Trois ans après la lutte qui a fait apparaître sur le devant de la scène les infirmières , le dernier trimestre 1991 a été marqué par les luttes du secteur hospitalier. Nous avons interrogé Irène Leguay et Marie-Thérèse Patry, de la fédération CRC-santé-sociaux. Irène a été porte-parole du mouvement en 1988, elle est actuellement infirmière de nuit au centre hospitalier de Versailles où il vient d'y avoir dix-sept jours de grève reconductible ; Marie-Thérèse est permanente du CRC.
♦ Quelles différences avez-vous constatées entre la lutte de la santé en 1991 et le mouvement de 1988, du point de vue de l’organisation de la lutte, des syndicats, des revendications ?
Marie-Thérèse : La nature de la lutte est complètement différente. En 1988, c’était une lutte d'identité professionnelle, les infirmières revendiquaient un savoir-faire propre, différent de celui des médecins, et une reconnaissance de leur technicité. Elles ont affirmé qu’elles n’étaient plus seulement les assistantes des médecins, ce qu’elles ont toujours été dans l’histoire de la profession. La division sexuelle du travail qui cantonne les femmes dans des emplois reproduisant leur rôle social -s'occuper des malades, des enfants, des personnes âgées -et l'inégalité salariale entre hommes et femmes ont été remises en cause. Elles ont exigé la reconnaissance de leurs compétences, de leurs qualifications. Elles ont dit « ça suffit, on est des vraies pros ». Dans cette lutte, même si les résultats ont été décevants, le fait même de s'être mobilisées a contribué à modifier l'image de la profession, aussi bien pour les infir-mières elles-mêmes que pour le public. Cette lutte allait bien au-delà d'une lutte revendicative classique, elle a été aussi le révélateur de la crise profonde que vit aujourd'hui le secteur de la santé.
Le peu de choses gagnées en 1988 a fait ensuite comprendre aux gens qu’une catégorie se mobilisant toute seule n’obtiendrait pas satisfaction sur ses revendications. Le point de départ de la lutte, en 1991, a été la pénurie d’effectifs, qui remet en cause la mission même de l’hôpital ; il arrive un moment où le personnel ne peut plus assurer correctement son travail tel qu’il entend le faire.
CRC (Coordonner, rassembler, construire) : Fédération syndicale de la santé créée en 1989 après l’exclusion par la CFDT de ses syndicats de la région parisienne qui étaient en désaccord avec ta direction confédérale sur la conduite de la lutte des infirmières
CNl (Coordination nationale infirmières) : syndicat professionnel d’infirmières qui s’est constitué après la lutte de 1988 en « s'appropriant » le nom de la structure dont s’étaient dotées les infirmières lors de leur lutte.
UIF (Union infirmières France) : association infirmière de type syndical créée dans la dynamique de la lutte de 1988, formalisée au dernier Salon infirmier de 1991, regroupant des anciennes associations professionnelles, dont l’UNASIIF, et des participantes de la lutte de 1988,
Collectif interhopftaux : structure de coordination et d’animation de la lutte en 1991, implantée principalement en région parisienne, regroupant sur les hôpitaux, toutes catégories confondue',, la CGT. le CRC, quelques sections FO, les salarié(e)s syndiquées ou non.
Accords Durieux : se décomposent en trois protocoles portant snr :
-les sujétions hospitalières, les effectifs, la formation ;
-les rémunérations, les perspectives de carrière pour les infirmières et les aides soignantes ;
-les améliorations des conditions de vie au travail.
Irène : En 1988, j’étais déléguée par mon « hosto » pour participer à la coordination nationale et donc peu présente localement. J’en ai souffert, je me suis sentie très loin des réalités locales et je me suis culpabilisée. En 1991, j’ai donc fait le choix inverse. Au cours de la dernière grève, j’ai pu jouer un rôle moteur dans l’animation du mouvement sur l’hôpital. En 1991 ce fut une lutte plus difficile à maîtriser : je n’ai pas senti le même élan et la même conviction.
♦ Comment expliques-tu cette différence d’enthousiasme ?
