La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 59-60, hiver 1991 - printemps 1992 · p. 53 · 1 136 mots

Vivre nos 52 dimanches !

Il suffit d’un coup de force du PDG de Virgin France, fin décembre, qui décida d’ouvrir ses magasins le 29 décembre, pour remettre la question sur le tapis. L’opération menée à grand renfort de médias avait un double objectif : faire de la publicité pour une enseigne qui connaît de grosses difficultés économiques, forcer la réouverture du dossier sur le repos dominical afin d’imposer sa loi.

Opération on ne peut plus réussie : cette journée suffit pour que ministres, patrons du commerce et stars s’engouffrent dans la brèche. La ministre du Travail, Martine Aubry, recevait précipitamment ce PDG afin de lui garantir un examen rapide de cette question. François Doubin, ministre du Commerce, affirmait qu’il était temps de s’entendre sur « une définition des biens culturels ». Julien Clerc intervenait en supporter acharné de Virgin ! J.L. Pétriat, PDG de la FNAC, oubliant ses prises de position récentes, s’empressait d’écrire au président de la République pour lui proposer une loi autorisant l’ouverture six dimanches par an. Edith Cresson, elle, laissait entendre qu’elle était favorable « à des différenciations pour certains types de produits culturels ». Il ne manquait plus à l’appel que les Leclerc (père et fils). Ils annonçaient aux ministres que si la FNAC et Virgin ouvraient

La commission des Communautés européennes a mis la France en demeure de réviser sa législation sur l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie. Elle serait en contradiction avec une directive européenne de 1976 sur l’égalité de traitement entre hommes et femmes. La Conférence internationale du travail de l’OIT de juin 1990 avait déjà révisé la Convention 89 de 1948 qui interdisait le travail de nuit des femmes dans l’industrie (Cahiers du féminisme n° 56). Le gouvernement français est prêt, au nom de l’égalité, à s’engager dans la même voie. Les uns et les autres ne font, en fait, que servir les intérêts économiques des employeurs, au détriment de ceux des femmes et de 1 ensemble des salariés. Banaliser l’extension du travail de nuit des femmes dans 1 industrie, c’est banaliser le le dimanche, eux aussi, bien qu’opposés à ces ouvertures, ouvriraient leurs espaces de ventes (vidéo, livres et disques) ! La logique est en effet implacable.

Dans cette cacophonie de déclarations, un point commun : il faut modifier la loi actuelle qui autorise les ouvertures trois dimanches par an et l’élargir à plus, voire à tous les dimanches, pour les produits culturels au moins, dont la définition est pour le moins élastique. Autre point commun : jamais les conséquences d’une telle déréglementation pour les salarié(e)s du commerce n’ont été évoquées.

Après cette belle agitation de début d’année, le gouvernement ne semble finalement pas pressé de changer la loi. Il est vrai que les patrons de la grande distribution sont bien plus sensibles aux parts de marché qu’ils comptent capter qu’aux principes sur lesquels pourrait être fondé un texte de loi. Du coup, trouver un consensus qui satisferait les uns et les autres est pour le moins périlleux et le gouvernement ne souhaite pas s’embourber dans un nouveau dossier délicat.

Certains patrons ne sont de toute façon pas gênés par la loi actuelle qui ne les empêche pas d’ouvrir tous les dimanches illicitement. Ailleurs, les salarié(e)s du commerce ont encore de beaux dimanches devant eux. Mais pour combien de temps ?

travail de nuit pour tous et ses conséquences néfastes sur la santé et la vie personnelle de chacun. Quelques-uns peuvent y trouver leur compte, dans certains jobs marginaux. Mais la plupart du temps le travail de nuit est imposé par les employeurs, moyennant, parfois, de maigres avantages au regard des dégâts qu’il entraîne.

Le travail de nuit ne devrait exister qu’en cas de nécessité sociale absolue (santé, transport, par exemple) mais accompagné de compensations salariales et d’une forte réduction du temps de travail. S'il faut se battre contre l’extension du travail de nuit, ce n’est pas, comme le déclare la CFTC (cf tribune de P. Chalmel, le Monde du 5 février 1992), au nom de la maternité « sanctifiée », mais au nom du refus de céder à la logique de rentabilité.

Dans le cadre de la réforme du Code pénal, en cours de discussion au Parlement, les députés ont enfin comblé une lacune : le harcèlement sexuel, déjà réprimé dans d’autres pays, est désormais reconnu comme un délit. Le fait « d’user de pression afin d’obtenir des faveurs de nature sexuelle » peut être puni d’un an de prison et de 100 000 F d’amende. De son côté, le secrétariat d’Etat aux Droits des femmes prépare une réforme du Code du travail interdisant toute mesure de rétorsion contre les victimes ou les témoins qui dénonceraient un harcèlement et permettant aux associations de se porter partie civile.

Ces mesures marquent la reconnaissance publique de la réalité et du caractère inacceptable des violences que subissent de nombreuses femmes dans le cadre de leur travail. Réalité confirmée par un récent sondage1 : 19 % des femmes interrogées (près d’une femme sur cinq !) disent avoir été victimes de harcèlement sexuel, le plus souvent du fait de leur patron ou d’un supérieur hiérarchique : « propos et gestes douteux », « avances répétées malgré un refus ». Ces situations se retrouvent dans tous les secteurs de travail.

Les mesures en cours de discussion constituent donc une avancée indéniable. Elles sont avant tout le résultat de l’action opiniâtre de militantes féministes qui luttent au quotidien pour aider les femmes victimes de violences, les conseiller, les encourager. Saluons tout particulièrement l’action de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT)2,

Travailler la nuit ?

Le harcèlement sexuel enfin reconnu

qui se bat depuis plusieurs années sur ce terrain. Les réformes actuelles lui doivent d’ailleurs beaucoup. Elle reproche cependant au projet de V. Neiertz de limiter la définition du harcèlement sexuel aux rapports hiérarchiques, alors qu’une femme peut tout autant souffrir et se sentir atteinte dans sa dignité lorsque les « gestes douteux » ou les « avances répétées » proviennent d’un collègue.

S’il nous semble effectivement important de rappeler que le harcèlement sexuel ne se réduit pas aux situations de chantage exercé par un chef sur son employée, on ne peut pas non plus nier que l’existence de rapports de pouvoir rend la situation des femmes harcelées encore plus vulnérable. Les moyens de défense ne sont pas forcément les mêmes dans les deux cas. La question mérite en tout cas discussion. Le débat est ouvert, et devrait permettre d’élargir la prise de conscience au niveau de l’opinion publique. Car, si l’on en juge par les plaisanteries et les sous-entendus douteux que l’on a pu entendre, à la télé ou à la radio, lors de la présentation du projet de V. Neiertz, il reste encore pas mal de travail à faire !

Affiche suisse

Notes

  1. 1. Cf. le Monde du 9/01/1992.
  2. 2. AVFT, 71, rue Saint-Jacques, 75005 Paris.

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