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Prévention au lycée : Pas de miracle mais un pas en avant

Cahiers du féminisme, n° 65, été 1993 · p. 25 · 721 mots

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DOSSIER

Prévention au lycée SIDA

Pas de miracle mais un pas en avant

£ntre le sentiment d’urgence d’une information systématique des jeunes sur la question du sida et la volonté de ne pas « dramatiser » à outrance, les animateurs et animatrices du CRIPS 1 multiplient les actions de prévention dans les lycées et les LEP. Il est encore trop tôt aujourd’hui pour tirer un bilan global de ces interventions, même si les méthodes actives expérimentées en petits groupes sont bien reçues par les élèves... Les limites en sont assez évidentes néanmoins.

Première étape : mise au point d’un « programme » de prévention par l’équipe socio-médicale du lycée. L’intelligence et la motivation du médecin scolaire, de l’infirmière et de l’assistante sociale, sont décisives. Au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis par exemple, en région parisienne, plusieurs propositions ont été avancées dès la rentrée 1992 : installation d’un bus d’information dans la cour du lycée, à l’heure du déjeuner, lors de la journée contre le sida, le 1er décembre ; plusieurs séances de théâtre participatif (Théâtre de l’opprimé) sur la question du sida en début d’année 1993 ; séances d’information en demi-groupes animées par le CRIPS pour toutes les classes de seconde ; réflexion sur la mise en place d’une permanence hebdomadaire animée par un centre de planification de Saint-Denis, etc.

Deuxième étape : aprobation du « programme » par le conseil d’établissement (CA) qui rassemble des élu(e)s des parents, des élèves, des enseignant(e)s, du personnel non enseignant et l’administration. Au lycée de Saint-Denis par exemple, les délégués d’élèves étaient extrêmement favorables à toutes ces propositions mais intéressé(e)s surtout par la mise en place d’une permanence où l’on pourrait « discuter de tout », et par l’ouverture d’un centre de dépistage sur le lycée même, comme pour calmer leur angoisse... Des parents, comme prévu, et une enseignante, ont tiqué sur la mise en place d’un distributeur de préservatifs. « �e„ Iyc�e n ’est quand même pas fait pour Ça ” ! » Mais le proviseur a balayé les hésitations et obtenu l’approbation du programme. . .

Troisième étape : déroulement des initiatives prévues. C’est là que les difficultés commencent. Le bus d’information, prévu pour la journée contre le sida, arrive en retard et tous les élèves intéressé(e)s ne peuvent y aller. D’autres aimeraient bien mais n’osent pas. Des filles d’origine maghrébine, encouragées par une de leurs profs, finissent par s’y rendre, se disent très contentes de cette initiative et vont déclarer ensuite à la prof d’arabe que c’était dégoûtant, pornographique, parce que l’on y distribuait gratuitement des préservatifs... ! Heureusement, l’infirmière reçoit ensuite tou(te)s les élèves qui le désirent pour répondre à leurs questions... Les autres initiatives se déroulent comme prévu, mais de manière très discrète, sans susciter de demandes ou de discussions particulières ailleurs que dans les classes concernées.

Aujourd’hui, l’infirmière, une jeune femme dynamique, est en train de dépouiller les questionnaires de bilan remplis anonymement par les élèves qui ont suivi ces séances. D’après elle, les élèves, qui ont rempli « sérieusement » ces documents, se disent très satisfaits des initiatives qui ont eu lieu en cours d’année. Ils sont favorables à l’installation d’un distributeur (pas encore mis en place) mais désirent que cela soit prévu dans un endroit discret et que les préservatifs soient bon marché... Le contraire eût été étonnant !

Des élèves, garçons et filles, sont venu(e)s depuis discuter avec l’infirmière. Les garçons qui « friment » viennent surtout demander des préservatifs, qui leur sont donnés sans problème. Les filles, elles, viennent souvent à plusieurs pour parler, poser des questions, discuter. . . Il y a un vrai problème du côté des filles maghrébines, reconnaît l’infirmière. Souvent elles ne connaissent pas leur corps, même pas l’origine et la signification des règles. Comment pourraient-elles s’exprimer dans des séances collectives, même si c’est en demi-groupe et qu’elles peuvent y poser des questions anonymes par écrit. . .

On comprend l’intérêt dans ce cas de petits groupes non mixtes, pour discuter entre filles des problèmes du sida et du reste... C’est une proposition à faire pour l’avenir, l’infirmière en convient.

La prévention du sida, aussi urgente soit-elle, ne peut faire l’impasse sur la sexualité en général, certes, mais aussi sur les rapports de domination et l’oppression. Les groupes de lycéennes des années soixante-dix font cruelle-

ment défaut aujourd’hui.

Claire Bataille

Notes

  1. j CRIPS : Centre régional d’informa
  2. tion et de prévention du sida, financé par le conseil général d’Ile-de-France.

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