Irène : 1988 a été un mouvement très massif, très unitaire dans la profession mais les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances. Si l’idée d’une force collective nécessaire pour aboutir à fait son chemin, il y a eu un moment une certaine méfiance et un peu de découragement. Entre les deux mouvements, il ne s’est pas passé grand-chose. En 1991, lorsqu’on a redémarré, les plus motivé(e)s ont été les personnels administratifs, par la suite les personnels soignants ont suivi. Les filles ont parfois eu du mal à s’intégrer dans un mouvement de type intercatégoriel, à se mêler à d’autres catégories, par crainte de voir leurs revendications noyées. Ce n’est pas franchement par corporatisme, mais en assemblée générale elles posaient le problème de comment mettre en avant telles ou telles de leurs revendications dans le mouvement intercatégoriel. Elles ont suivi le mouvement, les actions de grève, les manifestations mais avec beaucoup moins d’assurance et de conviction qu’en 1988.
♦ Quelles ont été les revendications sur ton hôpital ? En 1988 vous aviez des demandes vis-à-vis des médecins, de la hiérarchie...
Irène : Les mêmes revendications qu’en 1988 : les collectifs n’ont même pas retravaillé celles des infirmières, ils ont repris les plates-formes revendicatives de 1988 puisqu’elles n’avaient pas été satisfaites. L’idée d’un statut d’infirmière indépendant dans la grille de la Fonction publique, mise en avant en 1988, n’a pas été aussi présente. Les revendications ont porté surtout sur les conditions de travail, les effectifs et les augmentations salariales indépendamment du statut spécifique de chacun, sur le 1 % logement. . .
Vis-à-vis des médecins, il n’y a pas eu en soi de revendication parce que les filles n’y croient pas ; quelques médecins s’étaient engagés dans un certain soutien au mouvement mais ne sont pas allés jusqu’au bout de leur démarche, cela a provoqué un désenchantement : « les médecins, on ne les changera pas ». Aucune revendication n’a été émise dans le sens de l’amélioration des relations médecins-soignants.
♦ Les formes de mobilisation, d’organisation ont été différentes de celles de 1988, plusieurs structures et syndicats sont apparus sur le devant de la scène publique, pouvez-vous nous l’expliquer ?
Irène : Après la grève de 1988, la Coordination infirmières, qui était un instrument de lutte unitaire, a été confisquée par quelques-uns pour la transformer en syndicat professionnel, la CNI. Pour moi, et c’est ce que j’ai expliqué dans mon hôpital, ce « syndicat coordination » ne se veut plus unitaire, il pratique l’exclusion, il a volé le sigle et annexé l’esprit de 1988, je ne pouvais m’y reconnaître.
Marie-Thérèse : Les infirmières, là où le débat a eu lieu, n’ont pas fronta-lement dit non à une bagarre intercatégorielle, elles n’ont pas revendiqué comme en 1988 de s’organiser toutes seules, ce qui ne veut pas dire qu’elles étaient d’accord pour que leurs revendications spécifiques passent sous la table. Ce sont les syndicats qui ont porté les luttes intercatégorielles mais il n’y a pas eu de résistance à cette bataille, l’expérience de 1988 avait fait mûrir la réflexion sur les moyens de gagner. En 1988, le mouvement était aussi très divisé mais la CFDT était franchement en dehors, en 1991 la division est restée forte mais avec des forces qui se sont toutes retrouvées dans le mouvement. La CNI a eu en province, par exemple, un impact remarquable qu’il ne faut pas sous-estimer. Elle a introduit une grande confusion, parce qu’une grande partie des infirmières ont été persuadées que c’était la même chose qu’en 1988, surtout quand il n’y avait pas de syndicats ou des syndicats un peu atones.
Irène : Quand la lutte a recommencé, d’emblée, je ne voulais pas recréer une mobilisation d’une seule catégorie professionnelle, parce que c’était replonger dans 1988 alors que nationalement ce n’était pas organisé de la même manière. Du jour où nous avons relancé les assemblées générales sur une base intercatégorielle, les gens ont réapparu. Mais au départ il y a eu une contusion, la première AG était composée principalement de soignant(e)s. Néanmoins, nous sommes partis avec la référence de l'hôpital Tenon, à Paris, qui a mené une lutte remarquable contre la rotation du personnel de jour que la direction voulait faire travailler la nuit pour répondre à la pénurie d’effectifs. Dans cette lutte, les aides-soignantes s’étaient jointes aux infirmières. Par ailleurs, un texte de Durieux autorisait les directions administratives à imposer ces rotations.
