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Prévention et adolescence : Donnons-leur les moyens de se prémunir de tout... sauf de l’amour

· Cahiers du féminisme, n° 65, été 1993 · p. 20-24 · 3 516 mots

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Prévention et adolescence

Donnons-leur les moyens de se prémunir de tout... sauf de l'amour

Aujourd'hui, la prévention du sida auprès des adolescent(e)s est déterminante . L'enjeu en est évident : qu'ils (elles) prennent d'emblée l'habitude de se protéger, de protéger leur partenaire, reste le meilleur moyen de contenir l'évolution rapide de la maladie.

Mais c'est en même temps l'âge où l'on est le plus sensible, le plus vulnérable, le moins bien dans sa peau, l'âge où l'on se pose le plus de questions sur soi, sur son corps, sur la sexualité. Il est donc fondamental de faire en sorte que ne se retrouvent pas inexorablement liés sida et sexualité, l'idée de plaisir à celle de la mort.

es campagnes mises en place par les pouvoirs publics restent peu développées, et timides dans leur contenu. Ce contenu est d’ailleurs le même quel que soit le public visé, on se contente généralement de faire jouer des acteurs plus jeunes pour s’adresser aux adolescents !

Aussi semble-t-il urgent de réfléchir au type de message que l’on veut faire passer, mais aussi à la façon de le faire passer pour qu’il soit le plus efficace. Rien ne prouve en effet qu’une accumulation d’informations brutes ait une incidence concrète sur les comportements des adolescents.

Nous avons rencontré deux femmes qui travaillent à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Elles s’occupent donc de jeunes particulièrement démunis qui sont souvent en proie à des difficultés aiguës, mais chez lesquels on retrouve néanmoins des caractéristiques identiques à celles de tout adolescent. Avec elles, nous avons tenté de faire le point sur l’impact que peuvent avoir sur ces jeunes les campagnes de sensibilisation et sur les moyens à mettre en œuvre, selon elles, pour faire évoluer la situation.

Françoise est infirmière départementale. Elle rencontre des jeunes placés en foyer ou suivis « en milieu ouvert » par un travailleur social. Marie-France est éducatrice et travaille à EVA (Espace-Vie-Adolescence) à Saint-Denis, en banlieue parisienne : il s’agit d’un lieu créé il y a dix ans par des personnels de la PJJ (éducatrices, infirmière, psychologue) auxquels se sont associées des militantes du Planning familial ainsi qu’un médecin qui assure des vacations hebdomadaires. Une permanence contraception/avortement est en place, et le centre est

DOSSIER ouvert aux adolescents suivis par la PJJ ainsi qu’à ceux du quartier. Ils peuvent venir pour un problème médical précis ou parce qu’ils ont besoin de parler, de se rassurer, de poser des questions. En fait, l’expérience montre que ce sont essentiellement les filles qui fréquentent ce centre.

Françoise et Marie-France sont d’accord pour considérer qu’il ne faut pas lier d’emblée le problème du sida à la sexualité, mais l’englober d’abord dans le contexte plus général de la santé.

Françoise constate que les jeunes ont déjà beaucoup de mal à parler d’eux-mêmes, de leur corps, des problèmes de santé qu’ils peuvent rencontrer. Souvent, d’ailleurs, leurs difficultés médicales auront été totalement niées jusqu’alors et il est fréquent qu’ils présentent des carences plus ou moins importantes, des dysfonctionnements plus ou moins graves et parfois anciens, de multiples manifestations somatiques qui les angoissent d’autant plus qu’ils n’ont jamais pu en parler.

Son statut d’infirmière donne à Françoise un avantage sur l’ensemble des autres adultes qui entourent l’adolescent(e). Elle est celle qui sait, à qui l’on peut parler et qui rassurera, en dehors des problèmes familiaux ou sociaux auxquels le jeune est par ailleurs confronté. Mais pour que les questions puissent être posées, il faut que la confiance se soit installée entre elle et le jeune, ce qui n’est pas acquis d’emblée.

