La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Si toutes les femmes du monde

Mexique : Des femmes partie prenante du mouvement social

· Cahiers du féminisme, n° 67-68, hiver 1993 - printemps 1994 · p. 38-42 · 3 381 mots

L'article qui suit, rédigé par Sara Lara, enseignante à l'Ecole nationale d'anthropologie et d'histoire (EN AH) de Mexico, éclaire deux tendances qui dominent dans la lutte des femmes au Mexique. Cependant l'éventail des revendications et des formes de luttes du mouvement social auquel participent les femmes de manière très importante ne peut être circonscrit à la seule évocation de ces expériences.

La maison de la femme « Rosario Castellanos »

Cette expérience a démarré en 1977 avec le travail de réflexion entrepris par le Groupe d’études sur la femme « Rosario Castellanos ». La majorité de ses membres étaient des enseignantes, des chercheuses ou des élèves de l’université Benito-Juarez d'Oaxaca dont l’objectif initial était d’étudier de manière systématique « la problématique féminine ».

Elles commencèrent leur travail en réalisant une série de lectures sur « l’origine de l’oppression féminine », en lisant, entre autres, Simone de Beauvoir, Shulamith Firestone, Juliet Mit-chel et, bien entendu, Rosario Castellanos, une écrivaine mexicaine, célèbre pour ses descriptions de la société provinciale au Mexique et, en particulier, de la place qu’occupent les femmes dans cette société. Elles poursuivirent leur activité avec d’autres thèmes qui leur paraissaient essentiels comme l’étude de la psychologie féminine et des mouvements féministes. Néanmoins, elles commencèrent à envisager l’idée de réaliser une activité qui aurait un certain impact sur leur milieu social.

Oaxaca est une petite ville commerçante. C’est la capitale de l’Etat d'Oaxaca, lequel se caractérise par un fort pourcentage de population indigène, appartenant à seize ethnies différentes, parmi lesquelles se trouvent les Zapotèques et les Mixtèques, créateurs d’importantes cultures préhispaniques, qui laissèrent des traces telles que les pyramides de Mitla et de Monte Alban '.

La société « oaxaquena » (d'Oaxaca) est pour cette raison très hérétogè-ne puisque cohabitent en son sein des indigènes de différents groupes et cultures traditionnels et une population « ladina » 2 (ce qui veut dire métissée et prétendant à une origine hispano-coloniale). Cette dernière est principalement urbaine et se consacre au commerce et aux services. L’Etat attire une foule croissante d’étrangers dont certains se sont installés pour y vivre. Cela fait que la société « oaxaquena » est très complexe, d’un accès difficile, et par-dessus tout, traversée par des contradictions ethniques et de classe.

Par ailleurs, on trouve les intellectuels de l’université Benito-Juarez d'Oaxaca, des professeurs venus de tout le pays, et en particulier de la ville de Mexico, laquelle participe de façon fondamentale à la vie culturelle de l’état ; malgré cela, leur intégration n’est pas facile, ni parmi la population « ladina » ni parmi les groupes ethniques. Ainsi, avoir des activités qui aient un certain impact sur cette société, comme le proposait le groupe de femmes, n’était pas du tout évident.

Après un an de fonctionnement, le « groupe d’études » redoutait de s’autodésigner comme un groupe féministe en raison de l'ambiance hostile et traditionaliste. Pour certaines femmes, des contradictions apparaissaient dans leur propre foyer avec leurs parents, leur époux ou fiancé. Elles décidèrent donc de se définir vis-à-vis de l’extérieur simplement comme « un groupe d’études, intéressé à connaître sa situation dans la société ».

En décembre 1978, elle réalisèrent une Rencontre de femmes à Oaxaca , à laquelle elles convièrent des fémi- nistes reconnues de la ville de Mexico à venir réfléchir avec elles sur différents thèmes. A partir de cet évènement, elles commencèrent à se sentir plus sûres d’elles pour réaliser une série d’activités orientées vers un public plus large, auquel elles souhaitaient faire connaître « de façon simple » la situation des femmes. C’est ainsi qu’elles réussirent à obtenir un temps d’antenne à la radio de l’université, intitulé « Foro de la mujer » (« Forum de la femme »), pendant lequel elles diffusèrent des programmes en direction des femmes au foyer, sur la routine du travail invisible, la double l’éducation des enfants. d’autres émissions, elles osèrent ler des premières luttes dans le monde, jusqu’à ce qu’elles arrivent à soulever des problèmes tels que l’avortement, la et la violence sexuelle.