Nous avons donc démarré, au centre hospitalier de Versailles, sur un collectif intercatégoriel basé sur des revendications communes mais avec des commissions spécifiques sur les problèmes des différentes catégories. Il y avait une direction du collectif composée de syndiqué(e)s et de représentantes de services. On a par ailleurs suscité la création de ces commissions revendicatives au sein de chaque catégorie : commission « soignante » avec les infirmières, les aides-soignantes et les ASH, commission « administrative »; commission OP.
♦ Pourtant on aurait pu penser que la CNI serait ultra-majoritaire sur son orientation « corporatiste » ?
Irène : La CNI ne répond pas à une exigence de la profession, qui a besoin d'un grand mouvement d’ensemble, unitaire, où toutes les idéologies peuvent se retrouver. Par ailleurs, elle bute sur la crainte du milieu de tout ce qui est structuré syndicalement. L’image des représentants de la CNI, notamment quelqu’un comme Rabet-te, ne plaît pas. Les filles de mon hosto parlent de lui comme le « Jésus Christ » de la coordination, et puis c’est un mec. Elles ne se reconnaissent pas trop dans les discours féministes mais elles disent toutes que ce n’est plus comme en 1988, ce ne sont plus des femmes qui s’expriment, que seuls les hommes prennent la parole lors des manifestations. En 1988, même si nous avons eu du mal à nous y mettre, à la fin on ne voyait pratiquement plus que des femmes.
En plus, les appels à manifester contradictoires, la CNI à tel endroit, le collectif à tel autre, ont troublé les participants.
Marie-Thérèse : Ce qui a le plus gêné les gens, c’est le fait de ne pas retrouver dans la CNI un fonctionnement démocratique. Localement, les personnels ont eu des pratiques variées mais démocratiques. Ils n’ont pas été convoqués en AG nationales, certains s’en sont passés. D’autres ont découvert qu’on leur avait sciemment caché qu’il existait une structuration démocratique, qui était le Collectif interhôpitaux.
La CGT a eu la tactique habituelle : ne pas se couper de tout ce qui bouge. Comme elle ne savait pas ce qu’allait devenir la CNI, elle a suivi la CNI dans un premier temps, a appelé au sit-in, le service d’ordre des premiers jours était CGT. Après elle est venue au Collectif interhôpitaux.
♦ Pouvez-vous expliquer pourquoi la CNI a fait un sit-in et pourquoi le collectif était contre ?
Marie-Thérèse : Il n’était pas contre. La CNI a eu une stratégie particulière, elle s’est autoproclamée direction du mouvement et a eu une stratégie de harcèlement, d’actions médiatiques, parfois désespérées, tel le mot d’ordre de « zéro infirmière » qui a été un fias co complet. Elle a cru qu’un sigle suffisait, elle n’a pas jugé nécessaire de construire la mobilisation en profondeur. Le Collectif interhôpitaux a expliqué qu’il fallait, avant de lancer le sit-in, ancrer la mobilisation dans les hôpitaux pour arriver à cet objectif. D’autre part, nous nous sommes opposés, au sein de la mobilisation intercatégorielle, à ceux qui, de manière aussi sectaire, repoussaient tout rapprochement. La direction du CRC préconisait un relais pour cette action, dans les hôpitaux, elle s’est fait battre là-dessus : la CNI avait une attitude tellement sectaire que les autres catégories ne voulaient pas en entendre parler.
C’est tout le problème de la démocratie : voir arriver des mots d’ordre tombés d’en haut fait prendre conscience de la nécessité de débattre collectivement. Ceci ne veut pas dire que le Collectif interhôpitaux est arrivé à prendre l’autorité nationale qu’on aurait souhaité qu’il ait.
♦ Comment expliques-tu sa faible audience ?
Marie-Thérèse : La presse n’en a pas du tout parlé. De plus, le CRC et bien évidemment le Collectif interhôpitaux ont été exclus des négociations, le gouvernement a favorisé la CNI et l’UIF. Mais nous avons été confrontés à d’autres problèmes directement liés à la nature de la mobilisation : l’implication des non-syndiqués, au moins dans la direction d’un mouvement régional, en terme de délégués d'établissement a été très faible. Nous nous sommes retrouvés dans un cadre de division syndicale largement maintenue voire amplifiée ; les militants syndicaux ne se comportaient pas dans les AG régionales comme des délégués, même s’ils l’étaient d’ailleurs, mais comme des militants syndicaux qui défendaient leur ligne. Cela n’aurait pas pu se produire en 1988.
