En France si vous saviez
25, 26, 27 mars
Troisième rencontre européenne pour le droit à l’avortement et à la contraception
Le 18 novembre dernier, alors que se déroulait à Bordeaux le procès d'un commando de la Trêve de Dieu, Claire Fontana, cheftaine de file de cette association, qui devait y comparaître, organisait une autre action contre le centre d’orthogénie de l’Hôpital de Tours* . Alors que Xavier Dor, président de SOS-Tout Petits, était condamné le 3 novembre dernier pour avoir attaqué en mai 1992, et pour la troisième fois, la maternité des Lilas, il se permettait, le 8 janvier, d’organiser, avec l’autorisation des forces de police, un nouveau rassemblement devant cet établissement. Malgré la loi du 29 janvier 1993, qui instaure un délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse, les forces anti-IVG poursuivent leur croisade dans le but de remettre en cause les lois conquises par les femmes. Et il est vrai qu’ils interviennent sur un terrain dégradé qui subit de plein fouet la politique de restriction des dépenses de santé, quand il n’est pas purement et simplement victime d’attaques idéologiques. Ainsi le MFPF de Lille vient-il d’apprendre que le Conseil général entendait remettre en cause les subventions dont il bénéficiait jusqu’à cette année et qui lui permettaient de faire fonctionner des permanences d’accueil des femmes.
Est-il besoin de préciser que Madame Codaccioni, auteur d’un rapport parfaitement réactionnaire sur la politique familiale (cf. page 20), siège dans cette instance ?
Cette dégradation de la situation en France trouve, hélas, ses correspondants dans la plupart des pays européens. D’où l’importance de la rencontre de fin mars à Paris.
Vendredi 25 mars
1 1 h -13 h : Accueil
12 h -14 h : Déjeuner 14 h : Ouverture
14 h 30 : Table ronde : Le droit de choisir d’Est en Ouest et du Nord au Sud : la situation en Norvège, au Portugal, en Irlande, en Allemagne et à Sarajevo.
16 h 30 : Pause
17 h 30 : Ateliers :
1 -Droits acquis par la lutte à l’Ouest, droits octroyés par l’Etat à l’Est : quelle mémoire ? Quelle transmission ?
2 -Quels choix pour quelles femmes ?
6 -Europe et solidarité : de la pratique aux réseaux
7 -Lieux de pratique de l’avortement, de la contraception et santé des femmes : poids du pouvoir médical et libre disposition du corps.
15 h 30 : Rédaction des ateliers
16 h 30 : Synthèse des ateliers en séance plénière
17 h 30 : Table ronde : L’avortement comme révélateur de la place des femmes dans la société
20 h 30 : Dîner
Samedi 26 mars
Dimanche 27 mars
ateliers en séance plénière 10 h 30 : Assemblée générale de l’ENWRAC
12 h 30 : Déjeuner
13 h 30 : Ateliers :
4 -Les oppositions : les institutions religieuses et les réseaux anti-choix
5 -Les oppositions : les politiques sanitaires, familiales et démographiques et la bioéthique
Renseignements et inscriptions
Coordination nationale des associations pour le droit à l’avortement et la contraception.
c/o MFPF
4, square Saint-Irénée. 75011 Paris. Téléphone : (1) 48 07 29 10 Fax: (1)47 00 79 77.
L’année 1994, décrétée année internationale de la famille, sera aussi, et contradictoirement, l’occasion pour les forces européennes qui défendent le droit à l’avortement et à la contraception de se retrouver. En effet, la Coordination nationale des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, qui existe depuis l’automne 1990 en France, l’ENWRAC (Réseau européen pour le droit des femmes à l’avortement) et le Mouvement français pour le planning familial organisent, les 25, 26 et 27 mars 1994, une rencontre pour le droit à l’avortement et à la contraception à Paris. Cette rencontre, troisième du genre, fera suite à celles qui s’étaient tenues en Norvège en septembre 1990, puis en Suisse en septembre 1992. C’est lors de ce dernier rendez-vous qu’il avait été décidé de se retrouver à Paris. Depuis, plusieurs réunions ont été organisées pour mettre au point cette rencontre de mars. Des représentantes de différents pays, de différentes structures, se sont associées pour définir ensemble le contenu et les objectifs de cette nouvelle rencontre. En France, la Coordination nationale pour le droit à l’avortement et à la contraception et le MFPF en sont, certes, les chevilles ouvrières, mais un réel travail collectif a permis que chacune contribue, à partir de sa propre expérience et en fonction de la situation spécifique de son pays, à faire de cette rencontre, sa rencontre. Ainsi le choix des tables rondes et des ateliers comme celui des intervenantes ont-ils fait l’objet de plusieurs discussions communes. C’est aussi une décision collective qui a permis de définir cette rencontre non pas comme un simple colloque de spécialistes, mais comme un lieu d’échange, de débats, d’affirmation des exigences en défense du droit de choisir. Cette démarche est parfaitement cohérente d’ailleurs avec les objectifs donnés à cette rencontre. Il ne s’agit pas simplement de faire le constat des situations en Europe, de faire le point sur les avancées, et surtout peut-être, sur les reculs, il s’agit aussi de franchir un nouveau pas dans la construction d’une force des femmes en Europe. Partout en effet, il apparaît indispensable de réagir, de s’organiser pour faire face aux régressions et aux attaques, aux limites inscrites dans les lois qui régissent le droit à F avortement et à la contraception, ou à l’absence de cadre légal pour l’exercice de ce droit. Seule une dynamique commune pourra permettre de dépasser ces situations et de reprendre l’initiative sur le terrain du droit des femmes.