Françoise nous explique que, dans un foyer où elle voit systématiquement tous les jeunes qui arrivent en placement, la première rencontre se passe sous forme d’un entretien informel, au cours duquel elle aborde différents sujets : « Le plus souvent, les jeunes sont crispés sur leur siège au début de la discussion puis ils se détendent peu à peu et finissent penchés sur le bureau, à feuilleter la nombreuse documentation qui y “ traîne ” toujours. C ’est à partir de ce moment-là que certains sujets comme la sexualité peuvent être abordés, avec une discussion sur les différentes méthodes contraceptives. Les jeunes sont informés que je tiens gratuitement à leur disposition des préservatifs. C’est très progressivement, par le biais d’une discussion sur les maladies sexuellement transmissibles (MST) et la prévention en général, qu 'est abordé le problème du sida. »

Françoise constate que dans leur ensemble les jeunes sont extrêmement angoissés mais ils ne livrent que progressivement cette angoisse, au fil des entretiens. Ce sont plus souvent les filles qui reviennent la voir plusieurs fois et posent peu à peu certaines questions, très concrètes, sur la façon d’utiliser un préservatif ou de demander à son partenaire d’en mettre un.

L'apprentissage de la prévention

A EVA, les intervenantes ne prononcent jamais d’elles-mêmes le mot « sida » et ont refusé de devenir un centre de prévention du sida en tant que tel. Cette décision est le fruit d’une réflexion approfondie au sein de l'équipé qui estime pourtant agir dans ce domaine

Dessin de Pessin, tiré de Enfant d'abord, n°155, mars 1992

tout aussi efficacement que bien des organismes spécialisés. Marie-France nous explique : « Les jeunes filles qui viennent nous voir sont souvent extrêmement déstructurées. Elles sont très mal dans leur peau et leur rapport à la sexualité est loin d’être simple. Plusieurs ont été victimes d’inceste, de viol, ou ont vécu des premières expériences plutôt sordides avec des garçons. Pour elles, sexualité rime déjà souvent avec violence et saleté. La meilleure façon de les réconcilier avec leur corps n ’est sûrement pas d ’y associer cette fois la mort. »

Les adolescentes qui viennent abordent sans difficulté la question des différentes méthodes de contraception. Le risque de grossesse est spontanément évoqué, toutes connaissent plusieurs filles qui ont déjà été enceintes -lors-qu’elles-mêmes n’ont pas vécu une ou des IVG, ou une maternité précoce. La transmission des MST dans leur ensemble est aussi une préoccupation largement partagée. La plupart de ces jeunes filles ont eu -ou auront -une MST, dont les conséquences plus ou moins graves pourront aller jusqu’à la stérilité.

Il faut noter à ce sujet que le problème de la prévention des maladies sexuellement transmissibles fait partie depuis très longtemps de la préoccupation des personnes qui interviennent en centres de santé ou de planning familial, car ces maladies sont tout à fait courantes dans certaines couches de la population et peuvent faire des ravages. Le sida est venu s’ajouter à la palette des maladies possibles. Si son issue est plus dramatique, il représente par contre une réalité bien moins tangible que les autres MST : ainsi, Marie-France nous apprend que l’année dernière, sur un peu plus de mille accueils effectués à EVA, quatre jeunes filles étaient séropositives (et toxicomanes toutes les quatre). Il y avait par contre un pourcentage très important d’autres maladies sexuellement transmissibles (notons qu’un même jeune peut être accueilli plusieurs fois dans l’année et que

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Dessin de Pessin, tiré de Enfant d'abord, n°155, mars 1992.

tous ne demandent pas à faire un test de dépistage).

L’équipe d’EVA a remarqué que lorsque l’on aborde le problème de la sexualité et de la prévention à partir du sida, les jeunes se bloquent complètement, le fil se rompt et toute discussion de fond devient impossible. Si l’on pose plus généralement le problème de la prévention, et celui des MST dans leur ensemble, ce sont les jeunes qui parleront plus précisément du sida lorsqu’elles auront suffisamment confiance pour poser les questions qui les angoissent.

