La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Compte rendu

Brasileiras

Cahiers du féminisme, n° 6, octobre - novembre 1978 · p. 45 · 756 mots

A PROPOS DE LIVRES

A propos de « Brasileiras », un livre publié par les éditions Des femmes, en décembre 1977, de M. Lapouge et C. Pizza.

« Une femmes est assez instruite, lorsqu'elle est capable de lire couramment ses prières et d'écrire la recette de confiture de goyave ; que les femmes en sachent plus, serait un danger pour la paix du ménage. »

Proverbe portugais rapporté par Charles Expilly dans « les Femmes et les coutumes du Brésil ».

, * A l‘ usine, on met un pantalon parce que le travail l'exige, et on met par dessus une jupe, parce qù'on est des femmes » (une ouvrière de l'industrie automobilè).

Le processus de formation de la famille brésilienne sous le système patriarcal et esclavagiste a déter-orçpé une position sociale de la femme qui a laissé des traces profondes dans la société actuelle : l'exi-9énce de la soumission totale des esclaves ainsi que< des femmes de la classe dominante aux maîtres et seigneurs faisait du. mariage la seule perspective d avenir. Confinées dans les limites étroites du foyer, les voyages d'études en Europe étant le privilège des freres et des oncles, ces femmes ne pouvaient être que conservatrices favorisant ainsi la stabilité du système colonial.

La propriété privée, source de pouvoir dans ce système, intégrée au capitalisme mondial, était interdite aux esclaves et aux femmes ; les mouvements politiques également. Ce manque d'autonomie n'a pas changé au XIX* siècle : sans accès à l'éducation, les femmes des classes dominantes continuaient à être irresponsables et vouées exclusivement à la famille, à l'Eglise et aux fêtes. Les autres, les femmes esclaves, étaient surexploitées et obligées à accepter l'échange sexuel avec les maîtres.

D'autres femmes commencent elles aussi à parler et ce livre l'ignore : contre l'inégalité brutale des salaires, contre le nombre ridicule de crèches, contre le contrôle de la natalité et de la contraception imposé par la dictature. Elles luttent pour en finir avec les brimades exercées contre les femmes enceintes, avec l'arrogance des petits et des grands chefs, avec les conditions pénibles de travail (accidents, WC, heures supplémentaires), avec l'utilisation de leur corps par la publicité. Ces femmes — quelques centaines à être organisées aujourd'hui en groupes de femmes dans les principales villes du pays — commencent aussi à discuter sur le féminisme, et sur des thèmes comme la virginité, le mariage, l'avortement. Et souvent, elles finissent par mettre en question Te manque de libertés démocratiques, de liberté syndicale et politique, qui limite l'extension du mouvement des femmes, lui-même.

Maryvonne Lapouge et Clélia Pizza ont choisi de ne présenter au public féministe français qu'un côté du réveil des femmes : ainsi le livre se termine par des extraits de la littérature brésilienne contemporaine sélectionnés par des femmes écrivains alors qu'elles auraient bien pu nous présenter des extraits de la presse féministe vivante — mais par trop anonyme ! — depuis 1975...

Quand aux appréciations politiques exprimant la plus vive confiance au dictateur Geisel, en introduction à « Brasileiras », on pourrait encore en dire beaucoup de choses mais c'est alors un autre article...

Même aujourd'hui, dans les années soixante-dix, 18 % des femmes, seulement, des femmes en âge de travailler ont accédé au marché du travail : la situation des femmes est caractérisée par la dépendance et l'insécurité, l'idéologie dominante contraignant les femmes à subir en silence le machisme et mille formes d'oppression.

Brisant le silence, les femmes brésiliennes commencent à parler de leur vécu, de leurs expériences, de leurs cheminements ; c'est ce constat que permet de faire « Brasileiras ». Mais de quelles femmes s'agit-il ici ? On retrouve, dans ce livre, les noms les plus connus de la littérature, de la poésie, du cinéma et du théâtre, du journalisme, de l'université. La parole est donnée à celles qui l'on déjà ; il ne s'agit pas de critiquer l'origine socialement petite-bour-geoisè — certaine — de la radicalisation des femmes au Brésil mais d'avoir choisi de faire témoigner des femmes, non en raison de leur engagement féministe (certaines ne sont pas féministes) mais pour leur célébrité. C'est là une entreprise commerciale donc.

Mariage, sexualité, enfants, éducation, problèmes professionnels, culpabilité devant les employées de maison qui allègent leur double journée de travail, tels sont les thèmes abordés le plus souvent au fil des pages. Ces témoignages individuels nous informent très peu sur la situation de la masse des femmes travailleuses qui n'ont rien à voir avec celles de ces femmes considérées à tort, par les auteurs, comme représentatives du « mouvement » des femmes.

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