L’année où elles commencèrent à réaliser leurs propres programmes radiophoniques, le gouvernement de l’Etat d'Oaxaca ferma la « zone rouge » et réprima les prostituées. Elles décidèrent de se réunir avec elles et s’interrogèrent sur la façon dont elles pourraient les aider. Elles consacrèrent alors quelques émissions à des discussions sur la prostitution et les problèmes que les prostituées du lieu avaient à subir. C’est ainsi qu’elles réussirent à diffuser une cinquantaine d’émissions de radio, qu’elles durent interrompre parce que cela commençait à leur prendre trop de temps pour les préparer qu’elles ne pouvaient compter aucun soutien financier.

Durant cette période, elles sèrent qu’il était important qu’elles-mêmes s’impliquent dans un processus de réflexion sur leurs propres vies et différentes expériences personnelles. Le groupe d’études transforma alors en un groupe d’autoconscience qui maintenu jusqu’en 1984. Dans groupe, elles trouvèrent un pour parler de leurs relations sexuelles, de leur histoire personnelle et d’autres thèmes qu’elles ressentaient comme les rapprochant davantage d’une compréhension plus juste de la réalité de la situation des femmes. Dans ce groupe, elles avaient pour devise de « penser, agir et changer pour que grandisse notre conscience de la discrimination sexuelle ».

Parallèlement à cette activité de réflexion, elles continuèrent à organiser des réunions d’une grande ampleur, auxquelles elles invitèrent différents groupes de la ville d'Oaxaca, des hommes et des femmes militant dans des partis, des groupes politiques et des organisations non gouvernementales. Elles commencèrent à fêter publiquement la Journée internationale de la femme par des conférences, des tables rondes, des projections de films, etc., en se montrant ouvertement féministes devant la société oaxaquena. Non seulement elles osèrent se définir comme telles et fixer clairement comme objectif du groupe : « lutter en tant que femmes contre la discrimination sexuelle », mais encore elles organisèrent des ateliers sur la sexualité et des conférences sur le problème de la violence sexuelle et de l’avortement.

Sur ce dernier problème, elles réalisèrent une petite enquête à partir des informations recueillies dans la « nota roja » (la « note rouge ») des journaux locaux 3, décelant un taux très élevé de violences contre les femmes : dans la seule ville d'Oaxaca, on notait une moyenne de dix-sept cas de femmes battues, de fillettes violées, etc., par jour. Pour cette raison, elles décidèrent Table ronde sur le des avocates, des des psychologues furent invitées à points de vue. Elles également à promouinformation concernant organisant une rassembler envipersonnes sur la place (une première dans ville de « métis puriune campagne de l’avortement libre et

1986, elles décidèleurs activités, juset improvisées. une subvention Fondation Mc Arthur, qui la Maison de la l’objectif est d’offrir un aux femmes.

dans une grande et colonial, magniavec des meubles production artisanale, est de la ville et de la trouvent une assistanmédicale et psycholoégalement un petit documentation avec une sur des thèmes ; on y élabore brochures, des affiches bulletins d’informapeuvent intéresles femmes des environs, et on y orgades ateliers mixsur l’éducation sexuelle et la prévention des maladies. On y promeut aussi des activités récréatives pour les femmes : théâtre, musique, autodéfense, entre autres.

Ce lieu se propose d’impulser la création de groupes de discussion et d’autoconscience des femmes.

Participent à la promotion de cette Maison : une sexologue, une psychologue, une sociologue, une femme médecin, une bibliothécaire, une avocate, une professeur de karaté et deux enseignantes. Ces dernières ont passé des accords avec d’autres groupes d'Oaxaca tels que l’Union des avocates, l’Union des paysannes d'Oaxaca, qui travaille tout en organisant des coopératives de productrices, le Centre de soutien au mouvement populaire, qui réalise des actions de promotion avec des paysannes et des femmes artisans de l’Etat. Tout cela dans le but de se constituer en un réseau plus efficace et ample, alors que jusqu’à maintenant leur travail n’a pas réussi à aller au-delà des frontières de l’ethnicité ni à avoir un impact sur les groupes populaires.

La Maison de la femme propose de se constituer en une « instance d ’organisation féminine, orientée vers le changement social et la formation de l’être humain, homme ou femme, de telle manière qu ’elle puisse contribuer à modifier les conceptions et les attitudes discriminatoires contre les femmes ».

Mais cet objectif, dans un contexte pluriethnique et multiculturel, n’est pas simple.