Pour Marie-France, il est fondamental de faire passer l’idée de la prévention, d’un point de vue général. Dans les locaux d’EVA, on trouve plusieurs présentoirs qui proposent de la documentation sur les problèmes de la santé et du corps, entre autres sur les MST et les moyens de s’en prémunir. Des préservatifs sont également à disposition, chacun étant accompagné d’une notice, attractive dans sa présentation, qui explique comment, mais aussi pourquoi, s’en servir : « II est indispensable que les adolescent (e) s possèdent l’information. Non pas tant que le sida tue, car ça, tout le monde le sait, même les enfants. Mais qu ’ils sachent comment se prémunir de toutes les maladies, y compris, mais entre autres, de celle-ci. Les jeunes ont parfaitement intégré qu ’au bout du sida, il y a la mort... Mais il faut comprendre que ce n ’est pas forcément une raison suffisante pour qu ’ils fassent attention ! Ainsi, un nombre non négligeable de jeunes filles reviennent nous voir plusieurs fois par an pour que le médecin établisse une ordonnance qui leur permettra de faire un test de dépistage... Ces jeunes filles possèdent parfaitement l ’ information . Elles savent qu ’elles peuvent trouver ici sans restriction des préservatifs gratuits. Elles sont suffisamment angoissées pour vouloir régulièrement vérifier leur état de santé... mais elles ne modifient pas leur comportement pour autant, et reviendront dans trois mois pour un nouveau test... Ce type de comportement ne nous surprend pas. On le retrouve par exemple chez les jeunes filles qui subissent des IVG à répétition alors qu ’elles savent où trouver la pilule et comment s ’en servir. »

Les raisons de ces attitudes contradictoires sont multiples. Il y a tout d’abord, chez tous les adolescents, une certaine part d’inconscience. Ils auront tendance à penser que « ça n’arrive qu’aux autres », ou tout au moins qu’ils peuvent se permettre une fois de temps en temps de ne pas se protéger. Il faut se méfier des discours très responsables que l’on peut entendre, à l’occasion par exemple de journées d’information organisées dans les lycées (et touchant donc des jeunes différents de ceux que l’on trouve à la PJJ). Ces discours prouvent que les jeunes possèdent l’information et ont reçu le message. Ils ne disent rien en revanche sur la réalité de leur comportement.

Si elles sont indispensables à la circulation de l’information, les campagnes nationales ou les journées ponctuelles organisées sur le thème gagneraient sûrement en efficacité si leur contenu était davantage réfléchi et si elles faisaient partie d’une politique globale. En effet, ces campagnes se contentent de livrer une information brute. Mais une fois le message passé, le jeune reste seul face à ses angoisses. Où peut-il en parler pour les dépasser ? Quels moyens a-t-il d’accéder concrètement à cette fameuse prévention dont tout le monde parle ?

Il y a quelques mois, Françoise a organisé une réunion d’information dans le cadre de la PJJ : « Les jeunes étaient très angoissés, et m ’ont posé une multitude de questions. Dans tout ce qui concernait la prévention, il est vrai que la discussion était plus facile, moins chargée, quand je l’englobais dans une problématique plus générale. Concernant par contre le développement de la maladie, j ’ai trouvé qu ’il était assez difficile de répondre sans connaître l ’histoire personnelle du jeune et sans pouvoir mesurer l ’impact qu 'auraient sur lui mes propos. Je suis d’autre part convaincue que cette réunion ponctuelle aura permis de faire passer quelques informations et d’exprimer des angoisses fortes, mais qu ’elle n ’aura eu par contre que peu d’influence sur le comportement de celles et de ceux qui y ont participé. »

L’adolescence est aussi une période de la vie où l’on est particulièrement sensible, où l’on peut être sujet à des angoisses profondes, à des remises en cause brutales de soi, et de l’existence. Sans doute la perception que l’on a du danger encouru n’est-elle de ce fait pas identique à celle d’un adulte.

Les jeunes des « banlieues difficiles », et ceux qui ont affaire à la PJJ, sont généralement confrontés à des difficultés sociales et psychologiques beaucoup plus importantes et s’en trouvent d’autant plus vulnérables. S’ils jouent beaucoup avec la vie (attitudes marginales, provocatrices, mise en échec systématique de leur relation aux autres, de leur avenir professionnel et social...), ils jouent souvent, aussi,

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DOSSIER u m avec la mort : toxicomanie, automutilations, tentatives de suicide... Aussi, le fait que le sida soit mortel attise leurs angoisses, voire leur désespoir face à l’avenir, mais ce n’est pas forcément un argument suffisant pour qu’ils s’en protègent. Il faudra d’abord qu’ils soient en mesure de bâtir des projets d’avenir, de se projeter dans une possible vie sociale et affective pour qu’ils aient envie de se protéger, de se prendre en charge à tous les niveaux. Là, le travail de prévention devra d’abord passer par un soutien éducatif et/ou psychologique important.

Préservatifs libres et gratuits !

