Les faits sont là : il y a officiellement en France 3 290 000 chômeurs (dont 48,9 % de chômeuses), bien plus en réalité (cinq à huit millions) si l’on compte les personnes « bénéficiant » d’un CES (Contrat emploi-solidarité) ou autres stages dits d’« insertion » ou de « qualification », les personnes travaillant à temps partiel sans l ’avoir choisi et toutes celles qui ne se signalent plus par découragement. Les manipulations statistiques ne changeront rien à tout cela.
Le gouvernement s ’affole et ne recule devant aucun moyen : la coercition, avec un contrôle renforcé des chômeurs soupçonnés de ne pas mettre assez d ’ardeur à chercher un travail, quitte à les rayer des listes ou à leur proposer des emplois bidons ou ne correspondant pas à leur qualification (politique initiée par Martine Aubry) ; le mépris, avec cette circulaire récente de l ’ANPE incitant les agences locales à « embaucher » sans rémunération, pendant six mois, de jeunes diplômés au chômage comme agents prospecteurs !
Il n ’hésite pas non plus, bien sûr, à recourir aux solutions les plus éculées : éliminer peu ou prou les femmes du marché du travail (cï. le dossier de ce numéro).
Tout le monde sait que ces solutions à la petite semaine ne sont pas les vraies réponses. Des ripostes commencent à voir le jour.
Les 15 et 16 janvier, les assises de Agir contre le chômage (AC)’ ont réuni plus de cinq cents personnes, dont 20 % de chômeurs. D ’autres initiatives sont prises : Partage, une association de chômeurs, a également organisé des assises ; les associations de défense des sans-abri ou des mal-logés (Droit au logement, Coordination des sans-abri, ASOL) regroupent désormais de plus en plus de monde ; la CGT a annoncé pour le 12 mars des manifestations régionales. Le 8 mars, les féministes organisent à Paris un rassemblement dont l’un des thèmes est une dénonciation du rapport Codaccioni, nataliste et réactionnaire, qui prône la généralisation du temps partiel ou du retour au foyer des parents (des femmes ?...) (voir p.51).
De nombreux comités locaux commencent à se construire et à vivre autour de l’appel d’AC, particulièrement en province, regroupant des personnes de divers horizons, syndiqués, non-syndiqués, membres d’associations ou d’organisations politiques, chômeurs et salariés. Les femmes y sont apparemment nombreuses ; cela n’a rien d’ étonnant, puisqu’elles sont particulièrement touchées par le développement du chômage.
L’idée audacieuse adoptée lors des assises d’AC prend forme : organiser une vaste marche contre le chômage qui partirait début avril de différentes régions de France pour arriver fin mai à Paris et se terminer par une grande manifestation.
Pour peser sur les choix gouvernementaux, il paraît nécessaire de faire converger l’ensemble des initiatives de lutte contre le chômage ; c’est l’un des objectifs adoptés lors des assises d’AC. Tout doit être fait pour que cette marche printanière soit l’occasion d’un rassemblement de toutes les forces qui permette de lancer un vaste débat sur les moyens de lutter radicalement contre le chômage. Il faut, dans un premier temps, répondre immédiatement à la détresse des chômeurs, par les mesures d’urgence recensées lors des assises d’AC (santé, transports, logement, RMI, etc.). Par ailleurs, une des réponses de fond les plus évidentes est une diminution massive du temps de travail pour toutes et tous.
Cette marche sera un relais important dans la mobilisation indispensable pour imposer ces mesures.
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Ne ratons la Marche
Notes
- * Agir contre le chômage, BP 74, 75960 Paris Cedex 20 (voir notre précédent numéro).