radicalement nouveau. La recherche d’un consensus institutionnel entre le Congrès national africain (ANC), et le pouvoir blanc , ainsi que le projet de contrat social entre patronat et syndicats, façonnent d’ores et déjà ce qui est appelé en Afrique du
Sud la « société post-apartheid ».
Nous avons interviewé Mercia Andrews, une des dirigeantes de IVOSA (Worker Organisation for Socialist Action ). Cette organisation politique de la gauche socialiste, issue des dix dernières années de lutte, est née voilà deux ans. Elle a fait sien l’objectif de construction d’un mouvement autonome des femmes.
es réformes en cours, bien que très spectaculaires au regard de ce que fut cette société il y a à peine dix ans, ne vont pourtant pas suffir à éradiquer les discriminations raciales et en finir avec la pauvreté et la misère des Noirs '. Les changements constitutionnels ne peuvent à eux seuls résoudre la crise économique et l’héritage de plus d’un siècle d’oppression raciale. La société sud-africaine reste une société de classe où 20 % seulement des familles noires ont accès à l’électricité et où il n’est pas rare de trouver des taux de 60 % de chômage dans certains townships 2.
Pourtant les années quatre-vingt avaient été prometteuses. Jamais le pays n’avait connu un tel niveau de mobilisation. Les quartiers noirs des grandes villes étaient couverts d’associations (les civics ) organisant des jeunes, des femmes, des hommes contre la hausse des loyers ou des transports, ou visant tout simplement à organiser la vie collective. Parallèlement se développait un puissant mouvement syndical capable de faire céder le patronat et de tenir en échec le gouvernement.
C’est principalement dans ces associations de quartiers que les femmes ont trouvé leur place, dirigeant et animant de très nombreuses luttes de résistance. Pourtant dix années de combats intensifs n’auront pas suffi pour permettre l’émergence de mouvements indépendants de femmes. Au contraire l’ANC, le principal mouvement politique, est resté fidèle au principe d’une organisation féminine inféodée, organisant des femmes de manière sectaire, aux basques d’une direction très largement dominée par les hommes (voir plus loin l'article de New Era).
Il reste cependant qu’une expérience prodigieuse a été faite par des milliers de femmes. Il est encore possible de sauver ce potentiel de résistance en insistant sur le droit démocratique des femmes à parler en leur nom, à défendre leurs revendications et en s’appuyant sur les jeunes générations qui veulent aller plus loin dans la lutte contre toutes les oppressions.
Murcia Andrews milite en ce sens avec ténacité.
♦ Quelles sont tes activités sociales ?
Murcia Andrews -Je suis employée par une institution religieuse. Mon rôle est d’aider les communautés urbaines et rurales, notamment les femmes, à mettre en place et maîtriser des structures communautaires. On a établi un programme d’alphabétisation pour adultes. Une partie de ce travail se fait parmi les femmes noires des régions rurales. Il s’agit de leur donner une formation leur permettant de contrôler leur propre vie. Je travaille également avec les syndicats, particulièrement en direction des domestiques parmi lesquels les femmes sont majoritaires. Là aussi, nous cherchons à développer la formation et à faire comprendre la nécessité du mouvement syndical.
♦ Quelle est la situation sociale, familiale, des femmes noires ?
Murcia Andrews -Il faut d’abord souligner que le lien entre l’oppression des femmes et leur exploitation au travail est peu traité, si ce n’est par des cercles restreints de certaines organisations politiques. Il n’y a jamais eu de mouvement autonome des femmes dans ce pays et les organisations de femmes ont toujours été liées à une organisation politique. Donc, elles n’ont jamais été libres de décider de leur intervention et ont négligé de fait la problématique des rapports sociaux de sexe. Comme dans la plupart des pays d’Afrique, il n’y a pas de réelle organisation de base des femmes.
En 1989, avant les deux dernières années de récession où les licenciements et le chômage ont augmenté, il y avait environ 48 % de femmes salariées dans les villes. La dissimulation par l’Etat de l’ampleur du chômage rend ces données très partielles. Elles n’intègrent pas les zones des bantous-tans 3, ni le secteur des emplois informels occupés par des centaines de milliers de femmes.