♦ Cela montre les difficultés d’un mouvement intercatégoriel ?
Irène : L’ensemble des catégories, même les aides-soignantes qui s’étaient senties à l’époque rejetées, ont gardé le souvenir de 1988 comme d’une force collective très importante. Les autres catégories ont cru à un
Revendications du collectif de l'hôpital Versailles
-creches omertes 7 jours sur 7. 24h sur 24 pour tout le personnel ,
-parking ouvert 24h sur 24 ;
-repas gratuits pour les équipes de nuit ;
-accélération de la réhabilitation des salles de soin, mise en place de douches ;
-prime d’assiduité non diminuée en cas de maladie longue durée ou d’hospitalisation ;
-plus de disponibilité de l'infirmière générale vis-à-vis du personnel ;
-promotion professionnelle prise en charge à 100 % sur le temps de travail ;
-possibilité d’ajouter des repos fériés aux congés annuels ;
-participation active et effective au choix du materiel ;
-réévaluation des besoins réels des services par catégories, création d’un pool ae remplacement poui pallier le », ancls poui formation ou pour enlants malades ; �création d'un comité d'établissement ayant un réel pouvoir. y moment donné qu’elles allaient pouvoir aussi s’investir dans un mouvement de type 1988, reproduire cet état d’esprit de 1988 élargi à d’autres catégories.
Si je suis convaincue de la nécessité de la lutte intercatégorielle dans les hôpitaux, je comprends que certaines infirmières puissent éprouver une peur d’être mélangées à d’autres catégories, ce type d’interrogation existe dans la direction d’une grève aussi bien qu’à la base. Quand les problèmes d’identité se posaient pour les autres catégories, en dehors de répondre par la création de commissions ad hoc, je me sentais incapable de donner des solutions.
Marie-Thérèse : En 1991, on a pu mesurer combien il est difficile que les gens s’impliquent dans une lutte qu’ils maîtrisent moins bien dès que c’est intercatégoriel : c’est un champ plus large, c’est plus difficile à gérer. D’autre part, on n'a pas retrouvé cet aspect de lutte identitaire, où l’implication individuelle est tellement forte qu’il n’est pas question que quelqu’un aille interférer dans le collectif et puisse se permettre de parler à ta place quand tu ne lui as pas dit de parler à ta place. Les personnels administratifs de l'Assistance publique de Paris, qui avaient mené quatre mois de grève durant l'été et une partie de l'automne 1990, ont manifesté dans la lutte un élan de dignité, vital pour chaque individu. Ce qui donne des luttes massives, c’est que les gens se sentent impliqués individuellement. L’articulation entre un mouvement intercatégoriel et les mouvements spécifiques est une idée qui n’a encore jamais marché, qui n’a pas d’histoire et qui n’est donc pas encore crédible.
♦ Avez-vous discuté de la réforme hospitalière ?
Marie-Thérèse : C’est compliqué. Le seul point clair est qu’il y a une pénurie organisée, qui se traduit par la flexibilité, la mise en place d’horaires variables (amendement au Sénat), et la polyvalence du diplôme. En termes diffus, les personnels (y compris les directeurs) veulent qu’il y ait un vrai service public.
5 Compte-tenu de ce qui. s’est passé à l’Est, tout le monde a intégré l’idée que l’hôpital public, très socialisé, c’est forcément lourd, lent, inefficace, plein de gabegies et que la concurrence est un vrai aiguillon de la qualité. Il y a un aspect contradictoire : l’idée reste forte, aussi bien chez les usagers que chez les personnels, que le service public doit être meilleur que le service privé. Il faudra du temps pour que cela se clarifie. Un directeur astucieux, prônant l’hôpital-entreprise, rendra le service d’urgence plus rapide mais rognera sur les services de personnes âgées. Mais cela variera selon les hôpitaux, leur taille, les réalités locales...
# Avez-vous songé à faire participer les usagers ?
Irène : Les malades ne le ressentent pas de la même manière ; ils sont habitués à un service public de santé qui est relativement maintenu en apparence, pour eux. A moyen terme, les usagers vont être confrontés à ces listes d’attente qu’ils n’ont vécues qu’en période de grève pour le moment ; notre collectif voulait vraiment une suppression de lits pendant la grève pour faire prendre conscience aux usagers de ce qui les attendait. On ne l’a pas obtenu, la hiérarchie a tout fait pour que cela ne puisse se faire.
