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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Et les rythmes biologiques ?

· Cahiers du féminisme, n° 61, été 1992 · p. 10 · 974 mots

Extraits de l’intervention de Jean Foret , biologiste (laboratoire d’Etude du sommeil , CNRS), lors de la rencontre internationale contre l’extension du travail de nuit , les 16 et 1 7 mars 1991.*

a court terme, c’est essentiellement la fatigue que l’on ressent, ou plus exactement la difficulté à rester éveillé quand il le faut (au travail ou dans la vie avec les autres) et à s’endormir et à dormir assez longtemps. (...) Cette fatigue s’accompagne, bien entendu, de tous les inconvénients, voire des dangers qui y sont liés : erreurs, lapsus, accidents, tous les “ratés” liés à une baisse de la vigilance. (...)

L’on peut expliquer pourquoi on est fatigué, c’est-à-dire que l’on sait comment se comporte l’ensemble veille/sommeil, soumis à des manipulations horaires (privation ou fragmentation du sommeil, déplacement de la plage de sommeil) ou à toute raison qui fait qu’il est impossible de respecter le schéma de base : sept à huit heures de sommeil nocturne suivies de dix-sept à dix-huit heures d’éveil diurne. Si l’on est obligé de dévier par rapport à ce schéma, l’on connaît les conséquences sur l’organisme et l’on peut, avec une bonne probabilité, prévoir ce que les individus soumis à ce régime vont ressentir et les risques de commettre des erreurs : comme illustration, je prendrai l’exemple de l’accident de train survenu en automne 1985 à Argenton-sur-Creuse et qui s’est révélé particulièrement tragique. (...)

Parler du sommeil, c’est amusant mais aussi terrifiant. Il existe des lois biologiques auxquelles il n’est pas facile d’échapper et il y a plusieurs modes de fonctionnement du sommeil. Il y a un mode de fonctionnement qui est de six heures à huit heures par rapport à l’heure locale et l’on ne tourne pas les aiguilles de cette horloge au gré des horaires de telle industrie ou selon son bon désir : la conséquence, c’est que telle heure de la journée n’est pas du tout équivalente de telle autre heure. On dort beaucoup mieux à minuit qu’à 16 h ou à 1 1 h : les scientifiques l’ont prouvé. On a maintenant des arguments pour considérer absolument non valides, erronés et inadmissibles, tout accord ou négociation basés sur une arithmétique temporelle du type : 1 h + 1 h = 2 h ou que 2 h x 2 de repos c’est la même chose que 1 h x 4 d’affilée. Par exemple, les horaires des cheminots ou des vendeuses dans les supermarchés qui ont des coupures de deux à trois heures en milieu de journée : il vaudrait mieux ne pas avoir une coupure si longue en milieu de journée et avoir un repos mieux placé dans les vingt-quatre heures. Il ne faut pas accepter un certain nombre d’arguments, en particulier celui des machines, qui n’est valable que pour les machines : une heure de machine la nuit égale une heure de machine le jour. Il ne faut pas étendre ce raisonnement à l’être humain qui fait fonctionner la machine.

Il existe d’autres facteurs qui déterminent le sommeil et l’état de veille : c’est ce qu’on appelle des synchroniseurs, et là aussi nous avons des arguments biologiques. L’être humain vit toujours, sauf cas exceptionnel, au milieu d’autres êtres humains. A tout moment, chacun d’entre nous sait l’heure qu’il est : outre le port d’une montre-bracelet, l’on entend du bruit, l’on perçoit de l’agitation le jour ou, au contraire, la nuit c’est le règne du repos et du silence, il fait plus froid et, en conséquence, c'est un moment où l’être humain n’est pas fait pour être actif. Ce n’est pas un hasard si l’on dort la nuit et travaille le jour. Cette horloge biologique, bien qu’elle soit interne, autonome et largement indépendante de l’environnement, est, sans arrêt, renforcée par toutes les informations temporelles de l’extérieur, pour celui ou celle qui travaille selon un horaire normal bien entendu. En revanche, chez l’être humain qui travaille la nuit et dort le jour, toutes les informations, tous les synchroniseurs sont pris à contre-pied. Il faut non seulement travailler la nuit, j’ai travaillé la nuit dans une usine chimique, où c’est le silence et la solitude, mais, en plus, tout vous invite à vous endormir : il ne se passe pas grand-chose. (...)

Un autre cercle vicieux, c'est qu'il faut travailler pendant que les autres ne font rien et, en plus, il faut dormir au moment où tout le monde est éveillé : seulement il y a les enfants qui vont à l’école, il y a les courses à faire, et il fait chaud, il y a du bruit... (...)

Il existe un autre facteur dont il faut tenir compte : c’est l’âge. L’âge, sur le système veille/sommeil, comme sur toutes les fonctions physiologiques, aggrave sérieusement les choses : les performances que l’on arrive à faire à dix-huit ou vingt ans, on ne peut plus les faire à quarante ans. (...)

Parmi les maladies qui touchent les fonctions gastro-intestinales (système digestif), certaines sont bénignes, et il s’agit de troubles chroniques du transit (constipation, diarrhées) ou de douleurs d’estomac, dans les cas plus sérieux, des ulcérations ; des changements anormaux de poids, plutôt des prises de poids anormales pour l’âge. L’image de l’infirmière de nuit un peu “enveloppée” existe bel et bien. Il est prouvé que ce n’est pas parce qu’elle mange trop la nuit. (...)

On ne connaît pas les raisons exactes. Outre les troubles des fonctions digestives, il existe des troubles de l’appétit (boulimie ou anorexie) ainsi que des troubles cardiovasculaires. Il a été prouvé que la fréquence des infarctus du myocarde est un peu plus importante chez les travailleurs postés que chez les travailleurs normaux. La présence de douleurs cardiaques ou de difficultés cardiaques modérées, de type tachycardie, ou de pression artérielle, a été plus souvent notée chez les travailleurs postés. Le travail de nuit tend à ne pas améliorer l’ensemble de la santé.

Notes

  1. ’ Rencontre organisée à Paris par le Collectif “Travail de nuit, ça nuit” (139, rue du Château, 75014 Paris).
  2. Actes de la rencontre disponibles auprès du Collectif (30 F).

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