Les femmes sont essentiellement concentrées dans le commerce, les emplois domestiques, la santé. Elles sont peu nombreuses dans la métallurgie, l’électricité, et totalement absentes dans les mines.
Dans les townships de Johannesburg, après une intervention de la police.
Au cours des dernières années, beaucoup de femmes se sont syndiquées sur leur lieu de travail. Mais elles doivent se battre pour être dans les directions, même dans les secteurs majoritairement féminins. L’exemple du SACCAWU (Syndicat du commerce) et celui de l’enseignement (70 % de femmes) sont typiques de ce point de vue. Dans ces syndicats, la ligne a toujours été de construire le syndicat d’abord, avant d’aborder la question des rapports sociaux de sexe.
Dans la famille, la situation est très difficile. Le rôle traditionnel de la femme est maintenu, même pour les jeunes générations. Elles continuent d’être au service des maris et des enfants. Les Eglises ont joué un rôle important pour maintenir « la corde autour du cou des femmes ».
Dans la plupart des communautés, porter un jean est tabou. Même les femmes travailleuses, syndiquées, peuvent objecter qu’il ne faut pas se vêtir ainsi.
En ce qui concerne le droit à l’avortement, il y a toujours la crainte de poser ce droit des femmes comme partie intégrante des revendications des organisations syndicales et politiques. Comme dans toute l’Afrique, il y a très peu de progrès pour libérer les femmes de leurs contraintes familiales et pour leur permettre ainsi d'accéder aux responsabilités dans les organisations politiques.
♦ Quelle est la situation sur le plan de la contraception et de la maternité ?
Murcia Andrews -Début 1980, le Parti national au pouvoir a essayé d’introduire la contraception dans les communautés pour limiter l’explosion démographique. Mais les gens ont perçu cela comme une tentative du régime blanc de réduire le nombre de Noirs. Il faut dire que, dans le même temps, il poussait les Blancs à avoir trois ou quatre enfants.
Pour ce qui est du libre choix du mode de contraception, nous n’avons pas assez souligné l’aspect politique du problème. On devrait dénoncer davantage les méthodes de diffusion de la contraception parmi les femmes noires. Lorsqu’une femme va à l’hôpital pour accoucher, on lui injecte le Dépo Provera 4, sans consultation. Il faut former les femmes sur le type de questions qu’elles doivent poser, su r leurs droits, et leur parler de l’indépendance sociale que peut apporter la contraception. Dans les communautés rurales, la contraception est taboue et c’est valorisant d’avoir beaucoup d’enfants.
Légalement les femmes ont droit à trois mois de congé de maternité ; l’Etat paye 40 % du salaire, l’employeur verse un complément, mais les femmes ne touchent pas la totalité de leur salaire. Le salaire moyen féminin se situe entre 1600 F et 2000 F, contre 1600 F à 3000 F pour les hommes.
Certains syndicats ont obtenu davantage. Le SACCAWU a obtenu dans certaines entreprises jusqu’à onze mois de congé dont trois mois à 75 % et six mois à 30 %, la possibilité pour les deux parents de bénéficier de ces congés et de les prendre avant la quatrième année de l’enfant, le droit pour le mari à huit jours d’absence au moment de l’accouchement de sa femme. Dans certains cas, il a obtenu la garantie de l’emploi au retour et une journée par mois de congé pour enfant malade, au choix du mari ou de la femme.
Mais une grande partie des domestiques ou des salarié(e)s des zones rurales n’ont aucun droit.
♦ Et la question des violences faites aux femmes ?
Murcia Andrews -Depuis 1991, les violences sont davantage dénoncées. Ce n’est pas seulement une question de criminalité mais aussi un problème d’éducation de la société. Il arrive que des militants politiques battent leur femme. Le concept d’égalité et le refus des rapports de force ne sont pas intégrés.
Le viol devient un problème majeur. Dans les communautés noires urbaines il y a un viol toutes les vingt minutes. C'est très risqué pour les femmes de prendre le train la nuit, et de participer à des réunions le soir.
Le viol par inceste devient aussi un problème. C'est un phénomène nouveau dans nos communautés : avant, les enfants appartenaient à toute la communauté ou à la famille élargie, mais l'urbanisation rapide a brisé ces structures, et les gens ne sont pas adaptés à la vie urbaine.
