Vingt et un ans après le procès de Marie-Claire, accusée d’avoir avorté, le tribunal de Bobigny devait à nouveau, ce mercredi 13 octobre, traiter une « affaire d’avortement ». Mais il s’agissait cette fois de tout autre chose puisque c’est Xavier Dor, responsable de l’association SOS-Tout Petits, qui était du côté des accusés pour avoir, en mai 92, attaqué avec quelques-uns de ses militants, la clinique des Lilas (Seine-Saint-Denis).
Chacun(e) sait que ni Xavier Dor, ni son association, ni d’autres qui poursuivent les mêmes objectifs n’en sont à leur coup d’essai puisque, depuis 1990, on dénombre près d’une cinquantaine d’agressions contre des établissements hospitaliers. La clinique des Lilas subissait d’ailleurs pour la troisième fois une telle exaction. Pourtant, ce n’est que la troisième fois (après les procès de Pau et de Bordeaux où des membres de la Trêve de Dieu étaient impliqués) que les auteurs de ces commandos sont poursuivis : le plus souvent, ils ont pu agir en toute impunité, malgré les dégâts matériels qu’ils provoquent et les conséquences que leurs attitudes peuvent avoir pour les femmes présentes dans les établissements ce jour-là et aussi pour le personnel hospitalier. Ces procès, ainsi que l’adoption, fin 1992, d’un délit d’entrave à l’application de la loi de 1975, modifient les conditions de ces interventions mais ne démobilisent pas pour autant les militants pro-life qui poursuivent leur activité en demandant maintenant des autorisations préfectorales, qu’ils obtiennent d’ailleurs, pour manifester aux abords des cliniques.
A Bobigny, le 13 octobre, Xavier Dor, mis en examen pour coups et blessures volontaires, violences et voies de faits avec préméditation, s’est retrouvé assez isolé dans ce tribunal, soutenu seulement par une poignée de sympathisants, alors que nombreuses étaient les femmes qui, travaillant aux Lilas ou militantes d’associations féministes, étaient venues témoigner leur solidarité au médecin, à l’infïrmière et à la directrice de la clinique qui s’étaient constituées partie civile dans ce procès. Mais il en faut plus pour désarçonner ce fanatique militant d’extrême-droite qui devait revendiquer cette action, comme les soixante-dix autres qu’il dit avoir commises, avant d’ajouter qu’il récidivera, dénonçant « cet holocauste qui tue mille enfants par jour » et regrettant simplement de ne pas avoir prévenu de sa venue aux Lilas, ce qui, selon lui, est « discourtois ». 'En écoutant l’avocate des parties civiles, Odile Dhavemas, et le personnel de la clinique, on comprenait vite qu’il ne s’agissait pas d’un débat sur la courtoisie.
Il s’agit d’abord, comme dans les autres procès, d’un débat sur le respect du droit des femmes de choisir car ce sont bien les lois conquises dans ce domaine que Xavier Dor et ses amis veulent remettre en cause. En outre, les faits reprochés ont été violents, physiquement et psychologiquement, vis-à-vis du personnel de la clinique des Lilas dont la conception de l’accueil des femmes rend insupportables de tels actes. Le personnel est resté angoissé et les femmes présentes dans la salle d’attente, parfois avec de jeunes enfants, ont été choquées par cette action commando. Difficile alors pour le tribunal de suivre l’avocate de Xavier Dor qui tente de partager la responsabilité des violences entre son client et le personnel des Lilas.
Le procureur, qui a fait remarquer que, le 16 mai, les forces de polices étaient restées un peu sourdes aux appels de détresse de la clinique et s’est étonné que le ministère public ne se soit pas constitué partie civile, a réclamé contre Dor une condamnation d’un an de prison assorti de sursis et de 20 000 francs d’amende. Le jugement sera rendu en délibéré le 3 novembre prochain. Il est d’autant plus important que l’audience à Bordeaux (le procès du commando de la Trêve de Dieu, cf. Cahiers du féminisme n° 63/64) est prévue le 18 novembre.
Gaëlle Lucy