A quelques semaines des élections européennes, alors que l’Europe de Maastricht se profile avec le renforcement des exclusions, du chômage et de la précarité, alors que l’ordre moral tente, de plus en plus, de s’opposer aux libres choix des femmes, une telle rencontre s’imposait. Chacun(e) sait que le droit de choisir est un élément essentiel d’insertion des femmes dans la vie sociale. Défendre ce droit, se battre pour qu’il s’étende aux femmes qui en sont encore exclues, est un objectif vital face à l’accroissement du chômage et aux politiques familiales mises en œuvre (aux propositions d’instauration d’un salaire maternel en particulier), à l’absence d’équipement collectif pour la petite enfance, à tout ce qui tend à remettre en cause l’insertion des femmes dans la vie active.
Les organisatrices ont tenu à donner toute leur place aux femmes des pays de l’Est, souvent confrontées, comme en Pologne où il ne reste rien des lois de 1956, à la remise en cause du droit à l’avortement. Elles tiennent aussi à affirmer, durant ces trois jours, la solidarité avec les femmes des pays du Sud vivant en Europe ou dans leur pays d’origine. Ainsi des femmes d’origine turque vivant en Allemagne ou d’origine maghrébine vivant en France animeront des discussions.
Gaëlle Lucy
Procès de Bordeaux : Les commandos condamnés
Acharnement, patience et combativité. Le collectif bordelais pour le droit à l’avortement et à la contraception a dû faire preuve de toutes ces qualités, dans son combat contre les « fous de Dieu » de la croisade anti-IVG. Au fil des mois, entre les premiers rendez-vous à la préfecture et le procès des militants de la Trêve de Dieu, on aura vu se relayer deux gouvernements successifs et on aura eu le temps de s’interroger sur un dossier juridique faisant la part belle aux commandos anti-IVG.
Ceux-ci avaient beau être intervenus quatre fois d’affilée dans des centres IVG de la ville, les faits reprochés devenaient peau de chagrin, puisqu’ils s’étaient produits avant la loi Neiertz pénalisant le délit d’entrave à 1TVG.
Une première audience, en juin dernier, repoussait l’échéance en ne traitant rien sur le fond. . . mais en excluant du bénéfice de la partie civile les associations de défense des droits des femmes. Plusieurs centaines de personnes sont restées mobilisées contre les commandos, malgré cette première rencontre peu enthousiasmante sur le plan judiciaire ; mobilisées autour d’un collectif unitaire, très soucieux de maintenir ses exigences élevées et une indépendance vigilante ; mobilisées aussi grâce à l’action de la coordination nationale, dont l’appui fut aussi concret que précieux.
La manifestation, à la veille du procès, était de bonne augure par sa composition (300 personnes et -fait notable -beaucoup de jeunes) et son dynamisme. Le jour même du procès, il y avait fort à faire pour maintenir un rassemblement devant les grilles du palais et une présence à l’intérieur. On découvrit alors un palais de justice transformé en bunker. Certains témoins eurent même le plus grand mal à rejoindre la salle d’audience. Et beaucoup ont pu s’interroger sur le caractère démocratique et « public » d’un procès défini on ne sait où, sous haute surveillance.
De la part des inculpés, le discours tenu ne saurait étonner. On connaît l’utilisation immonde faite par eux des termes « génocide » ou « camps de la mort » appliqués aux « centres avorteurs ». On connaît aussi la tactique du « je passais par là » voire « j’ai eu une illumination » (sic). Le scoop vint de l’annonce faite de la présence de Claire Fontana, présidente de la Trêve de Dieu et principale inculpée, à l’heure même du procès. . . dans une action commando à Tours.
La provocation était grossière et explique peut-être en partie le ton très ferme du réquisitoire du procureur, reconnaissant le caractère organisé des opérations de commandos, et dénonçant leur volonté manifeste d’empêcher, par la violence, l’application de la loi. Le 16 décembre, le tribunal s’est prononcé pour des peines de prison avec sursis allant de trois à six mois de prison et de 3 000 à 5 000 francs d’amendes. Pour une fois, le tribunal a ainsi suivi le réquisitoire. Il faut noter par ailleurs que les deux syndicats (CGT et CFDT) qui s’étaient portés partie civile ont été jugés recevables et touchent 5 000 francs de dommages et intérêts.
On s’y attendait : les inculpés font appel et rien n’est donc définitivement tranché.
Cela suppose de maintenir une grande vigilance et de se mobiliser à l’occasion des procès de Tours et Laval. D’autant que ces procès se situent, eux, dans le nouveau contexte juridique de la loi Neiertz et auront ainsi valeur de test. Cela nécessite également, tout en continuant à se battre contre les commandos, de savoir défendre concrètement, en positif, un réel droit à l’avortement pour toutes les femmes, contre vents et marées (de Gironde ou d’ailleurs) s’il le faut.
Danièle Lacoste
Notes
- * A Tours un collectif unitaire s’est constitué. Le procès des auteurs de l’action commando aura lieu le 24 mars. La CFDT, la LDH, le MFPF se sont constitués partie civile.