Il y a quelques centres d’accueil pour les femmes violées ou battues mais ce sont essentiellement les étudiantes et les femmes de la petite bourgeoisie qui s’y rendent. Pour les autres, cette violence est intégrée à leur vie. Par exemple, dans les milieux traditionnels africains comme la population zoulou, le mari a trois ou quatre femmes, il peut en battre une et aller avec une autre, c’est la tradition.
Enfin, l’excision n’existe que dans le Nord du Transvaal, vers la frontière du Mozambique où les populations sont très isolées et ont une vie tribale très forte.
♦ Quelle a été la place des femmes dans les luttes, ces dernières années ?
Murcia Andrews -Au niveau communautaire, les femmes ont joué un rôle important dans les associations de quartier qui se sont mobilisées sur des revendications économiques élémentaires comme le logement, l’électricité, l’éducation scolaire. Elles ont souvent porté la bataille contre les institutions municipales et l’Etat.
L’an dernier, les infirmières ont dirigé leur grève. Depuis dix ans, la
Dans les townships de Johannesburg, après une intervention de la police
place des femmes dans les luttes est considérable mais, après les conflits, elles retournent au foyer, à l’oppression, avec un mari qui ne les autorise pas à aller en réunion. Il y a donc des difficultés à consolider ces avancées. Dans les structures civiques ou religieuses, ce sont toujours les femmes qui sont majoritaires mais souvent elles se font confisquer la direction.
♦ Quelles sont les préoccupations des jeunes femmes noires ?
Murcia Andrews -Elles veulent aller à l’école, se former, alors qu’aupara-vant on leur déniait ces droits. Elles veulent comprendre les raisons de leur absence dans les directions syndicales ou politiques. Par exemple, dans WOSA, elles veulent mettre en place des commissions pour comprendre le féminisme.
Par ailleurs, une forte contestation est née à partir du mouvement syndical contre la dot (Lobola). L’homme doit donner du bétail ou de l’argent en échange de la femme. Le plus souvent, les hommes n’ont pas les moyens et ils triment pendant des années pour économiser. Cette tradition est très forte dans les régions rurales. Les femmes subissent la pression de la famille, mais les jeunes ne veulent plus être achetées, elles veulent choisir elles-mêmes leur compagnon.
Du côté des garçons, le problème c'est la circoncision, qui est une tradition dans la société noire. Ils ne sont considérés comme des hommes qu’ après cette cérémonie, sinon ils ne sont pas mariables et restent des enfants pour toute la communauté, quel que soit leur âge.
♦ Existe-t-il un mouvement gay et lesbien ?
Murcia Andrews -Oui, il est en plein développement. Il y a deux ans qu'il est devenu public. Avant, c’était seulement dans les milieux bourgeois et petit-bourgeois que l’on revendiquait son homosexualité. Aujourd’hui, dans les townships, certain(e)s osent se révéler au grand jour, c’est fantastique, alors que beaucoup considèrent cela comme une maladie. En 1990 une grande marche a eu lieu à Johannesburg, des manifestants portaient des sacs en plastique sur la tête afin de ne pas être reconnus, car c’est encore un crime, selon la loi. Dans la Ligue des femmes de l’ANC, nombre d’entre elles disent que l’homosexualité est liée à l’apartheid et donc, si l’Afrique du Sud change, il n’y aura plus de gays ni de lesbiennes. On mesure le conservatisme de notre société !
♦ Il y a deux lignes de division dans ce pays, l’une selon les préjugés raciaux, l’autre sociale. En quoi cette dualité affecte-t-elle la possibilité de construire un mouvement féministe de base et les mobilisations nécessaires ?
Murcia Andrews -Du fait de l’héritage de l’apartheid et des traditions culturelles, contrairement aux femmes blanches, les Noires des milieux populaires ont peu de formation, peu d’éducation scolaire. Le débat sur la situation des femmes n’a pas lieu à la base, le problème du sexisme est très difficile à aborder, je le constate tous les jours dans mon activité. Il faut du temps pour leur faire comprendre que les femmes peuvent avoir un rôle différent dans la société et trouver les médiations pour introduire ce débat.
Par exemple, au Natal, en 1990, s’est tenue une conférence sur les rapports sociaux de sexe où étaient invités tous les groupes féministes, les diverses associations de femmes, des invitées étrangères, et un certain nombre de femmes noires de base.