La COCODEM : histoire d’une lutte pour une démocratie syndicale qui prenne en compte les inégalités de genre

C'est là l’expérience d’un mouvement au sein de l’institution scolaire pour faire du syndicat un organe de lutte démocratique, dans un système social au sein duquel le corporatisme d’Etat a coopté instances d’organisation ouvrière dans les instances (Parti révolutionnaire institutionnel).

Le SNTE (Syndicat enseignants) est l'un des plus importants de la mexicaine. Il regroupe gnants des écoles primaires, daires et de formation technique niveau moyen et supérieur que l’Institut polytechnique national). Appartiennent également à ce syndicat les travailleurs de l’Institut national des beaux-arts qui officient dans les théâtres, les académies et les galeries ainsi que ceux de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire dont dépendent toutes les zones archéologiques du pays et où travaillent les chercheurs et le personnel de surveillance patrimoine et des musées.

L’ampleur de ce syndicat est immense et son poste secrétaire général a toujours constitué un excellent tremplin pour de nombreux hommes politiques pour arriver des postes publics de haut Le cas le plus typique, dans toute son étendue le cynisme de ce système corporatiste, est celui de Jongitud Barrios. Avant-dernier secrétaire général du SNTE, largement contesté par les militant(e)s de base à cause de son comportement de cacique au sein de la corporation des enseignants, il a ordonné de faire disparaître et de frapper plusieurs de ses opposants et a saboté toutes les tentatives d’organisation indépendante de la moindre section du syndicat.

C’est pour cela que le grand mouvement des enseiune importance fondamentale : elles exigèrent le droit de tenir des assemblées générales pour élire les diri- rassembler un nombre croissant d’enseignants de tout le pays, par la seule exigence de « démocratie syndicale ». En dépit des diminutions salariales que ce secteur subit si fortement, le mouvement des enseignants fut particulièrement fort ; dans ce mouvement les sections locales du Chiapas et d'Oaxaca eurent géants par un vote à bulletin secret. Le mouvement des enseignants des années quatre-vingt s’est caractérisé par un nombre incalculable de manifestations dans la ville de Mexico, de rassemblements sur la place centrale de la capitale et de grèves de la faim, constamment suivies de répression.

Dans la ville de Mexico, les sections ix et x se distinguèrent par un même type de lutte, en solidarité avec le Chiapas et Oaxaca, deux régions où l’on remarqua la participation d’enseignantes indigènes, « bilingues » et dont le travail consiste à « hispaniser » les enfants à l’intérieur de leurs propres communautés ethniques. C’est ainsi que fut constituée, en 1979, la Coordination nationale des travailleurs de l'éducation (la CNTE), qui lutte inlassablement pour briser la structure antidémocratique de Carlos Jongitud Barrios et affronter de manière organisée son autoritarisme et la répression. La CNTE a pour bannière Michaël Rodriguez, enseignant originaire de la région du Chiapas, assassiné par les hommes de main de Jongitud.

Depuis sa création, cette coordination a connu des hauts et des bas, notamment à cause de la répression. Cependant, deux évènements la renforcèrent, le tremblement de terre de 1985 et les élections de 1988. Devant une procédure électorale largement contestée et critiquée, y compris de l’extérieur, le PRI dut reconnaître sa déroute dans plusieurs circonscriptions où l’opposition l’emporta avec une large avance, et les chiffres officiels ne réussirent pas à rendre crédible un triomphe présidentiel imposé (et frauduleux).

Dans ce contexte, le mouvement social prit corps, en particulier dans quelques secteurs bâillonnés par les bureaucraties syndicales tels que le corps enseignant, les ouvriers du secteur pétrolier, les chauffeurs-routiers, les employés du téléphone, de la santé, de la sidérurgie et de la mine, pour ne citer que les plus importants. Néanmoins, c’est le mouvement des enseignants qui connut le plus grand élan, par le rejet considérable de l’ensemble du corps social envers Jongitud, caricature même du système « priiste » (inféodé au PRI). Ainsi, les enseignants reçurent l’appui de tous les autres secteurs, mais plus particulièrement celui de la société civile, par l’intermédiaire des associations de parents d’élèves.

En janvier 1989, un grand mouvement fut lancé, autour de deux revendications qui unifièrent les enseignants de toutes les écoles primaires publiques du pays : la démocratie syndicale et l’augmentation des salaires. Il démarra par un débrayage national de vingt-quatre heures, suivi d’autres arrêts de travail étalés de janvier au 24 avril, date à laquelle il fut décidé de ne pas reprendre le travail tant que les dirigeants syndicaux ne seraient pas changés et ce, malgré les menaces du gouvernement de procéder à des licenciements massifs et à des retenues de salaires.