Au-delà de cela, la plupart des adolescents sont confrontés à des problèmes bien concrets. Il y a d’abord la timidité : une fille n’osera pas demander à son partenaire qu’il mette un préservatif, un garçon n’osera pas en prendre un spontanément et dire à sa compagne qu’il tient à le mettre... Ce problème est réel. Nombreuses sont les adolescentes qui demandent conseil sur la meilleure façon d’aborder la question... conseils qui ne leur seront bien sûr d’aucune utilité le moment venu.

Il y a donc encore fort à faire pour banaliser l’utilisation des préservatifs, même s’il est vrai que les campagnes menées régulièrement font un peu évoluer les comportements, mais très lentement.

De toute façon, une fois sa timidité surmontée, l’adolescent(e) ne sera pas au bout de ses peines. Car encore faut-il trouver le préservatif en question ! Et dans ce domaine, il est remarquable de constater à quel point les discours sont peu suivis d’effet.

La prévention en milieu scolaire est un bon exemple. Les lycées qui acceptent de se saisir de la question (et ils ne sont pas encore nombreux !) s’en tiennent généralement à une « journée d’information sur le sida ». Sans même parler de leur contenu et des incidences qu’elles auront sur les comportements, ces journées restent le plus souvent sans conséquences concrètes. Ils sont peu nombreux, les etablissements qui organisent plusieurs réunions au cours de l’année scolaire, ce qui permettrait d’aborder différents thèmes touchant à la santé, dont le sida, et de tenter de rendre les adolescents davantage acteurs, en travaillant avec eux l’idée qu’ils se font de la prevention ou en les associant à l’organisation de l’une de ces journées (par le biais de questionnaires ou de demandes d’interventions élaborées anonymement par les élèves, par exemple...). Rares aussi sont ceux qui mettent à disposition de leurs élèves des présentoirs, répartis en différents endroits et régulièrement réapprovisionnés, proposant une documentation précise sur la santé, les MST et leur prévention. Plus rares encore sont ceux qui proposent des distributeurs de préservatifs. Même lorsque les arguments ne sont pas ouvertement pudibonds ou réactionnaires, on entend souvent des proviseurs et des professeurs expliquer qu’il ne faut pas confondre les lieux, que le lycée est là pour dispenser un savoir et c’est tout. On peut donc à la rigueur tolérer qu’une information théorique soit donnée, mais tout ce qui est du domaine du concret doit être renvoyé ailleurs, dans les endroits ad hoc et auprès des « professionnels concernés ».

Marie-France et Françoise expliquent que la situation est tout aussi consternante à la PJJ, où les équipes éducatives sont généralement demandeuses de réunions ou de plaquettes d’information pour les jeunes, mais beaucoup plus réticentes à l’idée d’installer un distributeur de préservatifs. Certains vont jusqu’à expliquer que « dans la mesure où les relations sexuelles sont officiellement interdites au sein du foyer, il n’y a aucune raison de distribuer des préservatifs ! »

Ces confusions dramatiques sont d’ailleurs la règle partout, et l’Etat a sans aucun doute dans ce domaine une responsabilité particulière. Les campagnes d’information qui sont organisées au plan national devraient déboucher sur une politique volontariste de distribution de l’information et des moyens de prévention eux-mêmes, dans de nombreux lieux publics et en particulier là où peuvent se trouver les jeunes : les écoles, mais aussi les missions locales et les PAIO, les centres d’information et d’orientation scolaire, les salles de sport, piscines, maisons des jeunes et de la culture et autres foyers de jeunes travailleurs ou centres éducatifs, etc. Il convient aussi de réfléchir à la place de ces distributeurs : sans qu’ils soient forcément relégués aux toilettes, ils doivent être installés un peu à l’écart, afin que l’on puisse s’en servir sans « honte » et que leur vue ne heurte pas certains (par exemple, des parents maghrébins qui pourraient alors interdire à leur fille de venir dans ce lieu). Cela serait beaucoup plus efficace que bien des discours qui, même lorsqu’ils ont été correctement assimilés, ne règlent pas le problème de l’adolescent(e) obligé(e) d’aller dans une pharmacie pour se procurer des préservatifs. Cette démarche est proprement impensable pour un grand nombre de jeunes,

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_ qui préféreront encore se passer de préservatif et jouer avec le hasard.