La salle était à 80 % composée d’intellectuelles blanches, de femmes de la petite-bourgeoisie « métisse », et d'universitaires. La plupart d’entre elles avaient préparé des contributions écrites. Le deuxième jour, c’était vraiment extraordinaire, les 20 % de femmes noires activistes et celles des zones rurales ont arrêté la réunion. Elles ont déclaré être fatiguées des discours universitaires qui parlent d'elles ; elles ont reproché aux intellectuelles blanches de ne leur avoir jamais donné la formation qui leur permettrait de parler elles-mêmes de leur vie. Elles les ont accusées d’écrire en « s’appuyant sur leur dos », de ne pas chercher à apporter une contribution à la lutte de libération mais de se soucier plutôt de leur propre projet universitaire.
Elles ont quitté la conférence. C’est un début de révolte contre les cercles qui prennent des décisions, annexent le débat sur les femmes travailleuses. Un vrai mouvement féministe n’existera que si nous sommes capables de trouver les médiations avec ces femmes et celles des zones rurales, de défendre les intérêts de ces femmes du peuple. Sinon, ce sera un mouvement petit-bourgeois qui s’intéressera à des questions secondaires.
Il n’y aura pas grand changement avec la nouvelle situation dans notre pays. Les femmes de l’ANC et du Parti national ont constitué l’Alliance et sont partie prenante des discussions sur les modifications constitutionnelles. Cette structure est un vrai fourre-tout. On y trouve l’éditrice de Cosmopolitan , des directrices d’entreprises. La seule chose qui ait changé, c’est la possibilité pour les femmes d’avoir des comptes en banque sans l’aval du mari, mais c’est plus par nécessité d’élargir le marché que par conviction politique que cette mesure a été prise.
♦ Quelle solidarité attendez-vous des femmes européennes ?
Murcia Andrews -On doit établir des liens fondés sur l’égalité. On doit apprendre de part et d’autre. Cela ne doit pas être une relation de grandes sœurs à petites sœurs. Le mouvement féministe en Europe doit comprendre que nous ne devons pas simplement importer leur compréhension du féminisme car c’est un tout autre contexte social et culturel. Notre tâche première est de développer l’activité des femmes travailleuses. Depuis longtemps, les femmes dans notre pays ont une riche expérience de mobilisations et de luttes, que n’ont pas les femmes de votre pays. Nous pouvons apprendre de vous, mais surtout des femmes d’Asie, d’Amérique Latine car nous partageons les mêmes expériences. La solidarité des féministes européennes doit essentiellement passer par des actions concrètes plutôt que par une élaboration abstraite sur les femmes noires de notre pays.
Propos recueillis par Catherine Rosehill.
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Les quotas dans l'ANC
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Au congrès de l’ANC (Congrès national africain) de juillet 1991 à Durban, le débat sur le quota minimum de 30 % de femmes dans la direction a soulevé une tempête. Dans cet article, Mikki Van Zyl et Pat Horn font l ’inventaire des arguments et posent la question : « Quand s’arrêtera la rhétorique et commencera réellement l’action positive ? ».