Le point culminant de la lutte fut une grande manifestation, qui partit des quatre coins du pays en direction de Mexico et dont l’objectif était la destitution des leaders. Sur son passage, cette manifestation composée principalement de femmes, d’enseignantes de tout le pays qui, pour la première fois, avaient osé quitter leurs foyers pour se lancer dans la lutte, avançait en rencontrant la solidarité des communautés paysannes, des groupes religieux, des syndicats et des écoles et une grande popularité à un niveau national. Si bien que, lorsque ces manifestations atteignirent la ville de Mexico, le gouvernement accorda la destitution de Jongitud Barrios, le nommant gouverneur de l’Etat de San-Luis Potosi. A sa place fut nommée une nouvelle direction avec à sa tête une femme, Elba Esther Gordillo.

Alors commença une période de négociations entre l’Etat, incarné par la fraction « antidémocratique » 4 du syndicat, et la fraction démocratique de ce dernier, regroupée dans la Coordination nationale des travailleurs de l’ éducation, pour nommer un comité exécutif paritaire dans lequel les différentes fractions soient représentées. Tandis que dans la Section x de ce syndicat, forte de soixante-cinq mille membres, s’engagea une lutte farouche pour parvenir à remporter la majorité au sein du comité exécutif de la section.

Cependant, au cours de cette lutte pour obtenir la parité entre les « démocratiques » et les « avant-gardistes » (la fraction antidémocratique), émergea une autre lutte à l’intérieur de la section x en faveur de la représentativité féminine dans le comité. Les femmes firent prendre conscience au syndicat du fait qu’elles constituaient plus de 60 % du corps enseignant et qu’elles avaient pris part activement aux mobilisations, en exigeant la place qui leur était due. Elles rendirent visible le fait que sur les 72 « carteras » (les mandats syndicaux) remportés par les « démocratiques », il n’y avait que dix femmes et qu’aucune d’entre elles n’était titulaire mais seulement suppléante. C’est alors qu’apparut la COCODEM.

En janvier 1990, la fraction démocratique de la section x organisa un congrès pour débattre de sa structuration et de son programme de travail. A cette occasion, les femmes soulignèrent que, si elles avaient constitué « la colonne vertébrale de la mobilisation », elles n’étaient pas représentées à sa tête : « Nous les femmes, dirent-elles, nous avons pris part à toutes les mobilisations, assuré les tours de garde, donné à manger à tous lors des rassemblements, collecté des fonds et de la nourriture ... mais le jour où il fallut composer la commission chargée de négocier avec le gouvernement, il n y avait plus une seule femme dans cette commission ».

De telle sorte qu’il fut décidé de créer la Commission de coordination pour le développement de la femme (COCODEM), dont les revendications spécifiques sont notamment de faire en sorte que les droits accordés aux femmes par la législation du travail soient respectés et qu’ils ne soient pas utilisés comme prébendes accordées aux inconditionnels du « comité des antidémocratiques ». Il fut également décidé de procéder à la redistribution des mandats syndicaux au sein du comité des démocratiques ,en accordant aux femmes qui avaient pris part très activement au mouvement certains postes de titulaires.

Les dix femmes intégrées au comité se réunirent plus tard afin de débattre de la structuration de la COCODEM et de ses objectifs, puis elles proposèrent un programme en direction des femmes de la section x : création de crèches (celles qui existent sont insuffisantes), retraite pour les femmes après vingt-cinq années de service, suivi médical particulier, formation sur leurs droits dans le travail, conseil juridique et soutien aux femmes seules ou divorcées.

« Ce qui est curieux, c’est que la première personne qui se rendit à la COCODEM afin d’y recevoir un conseil légal et un soutien fut un enseignant que sa compagne avait abandonné, le laissant seul avec un bébé, et qui n ’avait droit ni à une place en garderie ni à des “ horaires d’allaitement" ou à ‘‘un congé-maternité ’’. Par la suite, il nous arriva un autre cas similaire, celui d’un enseignant abandonné avec trois enfants. Pour aucun d’eux n’existait le moindre cas prévu par la loi et il fut alors nécessaire de leur apporter un appui et une solidarité en tant que section syndicale. »

C’est ainsi que la COCODEM se vit obligée de redéfinir sa stratégie et sa politique dans le syndicat, projetant que ne soient plus limités aux seules femmes les appuis désignés de manière conventionnelle sous le vocable d’« aide maternelle » et qu’ils soient désormais nommés « aide familiale », de sorte que les enseignants puissent avoir accès aux garderies enfantines, même si leur épouse réside sous le même toit qu’eux.