Se pose là aussi, bien évidemment, le problème de la gratuité. Car s’il est doublement difficile pour un jeune d’oser aller en pharmacie acheter des préservatifs, le problème financier restera posé de la même façon si les distributeurs sont payants.

Françoise et Marie-France sont catégoriques sur ce point. Concernant les adolescents (et les personnes sans ressources, d’ailleurs), il n’y aura jamais de prévention sans gratuité, et tous les beaux discours resteront lettre morte car rares sont ceux qui peuvent payer.

Développer des centres d'accueil

Mais une fois ces supports mis en place, il faut vérifier qu’ils soient réellement utilisés. L’un des moyens les plus efficaces serait sans doute le développement à une échelle importante de centres d’accueil susceptibles de recevoir n’importe quel jeune pour donner l’information, en discuter et répondre aux questions aussi longtemps, aussi souvent que nécessaire, pour proposer aussi des examens, si besoin, et mettre des préservatifs à disposition.

Il est vrai qu’il existe des centres de santé dans toutes les municipalités. Mais les jeunes n’y vont presque jamais spontanément. La permanence tenue à EVA regorge de monde, alors que les locaux du centre municipal de santé, tout proche, sont fréquentés par beaucoup de monde mais rarement par des adolescents. En fait, on constate que ces lieux ne fonctionnent correctement (du point de vue de la prise en charge des adolescents) que lorsqu’y interviennent des personnes « engagées », comme les militantes du Planning familial, par exemple.

L’une des différences principales est l’accueil qui est réservé aux jeunes. Lorsqu’un(e) adolescent(e) arrive à EVA, on lui demande son prénom, c’est tout. On prendra le temps de discuter, même si la jeune n’a aucun symptôme particulier, ou si elle refuse de se laisser ausculter. On délivrera éventuellement une ordonnance gratuitement pour qu’elle puisse subir des examens.

L’approche d’un centre de santé municipal est forcément plus administrative. Tout d’abord, on demande systématiquement des papiers, un numéro de sécurité sociale et des renseignements sur ses parents à tout mineur qui vient consulter. Même si la suite reste confidentielle, la seule obligation de montrer ses papiers est pour bien des adolescents une barrière difficilement franchissable. Il faudra souvent passer par un secrétariat, des couloirs, une salle d’attente avant que quelqu’un ne s’occupe de vous. D’autre part, les personnels qui travaillent dans ces centres ne sont pas forcément formés à la problématique de l’adolescence et n’ont pas le temps matériel de prolonger longtemps un entretien, ou d’accepter que quelqu’un ne vienne que pour parler.

L’expérience accumulée à EVA montre à quel point le problème de l’accueil est primordial. C’est à partir de la façon dont il sera accueilli qu’un adolescent se sentira ou non en confiance. Beaucoup de choses passeront aussi par la qualité de relation, de dialogue, que saura instaurer l’adulte.

Ces centres pourraient aussi être chargés de recevoir les résultats des tests de séropositivité demandés par un jeune, comme cela se passe à EVA. Ce point est très important. La plupart des jeunes ne veulent pas, ou ne peuvent pas mêler leurs parents à ce genre de problèmes, et il est primordial de ne pas les laisser seuls, le cas échéant, au moment où ils apprennent que le diagnostic est positif.

Ainsi, si les campagnes de sensibilisation ont le mérite de divulguer un message de mise en garde à une grande échelle, leur impact restera limité tant qu’elles ne seront pas accompagnées d’autres mesures.

Cela suppose une évolution importante des mentalités, afin que chacun (parents, travailleurs sociaux, enseignants, animateurs sportifs ou socio-culturels, personnels de santé,...) se sente concerné et accepte que l’information et les moyens de prévention soient disponibles un peu partout.

Cela suppose aussi la gratuité, des moyens financiers conséquents et le développement de centres réellement anonymes, gérés par des personnels formés à l’accueil d’adolescents et ayant les moyens de consacrer à chaque jeune le temps nécessaire.

C’est en englobant le sida dans le problème plus général de la santé et de la prévention que l’on a le plus de chances de faire passer durablement le message en lui ôtant toute connotation moraliste.

C’est à ce prix que l’on pourra développer une politique ambitieuse et efficace de prévention, qui armera l’adolescent(e) et lui permettra d’intégrer cette donnée à toutes celles qui, peu à peu, l’aident à construire sa personnalité d’adulte.

Françoise Foucault

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