La psychiatrie : prochain secteur en lutte ?
“A
Dans le cadre de la reforme hospitalière, le secteur psychiatrique va être totalement démantelé. Tous les services de malades dits chroniques seront intégrés dans les hôpitaux généraux. Ces mesures nient la spécificité de la maladie mentale qui est le résultat de problèmes affectifs et sociaux et tendent à ramener la psychiatrie à une pathologie strictement biologique ou physiologique.
Toute l'activité autour des institutions de secteur (le maintien des personnes à domicile, le suivi des grands malades mentaux) est menacée d'abandon.
lin décret vient de sortir, début janvier » qui peut être le détonateur d’une nouvelle lutte dans le secteur hospitalier : il instaure un diplôme unique polyvalent d’Etat (DUPE). Désormais, il n’existera plus qu’un seul type d’infirmière). Avant, le diplôme d’infirmière) psychiatrique était spécifique : les DE (diplômés d’Etat) avaient le droit d’aller travailler dans les hôpitaux psychiatriques et non l’inverse. Le nouveau diplôme, qui est le condensé des deux diplômes existants aujourd'hui, verra son contenu réduit. Ce diplôme sera déqualifiant pour tout le monde. Personne ne sait encore comment va se faire la reconversion mais il est vraisemblable que les infirmièr(e)s psychiatriques qui ont un diplôme ancien vont rester en hôpital psychiatrique pendant que tou(te)s les autres devront prendre en charge, à un moment ou un autre de leur carrière, des malades souffrant de névroses ou de psychoses.
11 y a actuellement environ 60 000 infirmièr(e)s psychiatriques qui devraient être reclassé(e)s mais les crédits formation ne permettent pas cette reconversion et les infirmiers actuels risquent de se retrouver dans un cadre en voie d'extinction.
Des Etats Généraux de la psychiatrie sont prévus au printemps pour examiner , la situation. ,
♦ Comment a été ressenti le bilan de la grève ? La nécessité de faire une lutte toute Fonction publique confondue existe-t-elle ?
Irène : Au début, il y a eu une forme de démoralisation quasi générale. On l’a senti à partir du moment où petit à petit la grève n’était plus reconduite, l’investissement des délégués de service diminuait. A la dernière assemblée générale, nous avons cependant prôné le maintien du collectif, en précisant que s'il y avait essoufflement de la grève, il ne fallait pas baisser les bras. On mise beaucoup sur les négociations locales, il faut utiliser le rapport de force local pour avancer. Le protocole prévoit des discussions sur les contrats locaux qui porteront notamment sur les conditions de travail. Les équipes continuent de se voir, retravaillent sur les revendications.
Localement, les gens sont très axés sur leur réalité quotidienne ; ils ne s’imaginent pas que leurs revendications ne sont pas négociables localement, alors que c’est souvent tout un bouleversement de la Fonction publique qu’ils exigent. On a une difficulté supplémentaire : à partir du moment où c’étaient surtout les infirmières qui étaient mobilisées, même dans ce mouvement intercatégoriel, il y avait une méfiance des autres personnels qui disaient « on ne va pas se faire avoir comme en 1988 ». Et le protocole va dans ce sens-là, c’est assez logique.
Marie-Thérèse : Au niveau du CRC, on a compris une chose : dans notre secteur en tout cas -peut-être parce qu'il est fortement féminisé -on ne peut plus construire une mobilisation par des mots d’ordre centraux sans que les gens les construisent eux-mêmes dans les boîtes et dans des collectifs unitaires. Nous mettons en place des collectifs unitaires, parce que nous sommes convaincus que c’est par là qu’on reconstruira la mobilisation ; la lutte des AS, des hospitaliers, des PA, des infirmières, a pu avoir lieu parce qu’il y avait eu avant la lutte des radios, des secrétaires médicales... Nous devons aller vers l’ autodépassement de notre syndicat. L’objectif est de construire la mobilisation du secteur social et à terme la mobilisation du secteur sanitaire et social. On sait que cela ne se fera pas du jour au lendemain.
Irène : Au niveau local, je suis persuadée qu’il faut maintenir ces comités unitaires. La structuration syndicale ne passera que par la démonstration active d’un collectif qui, au fur et à mesure, expérimentera.
Propos recueillis par C. Rosehill, J. Trat, M.-A. Vigan