Les actions initiées par la COCODEM reçurent le soutien de l’ensemble du corps enseignant démocratique, les hommes étant les plus radicaux à cet égard. De plus, ce sont eux qui proposèrent que ces actions, entreprises au sein de la seule section x, soient étendues à la CNTE dans sa totalité. Ainsi, lors d’un de ses congrès, fut acceptée l’idée d’organiser des cours de formation sur les droits familiaux et un forum-débat sur l’avortement. Il fut également décidé que l’argent que recevaient au titre de compensation salariale les délégués démocratiques de la section x serait utilisé pour soutenir le travail de la COCODEM, qui ne peut compter sur le moindre financement puisqu'elle n’est pas reconnue dans les statuts du SNTE.

Au fil du temps, la COCODEM est parvenue à définir ses objectifs et sa stratégie d’action devant le syndicat. Elle ne se définit pas comme un groupe féministe, même si elle lutte notamment pour l’égalité professionnelle, une meilleure représentativité syndicale, contre le harcèlement et la violence sexuelle, et si elle se propose de combattre les attitudes machistes au sein même du syndicat et dans l’exercice de la profession. Néanmoins, les femmes de la COCODEM considèrent que cette lutte ne doit pas être la leur seulement, mais au contraire celle des enseignants et des enseignantes conscients de ces problèmes. C’est pourquoi sa stratégie n’est pas celle qui consisterait à s’isoler comme un groupe de femmes travaillant pour les femmes, mais bien de s’intégrer avec les hommes et de les amener à être partie prenante de leurs revendications et alliés de leurs combats.

Au cours de l’ultime congrès général du SNTE, qui s’est tenu en janvier de cette année (1993), et au sein duquel la COCODEM obtint une représentativité minimale puisqu’il n’y eut que dix mandats syndicaux accordés à des femmes, sa stratégie fut celle-ci : les délégués hommes présentèrent leurs revendications comme étant celles de toute la section. En outre, elles se fixèrent pour objectif de gagner non seulement l’approbation de la CNTE mais également celle du SNTE, soit une incidence similaire sur les « démocratiques » et les « avant-gardistes » (la fraction des antidémocratiques). A cette fin, elles réalisèrent une série d’initiatives ouvertes à l’ensemble du syndicat et, à l’heure actuelle, elles sont en train d’élaborer une petite brochure intitulée Enseignante et Démocratie, dans laquelle elles exposent leurs points de vue sur les problèmes des femmes mais aussi sur des sujets qui, selon elles, concernent les hommes et les femmes en tant que professionnels et militants syndicaux.

Le bilan qu’elles tirent des activités réalisées jusqu’à maintenant est positif. Elles sentent que leur stratégie leur a permis de gagner un espace, en particulier au sein de la CNTE, et aspirent à le gagner aussi dans le syndicat. Ce qu’elles espèrent bien réussir à faire.

Septembre 1993, Sara Lara traduction Sabine Fortino.

Notes

  1. Notes de la traductrice
  2. 1-Mitla et Monte Alban sont deux sites archéologiques très importants, situés respectivement à 45 km et 10 km de la ville d'Oaxaca. Le premier, le plus petit, est mixtèque ; l’autre est le plus beau vestige de la civilisation zapotèque et témoigne de l’évolution de celle-ci, de ses rencontres avec d’autres ethnies telles que les Olmèques (époque préclassique, entre 1200 et 100 avant J.-C.) et les Mayas (transition vers l’époque classique, du HT au VIIIe siècle après J.-C.).
  3. 2-Les termes «ladina/ladino » signifient simplement : «celle/celui qui n’est pas indien ». Pourtant, ces termes pnt également une connotation plutôt péjorative parce qu’on les utilise aussi ppur des Indiens qui se sont «hispanisés » et/ou connaissent un processus d’acculturation.
  4. 3-«La note rouge » correspond selon toute vraisemblance à la rubrique des faits divers des périodiques fiançais.
  5. 4-L’auteure utilise souvent l’adjectif «caciquil » ce qui, traduit de manière littérale, signifie : «digne d’un caciqpe ». Pat souci de clarté pour des lecteurs non mexicains, peu au fait des conflits internes du SNTE, nous avons choisi de traduire ce terme par «antidémocratique » -une traduction justifiée nous semble-t-il par le fait que l’autre fraction du syndicat (incarnée par la CNTE) est désignée tout au long du texte comme «la fraction des démocratiques » ou «le comité démocratique ».

Une erreur sur cette page ?