« Ce fut un mauvais moment pour les femmes. Ainsi, aux élections du comité exécutif national, 18 % seulement de femmes ont été élues. Le débat sur les femmes a occupé cinq heures du congrès. La proposition des quotas commença à être une bataille à la première conférence de la Ligue des femmes de l’ANC, à Kinberley, en avril 1991. Il a alors été proposé qu’au moins 30 % des membres des directions nationales, régionales, et des branches locales, soient des femmes et ce sur la base du principe de la discrimination positive. Dans la période de préparation du congrès national, la proposition a été maintenue. Elle a obtenu un fort soutien à la commission interrégionale qui s’était réunie pour discuter des propositions pour le projet de résolution de statut. A Durban cependant, la proposition a rencontré un mur d’objections. Des femmes ont souligné que la demande de 30 % était déjà un compromis dans la mesure où les femmes représentaient 50 % de la population. Quand quelques orateurs ont semblé contester l’idée de la discrimination positive dans son principe, elles ont rappelé qu’un tel mécanisme serait également nécessaire pour mettre fin à l’héritage de la discrimination raciale. Mais cet argument n’a pas réussi à convaincre le congrès que le débat devait porter sur les raisons du système des quotas. Toutes les femmes étaient pour le système des quotas alors que les réponses des hommes étaient plutôt contradictoires. Quelques-uns ont été même radicalement sexistes. D’autres insistaient sur la seule pertinence du critère du mérite ou ressortaient le sempiternel argument nationaliste, selon lequel l’émancipation des femmes viendrait après la libération nationale. Il était cependant encourageant de voir quelques hommes convaincus par les arguments des femmes. Quelques-uns étaient prêts à comprendre que des années d’oppression raciale et sexiste ne disparaîtraient pas automatiquement une fois que la règle « one person, one vote » serait instituée. Après ce débat et au moment du vote, une déléguée annonça que la Ligue des femmes allait s’abstenir dans le vote. La présidence abandonna la tribune pour se concerter avec la direction de l’ANC et la Ligue des femmes, alors que les déléguées chantaient et manifestaient en faveur des quotas. Après une pose de plusieurs heures, la conférence redémarra. Mandela proposa de suspendre le congrès afin que la Ligue des femmes, la direction de l’ANC, et l’organisation de jeunesse puissent trouver une solution. Des déléguées protestèrent et déclarèrent que la conférence était bien plus représentative pour prendre une décision que les comités exécutifs. Finalement la proposition de Mandela l’emporta.
Le débat reprit le matin suivant mais se termina en queue de poisson lorsque la présidente de la Ligue des femmes, G. Shope, s’excusa pour le désordre et le retard que cette question avait causés au congrès. Quelques délégués ont compris qu’elle s’excusait d’avoir introduit ce point au congrès. Un délégué a surenchéri et attaqué les femmes pour avoir introduit une telle « indignité » dans le congrès. Son intervention a été condamnée et, d’une certaine manière, a permis d’ouvrir quelques yeux.
Immédiatement après, les arguments qui avaient été utilisés contre les femmes ont été naturellement oubliés lors de la discussion sur les sièges réservés ou non à l’aile armée, MK, au conseil national exécutif. En effet, les préoccupations relatives au « mérite » disparurent quand l’aile militaire, très macho, devint le sujet du débat. Les arguments sur le caractère non démocratique du système des quotas auraient dû s’appliquer davantage à l’élection de membres du MK à la direction qu’à l’élection des femmes.
Il y a des leçons à tirer de ces débats sur la démocratie et sur la discrimination positive. La position de l’ANC sur l’émancipation des femmes dépasse la compréhension qu’en a la direction. Les gens ont besoin d’être formés sur l’oppression sexiste, et d’apprendre à la combattre. Ceci inclut aussi les femmes non conscientes de leur propre oppression. Pas un seul membre du comité national exécutif n’a pris position dans ce débat. Ceci rappelle que les femmes doivent compter sur les structures démocratiques pour avoir un soutien, plutôt que sur l’intervention d’individus ayant un poids quelconque à l’intérieur des directions.
Les femmes représentaient seulement 17 % des délégués et n’ont obtenu que 18 % de la nouvelle direction. Il était donc impossible pour ce congrès d’élire un plus grand nombre de femmes sans un mécanisme précis le permettant. La question centrale est simple : renforce-t-on le processus démocratique par la discrimination positive ou attendons-nous que cela arrive spontanément ? »
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Notes
- * Pouvoir
- 1. Noir(e)s : expression utilisée par la gauche sud-africaine pour caractériser l’ensemble des populations opprimées non-blanches. L’ensemble des forces de libération a adopté la perspective d’une société non raciale et non pas «multiraciale » : c’est-à-dire sans référence à la race.
- 2. Townships : quartiers et villes périphériques aux villes blanches et réservés respectivement aux populations «africaines », «métisses », «indiennes » selon la classification raciale.
- 3. Bantoustan : territoire alloué par le pouvoir blanc à chaque ethnie africaine. Il s agit pour l’essentiel de réserves où se concentrent des populations exclues du travail.
- 4. Dépo Provera : injection contraceptive reconnue dangereuse, dont la prescription est interdite aux Etats-Unis.
- (Extrait d'un article de New Era, 1991, journal du Cap lié au PC sud-africain)